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Immigration

Ligue espagnole : Mbappé, Vinicius et Konaté écartent le t-shirt de soutien aux habitants de Ceuta avant le match du Real Madrid à Elche

Par Dimitri Scudo

Avant la victoire du Real Madrid à Elche (3-2) mardi soir, Kylian Mbappé, Vinicius Junior et Ibrahima Konaté ont refusé de rendre visible le t-shirt de soutien à la population de Ceuta, enclave espagnole confrontée à un afflux massif de migrants en provenance du Maroc.

Ligue espagnole : Mbappé, Vinicius et Konaté écartent le t-shirt de soutien aux habitants de Ceuta avant le match du Real Madrid à Elche

La victoire in extremis du Real Madrid sur la pelouse d'Elche (2-3), mardi soir en Liga, aurait pu être une simple bonne soirée sportive. Elle s'est transformée en affaire politique : Kylian Mbappé, Vinicius Junior et Ibrahima Konaté sont accusés d'avoir dissimulé le message de soutien à la population de Ceuta en n'enfilant le t-shirt qu'à moitié à l'entrée sur le terrain. Mbappé et Vinicius l'ont même retiré avant le protocole, selon les images qui alimentent la polémique depuis le coup de sifflet final.

Le message incriminé tenait en une phrase : « Nous sommes tous des Ceutiens ». La veille, les joueurs du Betis Séville et de Villarreal l'avaient arboré sans que leurs dirigeants n'y trouvent à redire. Au Real, la ligne est différente : le club défend le principe de liberté individuelle de ses joueurs. Position respectable sur le papier, mais qui laisse entier le vrai problème : pourquoi des joueurs refusent-ils d'afficher leur solidarité avec des citoyens espagnols, sur le territoire espagnol, face à ce qui ressemble fort à une submersion migratoire ?

Ceuta, l'enclave oubliée des bien-pensants

Rappelons les faits, car ils pèsent lourd dans cette histoire. Ceuta, avec Melilla, est l'une des deux enclaves espagnoles du Maroc. Depuis fin juillet, la ville autonome est le théâtre de vives tensions après un afflux de migrants en provenance du Royaume chérifien. Des dizaines de milliers de personnes sont entrées illégalement. Si la plupart sont retournées depuis dans leur pays, plusieurs milliers demeurent sur place, et la situation s'est dégradée pour les habitants.

Voilà donc une ville espagnole, donc européenne, dont la population vit depuis des semaines sous la pression d'une arrivée massive et incontrôlée de migrants. Et voilà que des joueurs de football, payés des sommes stratosphériques par un club espagnol, évoluant dans le championnat espagnol, estiment ne pas avoir à afficher la moindre solidarité avec ces habitants. On peut défendre le refus de tout engagement politique dans le sport, c'est un débat légitime. Encore faudrait-il que ce refus vaille pour tous les messages. Or ces mêmes joueurs n'ont jamais rechigné à porter des slogans antiracistes ou à poser un genou au sol. L'indignation sélective n'est pas une neutralité : c'est un choix.

Le cas Abde révèle le nœud du problème

L'épisode le plus révélateur de la journée concerne l'international marocain du Betis, Abde Ezzalzouli. Contraint de se défendre d'avoir exprimé un quelconque « message politique » en portant ce même t-shirt, il avait été pris à partie sur les réseaux sociaux par des utilisateurs l'accusant de trahir son pays. Là est le cœur de l'affaire : soutenir les habitants de Ceuta est perçu, par une partie de l'opinion marocaine, comme un acte hostile au Maroc. Ce qui revient à admettre que la pression migratoire sur l'enclave n'est pas qu'une tragédie humanitaire spontanée, mais bien un levier dans le bras de fer entre Rabat et Madrid.

Ce contexte, on le comprend, n'est pas anodin pour juger du silence des trois madrilènes. Konaté et Mbappé sont internationaux français, Vinicius brésilien, mais tous trois évoluent dans un environnement où les causes à porter sur un t-shirt font l'objet d'un tri soigneux. Les causes qui rapportent des contrats publicitaires et des éloges de la presse progressiste trouvent toujours preneur. Les causes qui fâchent, elles, restent dans le vestiaire.

Un football à géométrie variable

Il serait injuste d'en faire un procès personnel contre Mbappé, dont le parcours et le talent ne sont pas en cause. Mais le capitaine des Bleus, qui ne manque jamais une occasion de prendre la parole sur les sujets de société en France, se découvre soudain un attachement strict à l'apanage sportif quand il s'agit de Ceuta. La cohérence n'est pas une option quand on prétend être une voix qui compte.

Le Real Madrid, en invoquant la liberté individuelle, a choisi la sortie de secours la plus confortable. Elle évite au club d'imposer quoi que ce soit, mais elle évite surtout de dire ce qui crève les yeux : dans le football moderne, la solidarité avec des Espagnols débordés par une crise migratoire n'est pas une cause vendeuse. Les habitants de Ceuta, eux, n'ont pas le luxe de retirer le problème avant le coup d'envoi.

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