Cenon : des fichiers pédopornographiques retrouvés chez un animateur accusé d'attouchements, il reste libre sous contrôle judiciaire
Par Dimitri Scudo
À Cenon, en Gironde, un animateur périscolaire de 52 ans, accusé d'attouchements sur une fillette de 4 ans, s'est vu découvrir des fichiers pédopornographiques dans son ordinateur. Placé sous contrôle judiciaire fin août, il sera jugé début 2027.
Un animateur de centre de loisirs de Cenon, en Gironde, est accusé d'agression sexuelle sur une fillette de 4 ans, et les enquêteurs ont découvert des fichiers pédopornographiques dans son ordinateur. L'homme, âgé de 52 ans, a été placé sous contrôle judiciaire le 26 août et comparaîtra en début d'année prochaine. En attendant, il circule librement, sous obligations.
Tout commence le 10 juin dernier, lorsqu'une petite fille de maternelle se rend au commissariat de Bordeaux avec sa famille pour dénoncer des attouchements, indique le parquet de Bordeaux à ICI Gironde. Deux animateurs des centres de loisirs de Cenon sont alors soupçonnés et suspendus dans la foulée. Les perquisitions aboutissent à un classement sans suite pour le plus jeune. Mais dans l'ordinateur de l'aîné, animateur en CDI et titulaire du BAFA, les policiers retrouvent plusieurs fichiers pédopornographiques. Détail qui devrait retenir l'attention de toutes les collectivités de France : ces fichiers ont été téléchargés en 2012. Autrement dit, cet homme détenait du matériel pédocriminel depuis quatorze ans, tout en travaillant au contact quotidien d'enfants, sans que personne ne s'en aperçoive.
Un contrôle judiciaire, pas une détention
Replacé en garde à vue le 26 août, le quinquagénaire a été laissé libre le jour même, avec interdiction de se rendre à Cenon, de contacter la victime présumée et sa famille, et d'exercer toute activité au contact des enfants. On mesure la confiance qu'inspire ce dispositif aux parents concernés. Une mère cenonaise, dont le fils de 4 ans fréquente l'un des centres où travaillait l'animateur, confie au micro d'ICI Gironde : « Ça fait peur pour les enfants, très très peur, j'essaie de mettre ça de côté parce que ça me travaille tous les jours. » Elle évite désormais la garderie autant que possible : « Ça fait mal d'aller travailler et de penser toute la journée aux enfants, à ce qu'ils sont en train de faire, avec qui... »
La présomption d'innocence s'impose, certes, et le procès tranchera. Mais la question posée par cette affaire est moins judiciaire qu'administrative : comment un homme détenant de tels fichiers depuis 2012 a-t-il pu passer tous les filtres censés protéger des enfants de maternelle ?
Le « certificat d'honorabilité », un filtre en papier
L'animateur n'était pas employé directement par la mairie, mais par les Francas, l'association alors délégataire des activités périscolaires de Cenon. Un certificat d'honorabilité lui avait bien été demandé. Sauf que ce document, le maire Jean-François Egron le reconnaît lui-même avec une franchise rare : « C'est la personne qui rédige ce certificat, donc c'est selon sa bonne volonté et sa clarté morale que ça vaut quelque chose. » On a du mal à imaginer dispositif plus fragile : on demande à un prédateur potentiel d'attester lui-même, par écrit, qu'il n'en est pas un.
L'élu promet désormais de vérifier si le nom des animateurs figure dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles et violentes, et de multiplier les contrôles inopinés. « Si on faisait quelques contrôles inopinés, en lien avec les Francas, ils vont être beaucoup plus nombreux au vu de la situation », explique-t-il, avant de concéder : « Mais c'est très compliqué, parce que vous pouvez avoir quelqu'un qui n'a rien fait pendant des années et qui tout à coup se révèle être un prédateur. » C'est exactement le problème, et il aurait fallu le traiter avant, pas après. La consultation systématique du fichier judiciaire pour tout adulte encadrant des mineurs n'est pas une lubie sécuritaire : c'est le minimum que des parents sont en droit d'attendre lorsqu'ils confient leurs enfants.
La mairie se porte partie civile
La ville a adressé une lettre de sommation aux Francas pour obtenir l'historique complet du passage de cet animateur dans les écoles communales, et se portera partie civile au procès pour soutenir la famille de la fillette. « Je souhaite connaître la vérité. C'est une enfant, ce sont des parents qui sont blessés, mais moi-même, pour ma ville, je suis blessé », insiste Jean-François Egron. Une réunion d'information est prévue le mardi 29 septembre à 18h au château du Diable, et une adresse mail dédiée a été créée pour les parents.
Reste le silence initial : la mairie n'a communiqué qu'après la révélation de l'affaire par actuBordeaux, le 5 septembre, invoquant le secret de l'enquête. Argument recevable sur le plan juridique, mais qui laisse un goût amer à des familles qui ont continué, pendant tout l'été, de déposer leurs enfants à la garderie sans rien savoir. Entre la transparence et la procédure, les collectivités choisissent trop souvent la seconde. Le procès de début d'année prochaine dira la culpabilité de l'animateur. Il faudra aussi qu'il éclaire les responsabilités de ceux qui étaient censés vérifier.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite




