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Justice

Metz : la mairie vend un parking à un club de foot sans licenciés, domicilié à la mosquée Millî Görüş

Par Rudy Levasseur

Le groupe RN de Metz dénonce la cession d'un parking communal à 2,30 euros le mètre carré au bénéfice d'un club de football inactif depuis 2011, domicilié à l'adresse de la mosquée Millî Görüş. Le maire François Grosdidier assure qu'il n'y a *« rien de caché »*.

Metz : la mairie vend un parking à un club de foot sans licenciés, domicilié à la mosquée Millî Görüş

Un parking communal vendu 2 523,10 euros, soit 2,30 euros le mètre carré, à un club de football qui n'aligne plus aucune équipe depuis 2011 et dont le siège se trouve dans une mosquée : voilà le dossier qui oppose désormais le groupe Rassemblement national à la mairie de Metz. Etienne Anstett, chef de file de l'opposition RN au conseil municipal, a annoncé vendredi saisir le procureur de la République de Metz, le préfet et le ministre de l'Intérieur, rapporte Moselle TV.

Une délibération modifiée entre commission et conseil

Tout part d'une délibération présentée lors du conseil municipal du 24 septembre, qualifiée d'« énigmatique » par l'élu RN. Selon lui, le bénéficiaire de la cession d'un terrain communal aurait été modifié entre la commission et la séance plénière. Initialement inscrite comme destinataire, la confédération islamique Millî Görüş a laissé place, dans le texte final, à un certain « Football Club Espoir de Metz », domicilié à la même adresse, quartier de Bellecroix. La parcelle en cause est un parking situé devant la mosquée de la rampe de Bellecroix.

L'élu s'est procuré une pièce qui pèse lourd dans le débat : selon les autorités du football local, le District Mosellan de Football, ce club n'a disputé aucun match officiel et ne compte aucun licencié depuis 2011. Autrement dit, une structure coquille, sans activité sportive avérée depuis près de quinze ans, devient l'acquéreur officiel d'un bien communal à prix cassé.

La question de fond que le maire esquive

« Pourquoi une association au nom énigmatique (...) dans une mosquée, aurait le droit d'acheter un territoire communal à 2 euros du mètre carré ? », a interrogé Etienne Anstett en séance, tout en demandant le report du point dans l'attente des réponses de la préfecture. La question est légitime, et elle est double. Il y a d'abord l'intérêt patrimonial des Messins : céder un terrain communal à un prix très inférieur à sa valeur suppose un motif d'intérêt général solide, difficile à invoquer pour un parking vendu à une association sans activité démontrée. Il y a ensuite la question juridique, soulevée par l'élu RN, de l'insincérité de la délibération et du financement indirect d'un culte non concordataire, prohibé par la loi de 1905. Sur ce terrain-là, une collectivité ne joue pas avec les règles.

François Grosdidier a répondu en conseil qu'il « n'y avait rien de caché » : « il suffit de me poser la question et je donne la réponse, il n'y a donc rien de caché. Si on voulait le cacher, on n'aurait pas mis ce nom dans la première délibération ». L'argument est recevable sur la forme, mais il ne répond pas au fond : pourquoi le nom du bénéficiaire a-t-il changé entre la commission et le conseil, et pourquoi un club de football dormant sert-il d'écran à une cession dont la mosquée voisine est, de fait, l'utilisatrice ? Le maire a ensuite demandé de ne pas « faire de procès d'intention », estimant que la question ne serait pas posée s'il s'agissait « de catholiques ou d'autres ». C'est là le réflexe classique consistant à déplacer le débat : le problème n'est pas la confession de l'acquéreur, c'est qu'un bien public soit cédé à vil prix à une structure fantôme. Tout contribuable, quel que soit le culte concerné, est en droit d'exiger la transparence sur la destination de son patrimoine.

Le maire s'est enfin défendu en invoquant la volonté de « vendre à un acteur local, que je connais, avec des Messins en face », précisant que le club est « une des associations qui achète et un des utilisateurs de ce parking ». Sur l'absence de licenciés, il a jugé qu'« il y a des clubs qui peuvent ne pas participer à des ligues sportives, et pratiquer quand même ». Un club qui pratique sans licenciés, sans matchs officiels et sans équipe engagée depuis 2011 : la défense relève de la gymnastique.

Un contexte déjà tendu à Bellecroix

Ce n'est pas la première passe d'armes sur ce dossier. Depuis le début de l'année, Etienne Anstett mène un combat contre l'association CIMG et la mosquée messine, allant jusqu'à accompagner une équipe du média Frontières dans l'établissement, une initiative qui avait provoqué plusieurs réactions de la communauté musulmane de Metz. On peut discuter la méthode ; on ne peut pas balayer d'un revers de main les interrogations qu'elle met au jour. Millî Görüş, mouvance d'inspiration turque et nationaliste, est depuis longtemps surveillée par les services français pour son ancrage communautariste. Qu'une mairie cède du foncier public à son voisinage immédiat, au bénéfice d'une association domiciliée dans ses murs, mérite autre chose qu'une fin de non-recevoir.

La cession a finalement été validée, les élus RN votant contre et le groupe LFI/EELV choisissant de ne pas participer au vote. Une abstention qui en dit long sur l'embarras d'une gauche locale partagée entre son électorat et sa doctrine. Reste désormais aux autorités saisies, procureur, préfet, place Beauvau, à dire si la délibération est sincère et conforme à l'intérêt général. Si elle l'est, les explications du maire suffiront. Si elle ne l'est pas, les Messins auront été dépossédés d'un bien communal au profit d'une structure dont personne n'a vu l'équipe jouer depuis quinze ans. La suite du dossier dira laquelle de ces deux hypothèses tient la route.

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