Justice

Philippe Tabarot dans le viseur du PNF pour prise illégale d'intérêts avec sa sœur, selon Le Canard

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Selon Le Canard enchaîné, le ministre des Transports est visé par le PNF pour prise illégale d'intérêts avec sa sœur, la députée Michèle Tabarot. Il assure n'avoir « rien à se reprocher ».

Philippe et Michèle Tabarot, frère et sœur, lors d'une photo postée le 28 juin 2024 sur Facebook par le ministre des Transports. Photo : Facebook de Philippe Tabarot
Philippe et Michèle Tabarot, frère et sœur, lors d'une photo postée le 28 juin 2024 sur Facebook par le ministre des Transports. Photo : Facebook de Philippe Tabarot

Le ministre des Transports Philippe Tabarot est dans le viseur du Parquet national financier pour prise illégale d'intérêts en lien avec sa sœur, la députée LR des Alpes-Maritimes Michèle Tabarot, affirme Le Canard enchaîné cette semaine. Le dossier porte sur les fonctions rémunérées que l'ancien sénateur a occupées entre 2018 et 2020 au Cannet, la commune que sa sœur a dirigée de 1995 à 2017.

Philippe Tabarot conteste depuis que l'enquête est connue. En janvier 2025, quelques semaines après son entrée au gouvernement de François Bayrou, il déclarait : « Je n'ai rien à me reprocher (…) J'ai travaillé de manière effective avec des rémunérations qui sont encadrées dans la plus grande transparence. » Il assurait avoir tout déclaré à la Haute autorité, se disait « sincèrement serein sur ce sujet » et affirmait n'avoir jamais été entendu par les enquêteurs.

Ce que le PNF examine au Cannet

L'enquête préliminaire, ouverte pour détournement de fonds publics, prise illégale d'intérêts et recel de ces deux délits, est née d'un signalement de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, le 29 juillet 2021, selon une source judiciaire. Elle vise les fonctions de Philippe Tabarot au groupement d'intérêt public touristique et culturel du Cannet, puis à la communication de la commune.

Sa déclaration d'intérêts du 30 novembre 2020, consultée par Le Monde, en donne le détail. Directeur du groupement d'avril 2018 à juillet 2020, il a perçu 82 473 euros nets à ce titre en 2019, puis 17 997 euros nets comme chargé de mission d'août à novembre 2020. La commune lui a versé dans le même temps 15 318 euros nets en 2019 pour sa communication.

Au même moment, Philippe Tabarot était vice-président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur chargé des transports, pour environ 40 000 euros nets par an. Il a déclaré au total 137 872 euros nets pour la seule année 2019. Ces chiffres figuraient noir sur blanc dans un document public dès 2020 : il aura fallu un signalement de la Haute autorité pour que quelqu'un, à Paris, prenne la peine de les additionner.

Le lien avec Michèle Tabarot, selon Le Canard

D'après Le Canard enchaîné, c'est le lien avec sa sœur qui place le ministre dans le viseur du PNF pour prise illégale d'intérêts. Michèle Tabarot a tenu la mairie du Cannet pendant vingt-deux ans, de 1995 à 2017, et son frère a pris la direction du groupement d'intérêt public de la ville en avril 2018, quelques mois après son départ du fauteuil de maire.

L'article 432-12 du Code pénal punit de cinq ans d'emprisonnement et de 500 000 euros d'amende l'élu ou l'agent public qui prend ou conserve un intérêt dans une affaire dont il a la charge d'assurer la surveillance ou l'administration. Une enquête préliminaire n'est ni une mise en examen ni une condamnation, et la présomption d'innocence vaut pour le frère comme pour la sœur.

Le dossier a pourtant déjà connu des actes lourds. Le 30 novembre 2022, selon une source judiciaire, des perquisitions ont visé le domicile de Philippe Tabarot, la mairie du Cannet et les locaux du groupement d'intérêt public. En janvier 2025, plus de deux ans après ces perquisitions, la même source indiquait que l'enquête préliminaire était toujours en cours.

Cinq ans d'enquête et un ministre toujours au gouvernement

Depuis le signalement de juillet 2021, Matignon a changé cinq fois de locataire, de Jean Castex à Sébastien Lecornu, sans que l'enquête quitte le stade préliminaire. Philippe Tabarot, élu au Sénat en septembre 2020, est devenu ministre des Transports en décembre 2024 sous François Bayrou, et Sébastien Lecornu l'a reconduit. Le dossier n'a jamais retardé la signature d'un décret de nomination.

La règle non écrite héritée des années Balladur veut qu'un ministre mis en examen quitte le gouvernement. L'exécutif s'en tient scrupuleusement à la lettre de cette jurisprudence, qui a l'avantage de laisser au calendrier judiciaire le soin de trancher les questions que le gouvernement préfère ne pas se poser. Une enquête préliminaire, même ouverte depuis plus de cinq ans, ne suffit pas à vider un bureau ministériel.

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