Ukraine : Zelensky exige 70 milliards d'euros supplémentaires de l'UE, Le Pen répond que la France n'a plus les moyens
Par Roman Thill
Au sommet européen de Bruxelles, Volodymyr Zelensky a réclamé vendredi 70 milliards d'euros supplémentaires aux Vingt-Sept pour financer notamment sa production de drones, prévenant que la chute de l'Ukraine menacerait toute l'Europe.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réclamé vendredi 70 milliards d'euros supplémentaires à ses alliés européens, lors d'un sommet des Vingt-Sept à Bruxelles, dans un discours qu'il a ensuite publié sur X. Son message est sans détour : l'effort de guerre de Kiev conditionne la sécurité du continent entier, et si l'Ukraine venait à céder, c'est l'Europe qui en paierait le prix.
Des drones contre des milliards
Le chef d'État ukrainien a chiffré sa demande avec précision. « La guerre coûtera 155 milliards d'euros l'année prochaine. Et nous avons besoin d'au moins 70 milliards d'euros de plus de votre part », a-t-il affirmé devant les chefs d'État et de gouvernement réunis à Bruxelles.
Pour justifier cette somme, Zelensky met en avant l'efficacité militaire de l'aide européenne : « Nous stoppons la plupart des assauts russes sur la ligne de front grâce aux drones. Nous coupons les lignes d'approvisionnement russes avec ces technologies », a-t-il poursuivi, assurant que ces drones « contribuent à affaiblir l'économie de la Russie ». Le président ukrainien ajoute que son pays « pourrait produire deux ou trois fois plus de drones » mais manque « tout simplement » d'argent pour le faire.
L'argument est rodé, et pas dénué de fondement stratégique : mieux vaut financer des drones ukrainiens aujourd'hui que déployer des armées européennes demain. Reste que la demande prend la forme d'une injonction. Le verbe n'est plus « solliciter » mais bien « exiger », et l'addition, elle, grimpe à un rythme qui interroge légitimement les finances des capitales.
« Plus les moyens » : la réponse de Marine Le Pen
Cet appel intervient alors que plusieurs responsables politiques européens réclament au contraire une réduction, voire un arrêt des aides à Kiev. En France, Marine Le Pen estime que le pays n'a « plus les moyens » de soutenir financièrement l'Ukraine face à l'invasion russe.
La position de la candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle n'a rien d'un repli isolationniste : elle tient d'abord à un constat comptable. Avec une dette publique abyssale et un déficit que l'État peine à résorber, chaque milliard envoyé à Kiev est un milliard qui manque à la réindustrialisation, aux hôpitaux ou à l'armée française elle-même. Poser la question de la soutenabilité de l'aide n'est pas faire le jeu de Moscou ; c'est faire le travail que tout gouvernement responsable doit faire.
Marine Le Pen n'est d'ailleurs pas isolée en Europe. En Italie, Roberto Vannacci, ancien général devenu figure de la droite radicale, plaide lui aussi pour l'arrêt du financement de l'effort de guerre ukrainien et des livraisons d'armes. Il pourrait se présenter comme un adversaire de Giorgia Meloni lors des prochaines élections législatives. Interrogé par la presse italienne sur sa préférence entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, il a même répondu préférer le président russe, une outrance que la droite française, elle, se garde bien d'imiter.
L'argument de la bière et le poids réel de la facture
Face à ces appels à fermer le robinet, le Premier ministre letton Andris Kulberg a choisi une image volontairement provocatrice : l'aide financière européenne « représente une bière de moins par an pour chaque Européen ». « Je pense qu'on peut se le permettre d'autant que l'Ukraine en a besoin maintenant. Cette unique bière n'est qu'un coût financier pour nous, en Ukraine c'est une question de vie », a-t-il expliqué vendredi 16 octobre lors du sommet à Bruxelles.
La comparaison est séduisante, mais elle ne résiste pas au calcul. Répartis entre les quelque 450 millions d'habitants de l'Union européenne, les 70 milliards réclamés représenteraient environ 155 euros par personne. Bien davantage que le prix d'une bière, et cela pour une seule année supplémentaire. Les dirigeants baltes, qui vivent sous la menace directe de Moscou, ont leurs raisons de dramatiser ; les contribuables français ont les leurs de compter.
Ce que la France paie déjà
Selon l'institut allemand de Kiel, qui répertorie les aides apportées à l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe en février 2022, le soutien français atteint environ 27 milliards d'euros en incluant les contributions aux dispositifs européens. Dans cette somme, environ 18 milliards correspondent à la part française des aides acheminées par les mécanismes de l'Union. L'aide bilatérale directe s'élève à 7,91 milliards d'euros, dont 6,2 milliards de soutien militaire, 800 millions d'aide financière et 880 millions d'aide humanitaire.
Rapportée au PIB français de 2021, cette aide directe représente 0,32 % de la richesse nationale, contre 4,11 % pour le Danemark, 3,73 % pour l'Estonie, 3,46 % pour la Lituanie et 2,75 % pour la Lettonie. S'y ajoute une contribution difficile à chiffrer : Emmanuel Macron affirmait en janvier que « les deux tiers » du renseignement apporté à l'Ukraine étaient fournis par la France.
Ces montants sont cumulés depuis février 2022, et l'aide militaire comprend des matériels, pas seulement des versements. Mais la tendance est claire : chaque sommet européen apporte son nouveau chèque, sans que jamais ne soit définie la stratégie de sortie. Soutenir la résistance ukrainienne, oui ; signer des chèques en blanc à répétition, sans contrepartie sur une issue négociée, non.
Reste un argument sérieux du côté des partisans du maintien de l'aide : une victoire russe entraînerait pour les Européens des dépenses de défense et de sécurité bien supérieures dans les années à venir. C'est vrai, et c'est précisément pour cela que l'Europe ferait mieux d'investir massivement dans sa propre défense plutôt que de financer indéfiniment une guerre d'usure dont personne ne voit la fin. La sécurité du continent ne se sous-traite pas à Kiev ; elle se construit à Paris, à Varsovie et à Berlin.
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