Six-Fours : le suspect du chat dépecé et empalé a reconnu les faits, un sans-abri sous OQTF relâché la veille
Par Rudy Levasseur
Un homme de 32 ans, sans domicile fixe et sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, a reconnu avoir tué Myrtille, le chat retrouvé dépecé et empalé le 23 août à Six-Fours-les-Plages, près du collège Reynier.

Un mois d'enquête aura suffi pour identifier l'auteur présumé d'un acte de cruauté qui avait bouleversé Six-Fours-les-Plages. Ce jeudi, Mohamed Y., 32 ans, sans domicile fixe et sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF), a été extrait de la prison du Pontet, dans le Vaucluse, pour être placé en garde à vue au commissariat de Sanary-sur-Mer. Il a reconnu les faits, selon Nice-Matin.
Une scène d'une rare violence, une enquête méthodique
Le 23 août dernier, au petit matin, des témoins avaient découvert le corps de Myrtille, un chat de type Maine Coon, dépecé, la peau retirée, empalé sur un piquet à proximité du collège Reynier. L'animal, porteur d'une puce électronique, avait pu être identifié, et sa propriétaire, une habitante du quartier, avait déposé plainte. L'émotion avait été considérable : une pétition en ligne réclamant justice pour Myrtille a recueilli plus de 36 000 signatures.
C'est la trace ADN retrouvée sur le collier du chat qui a mené les enquêteurs jusqu'au suspect, selon une source proche de l'affaire citée par le quotidien régional. Un travail de police de proximité qui mérite d'être souligné, à l'heure où les effectifs et les moyens des forces de l'ordre font l'objet de débats permanents.
Libéré de rétention administrative la veille des faits
Le détail qui donne à ce fait divers une tout autre portée est ailleurs. Le suspect avait été libéré du local de rétention administrative de La Seyne-sur-Mer la veille des faits. Autrement dit : un étranger sous OQTF, placé en rétention, est remis en liberté et commet, dans les heures qui suivent, un acte de barbarie dans l'espace public, à quelques mètres d'un établissement scolaire.
Difficile de ne pas y voir l'illustration, une fois de plus, de la chaîne de défaillance qui entoure l'exécution des obligations de quitter le territoire. Une OQTF qui n'est pas exécutée n'est pas une mesure : c'est une fiction administrative. Et ce sont les habitants d'un quartier paisible du Var qui en paient ici le prix symbolique, au-delà du sort de l'animal.
Déjà écroué pour un coup de couteau dans le Vaucluse
Le parcours du suspect ne s'arrête pas là. Mohamed Y. est incarcéré à la prison du Pontet depuis le début du mois de septembre, écroué pour des faits de violences avec arme : il aurait poignardé un individu dans le Vaucluse, toujours selon une source proche de l'enquête. En quelques semaines, l'homme que la rétention administrative a relâché se retrouve donc mêlé à deux affaires d'une gravité croissante.
Cette escalade pose une question que le débat public refuse trop souvent de poser frontalement : combien de passages à l'acte auraient pu être évités si l'éloignement prononcé avait été effectif ? La cruauté envers un animal est, dans la littérature criminologique, un signal d'alerte connu. Le fait que le suspect soit aujourd'hui poursuivi pour une agression au couteau ne fait que renforcer cette lecture.
Des aveux troublants
En garde à vue, Mohamed Y. a reconnu avoir tué le chat au sein de la résidence Les Six Bastides, « en lui brisant la nuque ». Il a expliqué avoir agi pour « rendre service à une dame » qui lui aurait « demandé de le faire », rapporte Nice-Matin. Une version qui, si elle venait à se confirmer, pourrait désigner un commanditaire et ouvrir une autre dimension à l'enquête.
La mairie et les associations saluent le travail des enquêteurs
Au lendemain des faits, le maire (RN) de Six-Fours, Frédéric Boccaletti, avait déclaré qu'« un tel acte de barbarie n'a pas sa place dans la ville et ne restera pas sans réponse ». Ce jeudi, l'élu a salué « la mobilisation et le professionnalisme de la police nationale et municipale et des équipes du Centre de supervision urbain (CSU) », en assurant vouloir que les responsables soient sanctionnés avec la plus grande sévérité prévue par la loi. « Cette affaire rappelle l'utilité des moyens consacrés à la sécurité publique », a-t-il ajouté.
On ne saurait lui donner tort sur le fond : vidéoprotection, police municipale renforcée, coopération avec la police nationale, ces outils longtemps moqués comme des gadgets sécuritaires ont ici démontré leur utilité concrète. Reste que la sévérité promise se heurtera aux limites de l'échelle des peines pour la cruauté animale, un sujet sur lequel le législateur pourrait utilement se pencher.
L'association de protection animale Ch'amis pour la Vie, qui s'occupe des chats errants à Six-Fours et La Seyne-sur-Mer, a annoncé se constituer partie civile pour « porter la voix de Myrtille ». « Nous félicitons le travail des enquêteurs qui ont poursuivi leur enquête afin que cette terrible affaire ne reste pas impunie. Il appartient désormais à la justice de prendre en main la suite », a-t-elle souligné, rappelant que Myrtille n'était pas « seulement un chat » mais « un être vivant, aimé par sa famille, connu de tout un quartier ».
La justice dira les responsabilités exactes de chacun. Mais au-delà du procès à venir, cette affaire restera comme un cas d'école : celui d'un étranger sous OQTF relâché sur le territoire, libre de nuire dès le lendemain. Tant que l'éloignement effectif restera l'exception plutôt que la règle, ce type de chronique continuera de s'écrire.
Partenaires
Vous pourriez aussi aimer
Suite




