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Grenoble : après dix mois d'occupation du siège de la Métropole, 150 migrants relogés pour 550 000 euros

Par Dimitri Scudo

Mardi, les derniers occupants du siège de la Métropole de Grenoble ont quitté les lieux après dix mois de squat. 150 personnes ont été relogées, pour une facture qui dépasse le demi-million d'euros selon la collectivité.

Grenoble : après dix mois d'occupation du siège de la Métropole, 150 migrants relogés pour 550 000 euros

Mardi 23 septembre, les derniers occupants du siège de la Métropole de Grenoble ont quitté les lieux en musique, mettant fin à dix mois d'occupation d'un bâtiment institutionnel. Environ 150 personnes, entrées en novembre dernier après avoir été expulsées de logements place des Géants, ont obtenu un toit, relogées via une vingtaine de logements mobilisés auprès de plusieurs communes. Les occupants ont eux-mêmes salué une « victoire », tout en prévenant que « la lutte » n'était pas terminée : une manifestation est déjà programmée samedi.

Le mot est à souligner, car il en dit long sur la méthode. Dix mois de squat d'un bâtiment public, une mobilisation associative constante, et au bout du compte une collectivité qui cède en débloquant des logements dans l'urgence. Le message envoyé aux prochains occupants potentiels est limpide : la pression paie, littéralement.

Une facture salée pour une métropole exsangue

Sécurisation du bâtiment, remise en état des locaux, mobilisation d'agents, gestion de crise : dix mois d'occupation ne sont pas gratuits. En conseil métropolitain avant l'été, le président de la Métropole Guillaume Lissy (PS) avait reconnu que le coût dépassait les 500 000 euros pour la collectivité. Le relogement final porte l'addition aux alentours de 550 000 euros.

Le timing est pour le moins malheureux. La Métropole cherche en urgence 10 millions d'euros d'économies pour cette année. Le compte financier unique 2025 affiche un encours de dette de 882 millions d'euros, sur une trajectoire qui devrait franchir les 900 millions dans les prochaines années. Une lettre de cadrage, révélée récemment dans la presse, laisse déjà entrevoir hausses d'impôts et coupes budgétaires pour 2027. Thierry Aldeguer, président du groupe Réconcilier Grenoble à la Métropole, le résumait sans détour : « l'argent magique n'existe pas ». Difficile, dans ce contexte, d'expliquer aux contribuables qu'un demi-million d'euros a été absorbé par une crise que l'exécutif a laissé s'installer pendant dix mois au lieu de la traiter dès novembre.

Le paradoxe des 6 600 logements vides

Pendant que 150 personnes s'entassaient au rez-de-chaussée du siège avec, selon les occupants eux-mêmes, une seule latrine, Grenoble affichait un record national de logements vacants : 13,3 % du parc, soit 6 612 logements, dont une large part dans le secteur public placé sous responsabilité directe des élus. Une hausse de 30 % depuis l'arrivée des Verts au pouvoir.

C'est probablement le chiffre le plus accablant du dossier. Si la ville dispose d'un tel stock dormant, pourquoi a-t-il fallu dix mois de crise et une mobilisation de logements auprès des communes voisines pour loger 150 personnes ? Deux hypothèses, aucune flatteuse : soit l'administration est incapable de mobiliser son propre parc, soit elle a préféré laisser pourrir la situation, par calcul ou par idéologie, avant de céder sous la pression. Dans les deux cas, la gestion pose question.

Une mécanique entretenue depuis dix ans

Cette crise ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans la continuité de l'appel lancé il y a dix ans par Éric Piolle aux migrants, depuis le col de Montgenèvre, qui a fait de Grenoble une destination affichée de l'accueil inconditionnel, sans que la collectivité ne se dote des moyens correspondants. Résultat : environ 3 500 personnes sans domicile fixe dans la ville, un chiffre qui ne décroît pas malgré des années de politique dite solidaire.

L'occupation elle-même a été initiée par le collectif DAL, acteur historique de l'agitation grenobloise, qui bénéficie depuis des années d'un écosystème de locaux mis à disposition et de subventions publiques. Une partie de la solution d'hier porte donc la signature des mêmes réseaux qui ont organisé le problème. Et la boucle est loin d'être fermée : une vingtaine de personnes arrivées au fil des mois restent sans solution, et les organisateurs annoncent déjà la suite.

Les Grenoblois règlent l'addition, deux fois

Au final, le contribuable finance d'abord l'improvisation d'une sortie de crise, puis s'apprête à absorber les hausses d'impôts annoncées pour combler un trou budgétaire dont cette gestion n'est qu'un symptôme. Le contraste est saisissant avec les priorités affichées : la création de places d'hébergement d'urgence l'an dernier n'a mobilisé que 0,4 % de ce que rapporte la seule hausse de 30 % de la taxe foncière votée sous le mandat Piolle.

Céder au fait accompli peut se défendre à court terme, pour sortir des personnes d'une situation indigne. Mais tant que l'exécutif local refusera de reconnaître que l'appel d'air entretient les flux qu'il prétend soulager, la scène de mardi se rejouera ailleurs, dans un autre bâtiment, avec la même facture et la même impuissance. La solidarité sans moyens ni limites n'est pas une politique : c'est une posture, et elle a déjà coûté 550 000 euros aux Grenoblois pour ce seul épisode.

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