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Justice

Bordeaux : jugé pour avoir insulté et menacé Emmanuel Macron sur son téléphone personnel, un homme plaide la "haute trahison"

Par Dimitri Scudo

Un homme comparaissait jeudi 10 septembre devant le tribunal judiciaire de Bordeaux pour avoir envoyé 19 messages injurieux, dont une menace de mort, sur le numéro privé d'Emmanuel Macron. Le jugement sera rendu le 15 octobre.

Bordeaux : jugé pour avoir insulté et menacé Emmanuel Macron sur son téléphone personnel, un homme plaide la "haute trahison"

Une audience étrange au tribunal de Bordeaux

L'affaire est singulière à plus d'un titre. Jeudi 10 septembre, un homme d'une quarantaine d'années, ingénieur au chômage installé à Landiras, au sud de Bordeaux, comparaissait devant le tribunal judiciaire de la ville. Entre mars et juin 2026, il avait adressé 19 messages vocaux et SMS injurieux à Emmanuel Macron, directement sur son téléphone personnel. « Vos couilles sont inexistantes et votre intégrité déjà en enfer », « trou du cul », « petite salope » : le président du tribunal, Jean-Luc Ybres, a donné un aperçu de la prose du prévenu, en net contraste avec l'allure posée et courtoise de l'intéressé, décrit comme immobile, les mains croisées, sans réaction apparente.

L'un des messages est qualifié de menace de mort par la vice-procureure Clara Passerieux : « Vous ne pouvez pas gagner contre moi de cette façon, il ne peut qu'y avoir une balle dans ma tête ou la vôtre. » L'Élysée a porté plainte, sans toutefois se constituer partie civile. Le prévenu est poursuivi pour outrages à dépositaire de l'autorité publique et menace de mort. Il encourt la prison ferme.

Un numéro présidentiel reçu "sur une clé USB"

Reste la question qui donne à ce fait divers une dimension autrement plus sérieuse : comment cet homme s'est-il procuré la ligne privée du chef de l'État ? Sa réponse, livrée calmement à la barre, laisse perplexe : « Je l'ai reçu anonymement dans ma boîte aux lettres, sur une clé USB, il y a cinq ans, à Marmande. » Le support aurait également contenu les coordonnées « de plein de médias ».

Difficile de ne pas s'arrêter sur ce point. Que le numéro personnel d'un président de la République circule, fussent-ce entre les mains d'un déséquilibré, en dit long sur la porosité de la protection rapprochée des données de l'exécutif. On connaît la sévérité des discours officiels sur la cybersécurité et la protection des institutions ; on mesure ici l'écart avec la réalité. Une fuite de ce type, remontant à cinq ans, n'aurait visiblement jamais été détectée ni neutralisée. Voilà qui mériterait au moins autant d'attention de la part des services concernés que la poursuite d'un homme dont l'expertise psychiatrique décrit un discernement « altéré », proche « des idées délirantes ».

Une personnalité énigmatique, un discours délirant

Le tribunal a longuement tenté de cerner le personnage. En garde à vue, le prévenu avait affirmé vouloir poursuivre Emmanuel Macron « pour haute trahison face à ce qu'il est en train de faire à la France ». Il se présente comme l'un des fondateurs du mouvement des gilets jaunes, qui aurait enflammé le pays en 2018, avant d'intervenir lui-même pour le faire cesser, avec l'aide « des services intérieurs ». Il dit avoir voulu, par son premier message, obtenir « l'arrêt du génocide en Palestine, des ventes d'armes à Israël ». Il se croit surveillé par les services de l'État et la franc-maçonnerie, et voit dans les fameuses lunettes bleues portées par le président le jour de sa perquisition « façon de dire qu'il a des vues sur mes agissements ».

L'expert psychiatre, qui note que l'homme suit une psychothérapie depuis 2021, le décrit comme « aimable, courtois, qui reconnaît l'outrage, mais réfute l'accusation de menace de mort », avec une « hypertrophie du moi » et une dimension paranoïaque, mais sans caractère violent. Portrait que l'intéressé conteste du banc : « Hypertrophie du moi ? Cherchez une trace de moi sur les réseaux sociaux ! » Son discernement étant jugé altéré mais non aboli, il pouvait passer en jugement.

Son avocat, maître Gaessy Gros, a plaidé une altération plus profonde encore que celle retenue par l'expertise : « Il vous dit qu'il est à l'origine du mouvement des gilets jaunes, puis qu'il y met fin avec les services de l'État... Là, on n'est pas à la limite du paranoïaque ! » L'argument n'est pas sans force : à quel moment la justice cesse-t-elle de punir un délinquant pour soigner un malade ?

Huit mois de prison requis, dont quatre avec sursis

Le prévenu n'en est pas à ses premiers démêlés avec la justice : en 2022, il a été condamné pour escroquerie, injure publique à fonctionnaire, harcèlement et menace de mort par conjoint. Un casier qui pèse évidemment sur le dossier. La procureure a requis huit mois de prison dont quatre avec sursis, assortis d'une obligation de soins et d'une interdiction d'entrer en contact avec la victime, Emmanuel Macron.

Ce mélange de fermeté et de soin paraît, sur le papier, le bon curseur. Mais l'affaire invite à regarder au-delà du box. Le discours du prévenu, entre accusations de « haute trahison », obsessions complotistes et rêve d'un dialogue direct avec le chef de l'État, est la version pathologique d'une détestation du pouvoir qui n'a cessé de croître ces dernières années, et dont le sommet de l'État n'a pas toujours cherché à désamorcer les ressorts. Cela n'excuse rien, et la menace de mort reste un délit grave, quelle que soit la cible. Cela rappelle simplement que lorsque la parole politique se dégrade, ce sont d'abord les esprits fragiles qui franchissent le pas.

Le jugement sera rendu le 15 octobre.

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