Visite d'État en Espagne : Macron arrive en retard au Palais royal, après son mémorable planton
Par Rudy Levasseur
Emmanuel Macron et son épouse Brigitte ont entamé ce mardi 29 septembre une visite d'État de deux jours en Espagne, marquée par une arrivée en retard au Palais royal de Madrid, où l'on n'a pas oublié le planton du président français en 2018.

Le Palais royal de Madrid a une bonne mémoire. Ce mardi 29 septembre, Felipe VI et la reine Letizia recevaient Emmanuel Macron et son épouse Brigitte avec tous les honneurs dus à une visite d'État, la première d'un président français en Espagne depuis Nicolas Sarkozy en 2009. Mais le couple présidentiel s'est présenté avec une heure de retard, à l'arrière d'une Rolls-Royce, avant d'être escorté par la garde royale, selon Le Figaro. Une entrée en matière qui n'a pas manqué de réveiller un souvenir cuisant côté espagnol : celui du planton de juillet 2018, rapporte le quotidien El Debate.
Un retard qui fait écho à 2018
En juillet 2018, lors d'une visite de travail, Emmanuel Macron s'était présenté avec une heure et quart de retard au dîner offert par le roi au Palais royal, devant plus de 70 invités, parmi lesquels les principales autorités de l'État espagnol, des chefs d'entreprise comme Pablo Isla, l'écrivain Arturo Pérez Reverte ou les sportifs Miguel Indurain et Perico Delgado. Cité à 20 h 15, il s'était présenté à 21 h 30 en compagnie de Pedro Sánchez, après être déjà arrivé avec deux heures de retard à La Moncloa. Sa justification : une rencontre avec des agriculteurs français dans les Pyrénées qui s'était prolongée.
Le président français s'était alors excusé lors du toast précédant le dîner, mais sur le mode de la plaisanterie, estimant qu'au fond le repas allait être servi « à l'heure espagnole », puisqu'il était déjà vingt-deux heures, rappelle El Debate. Une pirouette qui était sans doute censée détendre l'atmosphère, mais qui a laissé des traces : huit ans plus tard, la presse de la Maison royale en parle encore.
Il y a dans la ponctualité quelque chose de plus profond qu'une simple question d'agenda. Faire attendre un roi, soixante-dix convives, ou un protocole millimétré, c'est envoyer un signal, volontaire ou non : mon temps vaut plus que le vôtre. Quand cela devient une habitude, et la presse française elle-même note que le président est réputé pour être « toujours en retard », ce signal finit par dessiner un trait de caractère politique. Le chef de l'État avait d'ailleurs été critiqué récemment pour avoir fait attendre le pape Léon XIV lors de son déplacement à Metz. Le protocole n'est pas une vanité : c'est la forme visible du respect entre États et entre institutions. Une vieille monarchie comme l'Espagne, précisément, y attache un prix que l'Élysée semble peiner à mesurer.
Une visite qui sent les adieux
Cette visite de deux jours, plusieurs fois reportée, intervient huit ans après l'invitation initiale de Felipe VI et quelques mois avant la fin du mandat d'Emmanuel Macron, au printemps 2027. El Debate la décrit d'ailleurs comme un voyage « avec une saveur d'adieu ». Pour les souverains espagnols, il s'agit de la première visite d'un chef d'État étranger en dix mois, depuis celle du président allemand Frank-Walter Steinmeier en novembre 2025, mis à part le voyage apostolique du pape Léon XIV en juin dernier.
Le programme est celui, classique, des grandes visites d'État : accueil avec les honneurs dans la cour de l'Armería, déjeuner au palais de La Zarzuela avec un entretien entre le roi et le président, dîner de gala le soir même au comedor de gala. Mercredi, Felipe VI accompagnera Emmanuel Macron au Forum du commerce et de l'investissement Espagne-France, au ministère de l'Économie, avant la réception offerte par le président français à la résidence de l'ambassadeur. Pedro Sánchez recevra quant à lui Emmanuel Macron à La Moncloa pour une réunion suivie d'un déjeuner. Le président français doit également participer à une rencontre à l'université Complutense sur la démocratie, la jeunesse et les réseaux sociaux, et visiter le Centre satellitaire de l'Union européenne, selon l'Élysée.
Emmanuel Macron, qui apprécie la pompe et le cérémonial selon El Debate, recevra au passage le collier de l'ordre d'Isabelle la Catholique, et son épouse la grand-croix, sur proposition du ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares.
Le traité d'amitié en toile de fond
La visite intervient peu après que le Tribunal constitutionnel espagnol a validé le traité d'amitié et de coopération entre l'Espagne et la France, qui permet notamment à des ministres français d'assister au Conseil des ministres espagnol, et réciproquement. Une disposition qui avait soulevé des doutes de constitutionnalité au sein du Parti populaire, et le texte reste en attente d'approbation au Sénat. Une quinzaine de déclarations conjointes sont par ailleurs prévues, sur l'énergie, la désinformation ou la lutte contre le narcotrafic maritime.
Sur le fond, la relation bilatérale est solide et il serait malhonnête de le nier : la France est le premier partenaire commercial et le troisième investisseur de l'Espagne, plus de 330 000 Espagnols vivent en France et 125 000 Français en Espagne. Sous la présidence Macron ont été signés la convention de double nationalité, la première conclue par l'Espagne avec un pays non hispanophone, et un accord de coopération en défense, ainsi que deux sommets hispano-français, à Montauban en 2021 et Barcelone en 2023.
Reste une question de forme qui n'est jamais qu'une question de fond déguisée. À quelques mois de la fin de son quinquennat, Emmanuel Macron soigne sa stature internationale, multiplie les visites d'État et collectionne les décorations. C'est le droit le plus strict d'un président sortant. Mais quand le souci de l'image se double d'une désinvolture répétée envers l'heure dite, le message reçu par les hôtes n'est pas exactement celui de la grandeur. Le protocole espagnol, lui, aura au moins appris une chose depuis 2018 : prévoir large.
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