Bagui Traoré, frère d'Adama et Assa, interpellé à Dugny après une fausse identité et une tentative de fuite
Par Clarence Azolina
Bagui Traoré, 35 ans, recherché pour des faits d'extorsion, a été interpellé lundi soir à Dugny (Seine-Saint-Denis) après avoir décliné une fausse identité et tenté de prendre la fuite. Placé en garde à vue, il a déjà été condamné à trois ans de prison ferme en 2023.

La scène s'est déroulée lundi soir, peu avant 21h30, à Dugny, en Seine-Saint-Denis. Selon les informations du Figaro, des policiers de la brigade anticriminalité ont contrôlé Bagui Traoré, 35 ans, après un signalement de la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise. L'homme faisait l'objet de plusieurs inscriptions au fichier des personnes recherchées. Au moment du contrôle, il aurait fourni une identité qui n'était pas la sienne, avant qu'un passeport découvert lors de la palpation ne révèle son véritable nom. Il aurait alors tenté de prendre la fuite, avant d'être interpellé et placé en garde à vue.
Détail qui en dit long sur l'état d'esprit du personnage : selon les informations rapportées lors de son interpellation, Bagui Traoré aurait demandé aux policiers que sa sœur, Assa Traoré, soit prévenue de sa situation. Difficile d'y voir autre chose que le réflexe d'un homme qui sait que son nom de famille fonctionne, depuis près de dix ans, comme un bouclier médiatique.
Un casier déjà bien rempli
Le parquet de Pontoise a indiqué au Figaro que les investigations, confiées à la brigade de recherches de L'Isle-Adam, portent sur des faits d'extorsion et de tentative d'extorsion. D'autres sources évoquent également des qualifications d'usurpation d'identité et de tentative d'évasion à la suite de l'interpellation. Les circonstances exactes de la procédure devront être précisées par l'enquête.
Le nom de Bagui Traoré n'est pas inconnu des tribunaux. En novembre 2023, le tribunal de Pontoise l'avait condamné à trois ans de prison ferme dans une affaire d'extorsion : il réclamait de l'argent à un homme, estimant qu'une somme lui était due. À la barre, il avait admis être « allé un peu loin », tout en contestant une partie des faits reprochés. Formule minimale pour un parcours qui ne l'est pas.
Il avait auparavant été poursuivi dans le dossier des violences et émeutes de Beaumont-sur-Oise en 2016, accusé d'avoir participé à leur organisation et aux tirs contre les forces de l'ordre. Après plusieurs années de détention provisoire, il avait été acquitté par la cour d'assises en 2021. Un acquittement est un acquittement, et il doit être respecté. Mais l'accumulation des procédures autour d'un même individu finit par dessiner un profil que les condamnations successives, elles, viennent confirmer.
Le poids d'un nom devenu cause politique
Cette interpellation s'inscrit dans un contexte particulier. Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, 24 ans, frère de Bagui et Assa, était mort après son interpellation par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d'Oise. Sa mort avait donné naissance à une importante mobilisation, portée par sa sœur et le collectif « Justice pour Adama ». Devenue figure médiatique du combat contre les « violences policières » et proche de La France insoumise, Assa Traoré s'est imposée comme l'une des voix les plus audibles de cette cause.
C'est là que l'affaire dépasse le simple fait divers. Pendant des années, le nom Traoré a été brandi comme le symbole d'une jeunesse victime d'un État répressif. Or la fratrie, au-delà du drame de 2016, présente un bilan judiciaire que les porte-voix du mouvement préfèrent soigneusement ne pas évoquer. Poser la question n'est pas réviser l'enquête sur la mort d'Adama Traoré : c'est constater qu'un récit politique a été construit en en retranchant commodément une partie des faits.
Une contradiction qui coûte au récit
Il y a une contradiction de fond que cette interpellation met en lumière. Le discours du Comité Adama et de ses soutiens politiques repose sur l'idée que la police serait, par nature, un danger pour les habitants des quartiers populaires. Mais ce sont précisément ces habitants qui paient le prix des extorsions et des règlements de comptes, faits pour lesquels Bagui Traoré a déjà été condamné et est à nouveau recherché. La victime de l'affaire de 2023 n'était ni un policier ni un notable : c'était un homme à qui on réclamait de l'argent.
La France insoumise, qui a fait d'Assa Traoré une icône, devra un jour expliquer comment elle concilie son discours de défense des quartiers avec sa proximité avec une fratrie dont certains membres répondent devant la justice de faits qui nuisent directement à ces mêmes quartiers. La garde à vue en cours devra établir les faits avec précision, et la présomption d'innocence s'applique ici comme ailleurs. Mais le droit n'interdit pas de regarder les récidives en face, ni de s'interroger sur les causes que l'on choisit d'élever en étendard.
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