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Manifestation lycéenne à Paris : le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko touché par du gaz lacrymogène et exfiltré du cortège

Par Dimitri Scudo

Bally Bagayoko, maire insoumis de Saint-Denis, a été atteint par des gaz lacrymogènes mardi 6 octobre dans le cortège parisien des lycéens, avant d'être exfiltré par son équipe. Il demande à Emmanuel Macron et Laurent Nuñez d'ouvrir des négociations.

Manifestation lycéenne à Paris : le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko touché par du gaz lacrymogène et exfiltré du cortège

Ce mardi 6 octobre, quinze jours après le début de la mobilisation lycéenne, un troisième acte de manifestations s'est déroulé en France, émaillé de heurts. À Paris, le cortège comptait plusieurs figures politiques de gauche : Jean-Luc Mélenchon, la patronne des Écologistes Marine Tondelier, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, et donc Bally Bagayoko, maire insoumis de Saint-Denis. Ce dernier a été touché par des gaz lacrymogènes. Sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on le voit en difficulté pour se déplacer, recevant du sérum physiologique pour soulager ses yeux, avant d'être exfiltré du cortège par son équipe. Il avait été aperçu un peu plus tôt en train de s'interposer entre des policiers et des jeunes.

Un élu dans le cortège, pas sur le banc de touche

Que le maire d'une commune de plus de 110 000 habitants, aux prises avec des difficultés structurelles connues, choisisse de marcher au contact des forces de l'ordre dans un cortège tendu relève d'un calcul politique qu'il n'est pas interdit de questionner. Bally Bagayoko n'était pas là en simple observateur : il s'est physiquement placé dans la zone de friction. Le résultat était prévisible, et l'image produite, celle d'un élu gazé, servi par les réseaux, est devenue le fait politique de la journée. Difficile d'y voir un hasard complet.

Sur Franceinfo, l'édile a confirmé : « Moi-même j'ai été aspergé de gaz lacrymogène ». Il a ensuite adressé un message direct à Emmanuel Macron et au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez : « Il faut qu'ils appellent clairement à la désescalade et qu'ils annoncent tout de suite l'ouverture de négociations avec des organisations de lycéens », selon RTL. Le maire de Saint-Denis s'en est également pris à la doctrine du maintien de l'ordre : « L'envoi de la police ne sera jamais une réponse politique », a-t-il lancé, ajoutant condamner les agressions dont il aurait été victime et la manière dont les forces de l'ordre ont œuvré.

Le problème de la contradiction

C'est là que le discours de Bally Bagayoko se grippe. Car la veille de cette manifestation, l'élu avait déclaré que « la violence [des lycéens] peut être légitime ». Interrogé sur Franceinfo sur ces propos, il les a assumés : « Je maintiens ces propos ». Il a aussi exhorté les jeunes à poursuivre le mouvement : « Ils ont raison de se battre ». Sous la pression, il a fini par préciser qu'il « désapprouve la violence » sans « renier » ses déclarations polémiques.

On a donc un élu de la République qui valide la légitimité de la violence d'un côté, et qui s'émeut de la réponse policière de l'autre. La mécanique est connue : on alimente la tension, on s'expose volontairement à ses effets, puis on accuse l'État de la situation. Ce type de séquence discrédite moins le gouvernement que celui qui la met en scène, car la contradiction est lisible pour n'importe quel observateur de bonne foi. Si la violence des manifestants est légitime, la réponse des forces de l'ordre, maladroite ou non, ne peut pas être traitée comme un scandale absolu.

Un mouvement qui dure, un exécutif qui temporise

Sur le fond, la mobilisation lycéenne s'inscrit dans la durée : les blocages reprenaient ce matin-là, avant un possible « acte IV » annoncé pour jeudi, et la manifestation parisienne a donné lieu à 32 interpellations selon le préfet de police. Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray et Laurent Nuñez étaient auditionnés à l'Assemblée dans la journée, signe que l'exécutif cherche à contenir un mouvement qui s'amplifie et agrège des soutiens.

L'appel de Bally Bagayoko à des négociations immédiates pose une vraie question de méthode : négocier avec un mouvement lycéen informe, c'est prendre le risque d'institutionnaliser le blocage comme mode d'expression. Mais refuser tout dialogue après quinze jours de mobilisation, c'est offrir à La France insoumise exactement le récit qu'elle cherche à construire : celui d'un pouvoir sourd, qui ne répond que par la police. Emmanuel Macron et Laurent Nuñez devront choisir leur ligne sans laisser l'extrême gauche occuper seule le terrain médiatique de la colère lycéenne, terrain qu'elle est visiblement venue labourer en personne, gaz lacrymogène compris.

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