Elysée : la Cour des comptes constate l'effondrement du courrier adressé aux Macron
Par Roman Thill
Dans son rapport sur la gestion de la présidence, la Cour des comptes relève que les courriers adressés à Emmanuel Macron sont passés de 250 000 en 2021 à 94 000 l'an dernier, faisant fondre le service postal de l'Elysée de 57 à 23 agents.
C'est un baromètre que ni les instituts de sondage ni les communicants de l'Elysée ne pourront maquiller : celui du courrier. Dans son récent rapport sur la gestion de la présidence de la République, la Cour des comptes s'est penchée sur le service postal du palais, et le constat est sans appel. Emmanuel Macron reçoit désormais trois fois moins de lettres des Français qu'au début de son second mandat, révèle Le Canard enchaîné dans son édition du 29 septembre.
Une saignée en chiffres
Les données compilées par la Cour des comptes dessinent une chute continue. Le nombre de lettres adressées au chef de l'Etat est passé de 250 000 en 2021 à 94 000 l'an dernier. Brigitte Macron subit la même désaffection : 8 912 courriers reçus, contre 21 500 il y a quatre ans. Conséquence mécanique, le service courrier de l'Elysée a vu ses effectifs fondre de 57 agents à 23 en six ans.
La lettre au président reste, dans la tradition républicaine française, un geste presque rituel : on écrit à l'Elysée pour demander, se plaindre, espérer. Que ce flux se tarisse à ce point en dit long sur le lien qui unit le pays à son chef. On n'écrit plus à celui dont on n'attend plus rien. Les sondages mesurent l'opinion ; le courrier, lui, mesure l'espérance. Et c'est bien cette seconde qui s'est effondrée.
L'intelligence artificielle en renfort
L'Elysée ne s'est pas contenté de subir la baisse du volume. La présidence a aussi choisi d'automatiser une partie des tâches, désormais confiées à une intelligence artificielle , française, souligne le Canard enchaîné. Un choix que la Cour des comptes valide plutôt : cela a « permis d'accélérer le traitement et la qualification des courriers tout en permettant aux agents d'y accorder une attention plus grande », note l'institution.
On ne peut que saluer cette rationalisation : traiter moins de courriers avec moins d'agents relève de la bonne gestion, et il serait malvenu de reprocher à l'Elysée d'ajuster ses moyens à l'activité réelle. Encore faudrait-il que cette discipline budgétaire affichée sur le service courrier inspire le reste de l'action de l'Etat, où la dépense publique continue, elle, de battre des records. Le contraste est saisissant : le palais sait tailler dans 34 postes quand le volume chute, mais le pays attend toujours le même sérieux sur les dizaines de milliards de déficit.
Le symptôme d'une fin de règne
Au-delà de l'anecdote de gestion, ce rapport documente un fait politique majeur : la distance entre les Français et le couple présidentiel n'a cessé de croître depuis 2021. Une division par trois du courrier adressé au président, une division par plus de deux pour la Première dame , ce ne sont pas des fluctuations, c'est une dynamique. Le second quinquennat, marqué par la dissolution, l'instabilité gouvernementale et une impopularité durable, s'écrit aussi dans les sacs postaux de l'Elysée.
Reste une question, posée avec l'ironie habituelle du Canard enchaîné : les agents désormais désœuvrés devront-ils « traverser la rue » pour trouver une nouvelle occupation ? La référence à la formule prononcée en 2018 par Emmanuel Macron à un jeune chômeur est transparente. L'histoire a parfois le sens de la chute : celui qui conseillait à un demandeur d'emploi de simplement traverser la rue voit aujourd'hui son propre service courrier se vider, faute de Français qui croient encore utile de lui écrire. Difficile d'y voir autre chose que le signe d'une présidence qui n'émeut plus, et dont même les courriers de soutien se raréfient.
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