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Ordre national du Mérite : le gouvernement décore un promoteur condamné pour abus de biens sociaux

Christian Terrassoux, ancien promoteur immobilier condamné pour abus de biens sociaux, figure parmi les récipiendaires de l'Ordre national du Mérite, révèle Mediapart.

On croit rêver. Le gouvernement vient d'épingler au tableau d'honneur de la République un homme d'affaires condamné par la justice pour abus de biens sociaux. Christian Terrassoux, ancien promoteur immobilier, a ainsi été décoré de l'Ordre national du Mérite, révélation faite par Mediapart ce 28 juillet. La rosette récompense désormais ce que les tribunaux ont sanctionné. Circulez, il n'y a rien à voir.

Un palmarès étonnant

Rappelons les faits. L'abus de biens sociaux, ce n'est pas une peccadille de paperasse. C'est l'utilisation des fonds d'une société à des fins personnelles, au détriment des associés et parfois des salariés. Le genre de délit qui, chez un quidam, vaut une belle amende et un casier. Chez un promoteur bien introduit, visiblement, cela vaut une décoration.

Christian Terrassoux n'est pourtant pas un inconnu du secteur. Homme clé de plusieurs projets immobiliers, notamment à Brive avec l'immeuble « 1810 », il a récemment lancé Altana Promotion, dernière structure en date d'un parcours entrepreneurien aussi prolifique que judiciairement cabossé. Une réhabilitation express, en somme, avec la bénédiction de l'État.

Le carnet d'adresses avant le casier judiciaire

La promotion de l'Ordre national du Mérite, parue au printemps, comptait déjà son lot de figures locales. Le Journal du Grand Paris saluait en mai les « Grands-parisiens décorés », comme on annonce une remise de médailles au concours de pétanque. Sauf que derrière les habits de cérémonie, le filtre semble avoir été réglé sur « relations » plutôt que sur « probité ».

Comment un tel dossier passe-t-il les fourches caudines de la chancellerie ? Mystère. Ou plutôt non : tout le monde connaît la chanson. Un parrainage par un élu, un préfet qui ne regarde pas trop près, un grand maître de l'ordre qui signe les yeux fermés. Les contrôles existent sur le papier, comme toujours dans ce pays. Sur le papier, donc.

Le mérite a bon dos

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette affaire. Le même État qui traque le fraudeur fiscal du coin, qui verbalise l'artisan pour un retard de déclaration, décore un condamné du monde des affaires avec les honneurs de la République. Deux poids, deux mesures, version grand banditisme des distinctions honorifiques.

Le contribuable appréciera. Lui qui finance les rubans, les cérémonies et les cocktails de la Légion d'honneur et du Mérite, il peut méditer cette maxime : en France, le casier judiciaire n'est un obstacle que si l'on n'a pas le bon carnet d'adresses. Pour les autres, il y a toujours un gradé de la préfecture pour remettre la breloque et serrer la main du décoré.

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