Face à la menace hybride russe, l'Élysée demande aux préfets des exercices de simulation de black-out dans chaque département
Par Roman Thill
Emmanuel Macron a demandé, lors d'une réunion à l'Élysée le 18 septembre, la préparation d'un plan de protection des infrastructures critiques et des exercices de résilience simulant une coupure généralisée d'électricité dans chaque département.

La France se prépare au scénario du pire, et cette fois, ce n'est plus un exercice de style administratif. Selon Ouest-France, les préfets vont rassembler dans chaque département les acteurs de la sécurité et les représentants des collectivités locales pour identifier les sites sensibles et organiser un exercice majeur de résilience simulant un black-out généralisé. L'objectif : tester la capacité du pays et de sa population à tenir face à une coupure massive d'électricité, scénario que la menace hybride russe rend, selon l'exécutif, de moins en moins théorique.
Une réunion à l'Élysée pour tirer la sonnette d'alarme
Tout est parti d'une réunion organisée à l'Élysée le 18 septembre. Emmanuel Macron y a averti que la menace hybride russe s'est intensifiée ces dernières semaines, pour la France comme pour les autres pays européens. Le président a demandé au gouvernement de préparer un plan de protection des infrastructures critiques et des sites les plus sensibles de la base industrielle et technologique de défense, contre les attaques de drones et les attaques cyber.
La veille, dès le 17 septembre, le comité interministériel pour la résilience nationale (Cirn) s'était déjà réuni, engageant le mouvement que les préfets vont maintenant devoir décliner sur le terrain. Le calendrier serré en dit long sur le degré de préoccupation de l'exécutif : quand un sujet quitte la sphère des notes de la DGSI pour descendre jusqu'aux sous-préfectures, c'est que l'état-major du pays estime le risque tangible.
Des centrales électriques aux PME discrètes
Le périmètre à protéger est large. Il s'agira d'identifier les vulnérabilités locales touchant les centrales de production d'électricité, les réseaux ferroviaires, les opérateurs de télécommunications, mais aussi des sociétés moins visibles participant à des chaînes d'approvisionnement sensibles, y compris des PME travaillant avec l'Ukraine.
Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. En désignant explicitement les petites entreprises qui contribuent, directement ou indirectement, à l'effort de guerre ukrainien, l'Élysée reconnaît ce que les services disent depuis des mois : la Russie ne se contente plus de frappes ou de provocations au front, elle mène une guerre de l'ombre contre les soutiens de Kiev, sabotages, incendies criminels, cyberattaques et désinformation. Le câble sous-marin endommagé en mer Baltique, les drones survolant l'espace aérien polonais, les actes de sabotage attribués à des réseaux prorusses en Allemagne, en Pologne ou au Royaume-Uni : l'Europe a déjà encaissé des coups. La France a intérêt à anticiper plutôt qu'à réparer.
Mieux vaut tard que jamais, mais il reste des questions
Sur le principe, difficile de contester la démarche. La résilience civile est le parent pauvre de notre défense depuis la fin de la conscription, et l'idée que la population elle-même doit être testée face à une panne généralisée d'électricité, hôpitaux, transports, paiements électroniques à l'arrêt, est une prise de conscience salutaire. Nos voisins scandinaves distribuent depuis longtemps à leurs citoyens des guides de survie en cas de crise majeure ; la France découvre la méthode avec retard.
Reste que l'exécution sera tout. Cartographier les sites sensibles dans 101 départements, coordonner préfets, élus locaux, forces de sécurité et opérateurs privés, cela suppose des moyens humains et budgétaires que rien, à ce stade, ne garantit. On se souvient que les plans de protection des infrastructures critiques existent sur le papier depuis longtemps ; c'est leur mise en oeuvre qui pêche, faute de crédits et de volonté constante. Un exercice, fût-il majeur, ne vaut que s'il est suivi d'investissements réels : durcissement des sites, redondance des réseaux, stocks stratégiques.
Il y a aussi une dimension de communication que l'exécutif devra manier avec prudence. Annoncer publiquement que l'on se prépare à une coupure d'électricité, c'est à la fois responsabiliser la population et prendre le risque de l'inquiéter. La ligne est étroite entre la pédagogie nécessaire et l'alarmisme improductif. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, dont le ministère sera en première ligne de cette mobilisation territoriale, aura la charge de faire vivre ces exercices sans les laisser retomber dans la routine des simulations oubliées.
Un signal adressé à Moscou autant qu'aux Français
Au-delà de la préparation technique, ces exercices constituent un signal politique. En organisant la résilience de tout le territoire, Paris montre à Moscou que la guerre hybride ne sera pas une voie sans coût ni effet. C'est aussi, plus indirectement, une manière de rappeler aux alliés européens que la France prend sa part de l'effort collectif de défense du continent.
Mais un signal ne remplace pas une stratégie. La vraie mesure du sérieux de cette mobilisation se lira dans les mois qui viennent : dans le budget de la programmation militaire, dans la protection effective des câbles, des data centers et des centrales, et dans la capacité de l'État à dire clairement aux Français ce qu'on attend d'eux. Sur ce terrain, l'habitude des annonces spectaculaires suivies d'exécutions timorées invite à l'exigence plus qu'à l'applaudissement automatique. La menace, elle, n'attendra pas les effets d'annonce.
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