Radio France : la rédaction de France Inter vote la grève pour empêcher l'arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles
Par la rédaction Le Rempart
Réunis en assemblée générale mercredi 2 septembre, les personnels de Radio France ont voté à l'unanimité une motion exigeant le retrait de la chronique hebdomadaire de Charles Sapin sur France Inter et le dépôt d'un préavis de grève.

L'annonce du recrutement de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, comme éditorialiste sur France Inter a mis le feu à la maison Radio France. Réunis mercredi 2 septembre en assemblée générale, les personnels du groupe public ont réclamé le retrait de sa chronique hebdomadaire et voté le principe d'une grève, selon des participants cités par l'Agence France-Presse.
Une motion adoptée à l'unanimité
Dans une motion adoptée à l'unanimité, les personnels expriment leur «refus catégorique» de l'arrivée de Charles Sapin à l'antenne, au motif que le magazine pour lequel il travaille porterait des valeurs non «compatibles» avec celles du groupe public. Le texte, dont l'AFP a eu connaissance, précise que l'intersyndicale de Radio France doit «déposer un préavis de grève dans les meilleurs délais». Autrement dit : ce n'est plus une simple protestation de rédaction, mais bien un rapport de force social qui s'engage contre une décision éditoriale de la direction.
C'est Céline Pigalle, directrice de France Inter depuis mars, qui a choisi le panel d'éditorialistes politiques et économiques chargés d'intervenir sur la station les week-ends, panel dans lequel figure Charles Sapin. Son arrivée ravive les tensions déjà vives au sein de l'audiovisuel public depuis la récente commission d'enquête Alloncle à l'Assemblée nationale.
Les syndicats et la SDJ montent au front
Le SNJ-CGT a franchi un cran supplémentaire dans la rhétorique : Valeurs actuelles y est qualifié d'«organe de l'extrême droite multicondamné», et la direction est accusée de franchir une «ligne rouge inacceptable». L'hebdomadaire a effectivement été condamné à plusieurs reprises par la justice, notamment en 2021 pour avoir dépeint en esclave la députée insoumise Danièle Obono. Il a été racheté en 2025 par un trio d'investisseurs auquel appartient le milliardaire catholique Pierre-Edouard Stérin.
La société des journalistes (SDJ) de France Inter a elle aussi exprimé sa «ferme opposition» à l'ouverture de l'antenne à un «représentant d'un média condamné notamment pour injures racistes» et «qui n'a cessé ces dernières années de prendre violemment l'audiovisuel public pour cible». De son côté, le Syndicat national des journalistes (SNJ) estime que la décision d'enrôler Charles Sapin fait apparaître Radio France «comme un paillasson».
Un recrutement qui cristallise le débat sur l'audiovisuel public
Le dossier dépasse le seul cas Sapin. La commission d'enquête Alloncle avait mis en lumière les orientations idéologiques qui prévalent dans les rédactions du service public, financées par les contribuables. En exigeant, motion à l'appui, qu'un journaliste soit écarté de l'antenne en raison du titre pour lequel il travaille, les personnels de Radio France illustrent précisément ce que les travaux parlementaires entendaient documenter : l'embauche d'une voix classée à droite suffit désormais à déclencher un vote de grève à l'unanimité au sein de la première radio de France.
Suite


