Visite de Léon XIV : Antoine Léaument (LFI) dénonce un "deux poids, deux mesures" sur la place des cérémonies catholiques à la télévision
Par Dimitri Scudo
Le député LFI de l'Essonne Antoine Léaument s'est dit étonné, dimanche sur LCI puis sur X, de la diffusion télévisée des cérémonies religieuses organisées pour la visite de Léon XIV en France.
Le voyage de Léon XIV en France, ponctué par des temps forts à Lourdes, à Paris devant Notre-Dame et ce lundi à Metz, a déjà suscité de nombreuses réactions. Mais celle d'Antoine Léaument ne ressemble pas aux autres. Invité de LCI dimanche, le député LFI de l'Essonne a fait part de son étonnement devant la place accordée à la télévision aux cérémonies religieuses organisées à l'occasion de la visite du souverain pontife.
« Je trouve qu'il y a quelque chose d'étrange à avoir des cérémonies religieuses à la télévision, à titre personnel », a-t-il déclaré, avant d'enchaîner sur ce qu'il considère comme une inégalité de traitement : « Il y a, d'une certaine manière, un deux poids, deux mesures dans notre société », a-t-il estimé, selon le Journal du Dimanche. Selon lui, il existerait « une forme de mise à distance, de mépris et même de volonté d'interdire certaines personnes d'exercer leur culte, leur religion dans l'espace public » lorsqu'il ne s'agit pas de la religion catholique.
Le raisonnement peut surprendre. La visite d'un pape en France n'est pas une simple cérémonie religieuse : c'est aussi un événement d'État, Léon XIV étant chef d'État du Vatican, et un fait de société qui a touché, comme le constatait le JDD dans un autre article, bien au-delà des seuls fidèles catholiques, y compris chez des non-croyants. Ramener cette couverture médiatique à un privilège confessionnel demande une certaine gymnastique.
La laïcité, "loi de liberté" selon l'élu insoumis
Le député a prolongé sa prise de position sur X. « Ces images religieuses diffusées à la télévision interpellent, bien sûr. Puissent-elles rappeler à chacun que la laïcité est une loi de liberté, non de contrainte », a-t-il écrit dimanche, ajoutant : « Car aujourd'hui, en France, il y a un deux poids deux mesures en fonction de la religion dont on parle ».
Sur LCI, il est allé plus loin, estimant que la laïcité avait été « beaucoup dévoyée » en étant parfois présentée comme « une forme d'agressivité vis-à-vis des religions ». « Pour moi, la laïcité, c'est une loi de liberté », a-t-il défendu, rappelant qu'elle garantit le libre exercice des cultes.
Il y a là un retournement assez vertigineux pour un mouvement dont une partie des cadres a fait de la lutte contre les manifestations visibles du religieux un marqueur politique, y compris au prix de virils débats internes. Voilà La France insoumise plaidant, laïcité à l'appui, pour davantage de religions à l'antenne. Difficile d'y voir autre chose qu'une lecture électoraliste : l'électoralisme communautaire supposé du mouvement n'est plus à démontrer dans ses choix de priorités, et l'argument selon lequel les autres cultes seraient « beaucoup moins représentés » vise moins la liberté de conscience que la captation d'un électorat réputé mal traité.
Un argument chiffré et un angle d'attaque opportun
Antoine Léaument espère que les images de la visite de Léon XIV pourront « faire réfléchir chacun sur la manière dont on traite l'ensemble des religions dans notre pays », tout en appelant à « ne pas oublier aussi les 50% de nos compatriotes qui n'ont aucune religion ». Cet appel à la moitié non-croyante des Français, opposé à la couverture d'une visite pontificale, relève d'une conception curieuse du service public : la couverture d'un événement se mesure à son intérêt réel, pas à un quota confessionnel.
Le contexte politique n'est sans doute pas étranger à cette sortie. Les sénatoriales 2026 viennent de voir la droite conserver sa majorité et le RN constituer un groupe parlementaire, tandis que LFI n'y décroche que son premier élu. Dans un paysage où le mouvement cherche des marqueurs, dénoncer la place du catholicisme à la télévision au lendemain d'une visite papale largement suivie est un calcul risqué : c'est s'affranchir du fait que la France, fille aînée de l'Église, garde une familiarité culturelle avec le catholicisme qui n'a rien d'un scandale démocratique.
Reste une question que le député n'a pas tranchée : si la diffusion d'une messe papale heurte, c'est bien que ce n'est pas tant le religieux qui pose problème que le culte auquel la majorité des croyants français reste attachée. Le « deux poids, deux mesures » est peut-être bien là, mais pas forcément du côté où M. Léaument le désigne.
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