Caen : dix adolescents de la MJC du Chemin-Vert s'envoleront pour un voyage solidaire au Sénégal, avec l'appui de la CAF et de la Ville
Par Dimitri Scudo
Dix adolescents de la MJC du Chemin-Vert, à Caen, partiront au Sénégal pendant les vacances de la Toussaint pour un voyage solidaire préparé depuis deux ans. Une cagnotte est ouverte pour financer des actions sur place.
C'est au cœur du quartier du Chemin-Vert, à Caen, que l'aventure a pris forme. Dix adolescents du comité Jeunes de la MJC du Chemin-Vert s'envoleront pour le Sénégal pendant les vacances de la Toussaint, à l'issue d'un projet mûri depuis deux ans, rapporte Ouest-France. Direction Thiès, M'Bour et Dakar : au programme, des activités avec des jeunes locaux encadrés par le Centre d'écoute et d'encadrement pour le développement durable (CEEDD), la remise de matériel de puériculture à la pouponnière de M'Bour, et une dimension mémorielle assumée avec la visite de l'île de Gorée et du Musée des civilisations noires.
Un projet préparé avec sérieux par les jeunes eux-mêmes
Il faut d'abord souligner ce qui mérite de l'être : ces adolescents n'ont pas attendu que tout tombe. « Multipliant les initiatives locales, de la tenue de buvettes lors de spectacles au Sillon au lavage de voitures, en passant par des tombolas », les jeunes ont réuni eux-mêmes une partie du budget, explique Kana, 15 ans, cité par Ouest-France. Ils ont également monté des dossiers de subvention et sont allés les défendre devant les financeurs. Le choix de la destination s'est fait « à l'issue d'un vote démocratique », insiste Aïcha, 16 ans, où s'affrontaient la Thaïlande, l'Afrique du Sud ou l'Albanie. Le Sénégal s'est imposé, notamment en raison du jumelage historique entre Caen et Thiès. Pour Aïcha, originaire du pays, le voyage aura une portée particulière : elle découvrira sa terre d'origine.
Voilà un enseignement du travail et de l'effort que l'on ne peut que saluer : la buvette, le lavage de voitures et la tombola restent la meilleure des écoles de la responsabilité, et les trois lycéennes interrogées disent d'ailleurs avoir gagné « en maturité, en autonomie, en sens de la responsabilité ». Lorsque des jeunes de quartier se frottent à la réalité du budget et de l'organisation, l'éducation populaire remplit sa mission.
La question de l'argent public
Reste que deux lignes du récit interrogent, et il est sain qu'elles interrogent : les jeunes « ont ainsi obtenu des financements de la CAF Calvados et de la Ville de Caen ». Autant la participation municipale relève d'un choix politique assumé par les élus locaux, autant l'engagement de la Caisse d'allocations familiales appelle une vigilance légitime. La CAF est financée par des prélèvements obligatoires et sa vocation première est le versement des prestations familiales aux foyers qui en ont besoin. Que ses fonds servent, même partiellement, à l'organisation d'un voyage à l'autre bout du monde pose la question des priorités, à l'heure où chaque euro de la sphère sociale est compté et où le débat sur les conditions d'accès aux aides est plus vif que jamais. On ne reprochera rien à dix adolescents qui ont joué le jeu des dossiers ; en revanche, on peut raisonnablement demander aux organismes qui distribuent l'argent des familles de clarifier leurs critères d'attribution. La solidarité internationale est une belle chose ; elle ne devrait pas se financer par des canaux conçus pour l'aide sociale aux familles françaises.
Le projet repose d'ailleurs aussi, et c'est à son honneur, sur la générosité privée. Une cagnotte solidaire est lancée et « 100% des dons iront directement sur le terrain », détaille Imen, 15 ans : achat de matériel de puériculture et de fournitures scolaires pour les enfants sénégalais. Les dons, en chèque ou en espèces, sont à remettre à l'accueil de la MJC du Chemin-Vert, 1 rue d'Isigny à Caen. C'est précisément ce circuit-là, celui du don libre et consenti, qui fonde une solidarité durable et sans ambiguïté sur l'usage de l'argent public.
Une expérience suivie et restituée à Caen
Soutenus par leurs parents et les animateurs de la structure, les adolescents assurent eux-mêmes l'organisation et préparent un suivi audiovisuel du séjour. Le voyage débouchera sur une soirée de restitution publique au Sillon, à Caen, mêlant projection, échanges et dégustation de spécialités sénégalaises. Une boucle vertueuse, donc, qui ramènera l'expérience dans le quartier qui l'a portée. Au final, ce projet illustre deux France qui cohabitent : celle de jeunes capables de deux ans d'efforts pour mener une belle idée à son terme, et celle d'institutions auxquelles il appartiendra de répondre lorsque leurs subventions quittent les frontières de leur mission.
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