Toulouse : retrouvé nu chez sa voisine atteinte d'Alzheimer, un retraité de 66 ans condamné pour agression sexuelle
Par Dimitri Scudo
À Toulouse, un retraité de 66 ans a été condamné à quinze mois de prison avec sursis probatoire pour agression sexuelle sur sa voisine de 72 ans, atteinte d'une forme sévère de la maladie d'Alzheimer.

Que faisait un retraité de 66 ans, nu, dans la chambre de sa voisine de 72 ans, atteinte d'une forme sévère de la maladie d'Alzheimer ? C'est la question à laquelle le tribunal correctionnel de Toulouse a dû répondre, après que la famille de la victime a surpris l'homme dans l'intimité de la malade, vendredi 2 octobre, dans le quartier de Lardenne. Devant les juges, le prévenu a plaidé les sentiments. La justice, elle, a retenu l'agression sexuelle sur personne vulnérable et l'a condamné à quinze mois de prison avec sursis probatoire, assortis d'une obligation de soins et d'une interdiction de contact avec la victime.
Les faits : une intrusion découverte grâce aux caméras
C'est la fille de la victime qui a donné l'alerte. La maison de la septuagénaire, placée sous tutelle, est équipée de caméras de surveillance, qui ont permis de surprendre le voisin dans la chambre de la malade. L'état de dépendance de la victime est total : « Cette femme ne peut pas s'habiller seule, elle ne peut préparer ses repas. Elle a besoin d'aides quotidiennes avec l'intervention de différentes personnes », a expliqué Me Marine Schattel, conseil de la victime et de sa famille, selon La Dépêche du Midi.
Le président d'audience, Grégory Singer, a d'ailleurs souligné l'impossibilité d'entendre la victime : ses réponses aux questions des policiers illustraient l'avancée de sa maladie, au point qu'elle n'a pas pu être interrogée. Un détail qui pèse lourd dans ce dossier : incapable de s'exprimer, la victime l'était tout autant de consentir. C'est précisément ce que le droit entend protéger lorsqu'il sanctionne les atteintes sexuelles sur personnes vulnérables.
Une défense fondée sur « l'amour »
Face aux juges, le prévenu, incarcéré le week-end précédant son procès, n'a pas nié sa présence mais l'a habillée d'un récit sentimental. Des larmes aux yeux, il a affirmé : « Je n'avais pas de mauvais sentiments... » Il a raconté qu'une aide-soignante, fin septembre, ne parvenait pas à entrer chez la malade, et qu'il était intervenu pour l'aider. « À l'intérieur, la femme m'a pris le bras avec affection. Il s'est passé quelque chose », a-t-il soutenu, assurant encore : « Ma présence lui fait du bien. »
Son conseil, Me Jean Balbo, a plaidé la relaxe sur cette ligne : « Pourquoi l'amour ne pourrait pas être envisagé chez une femme malade ? Cet homme l'affirme : il s'est passé quelque chose entre eux. Pourquoi rejeter cette affection, ce sentiment partagé ? D'ailleurs le légiste n'a constaté aucune violence. »
L'argument a de quoi laisser songeur. Invoquer un « sentiment partagé » avec une personne qui ne peut ni s'habiller seule, ni répondre aux policiers, ni même ouvrir sa porte à une aide-soignante, revient à faire porter à la maladie le poids d'un consentement qu'elle rend précisément impossible. Le tribunal n'a pas été convaincu, et il a bien fait : la vulnérabilité n'est pas une circonstance atténuante du débat, elle en est le cœur.
Une condamnation qui retient « la surprise » et la vulnérabilité
Les constatations et l'expertise du légiste ont écarté le viol initialement soupçonné par la famille. Le parquet a retenu une agression sexuelle sur personne vulnérable, des faits jugés « pas contestables » par la procureure Céline Pages, qui requérait dix-huit mois de prison avec sursis probatoire, accompagnés d'une obligation de soins et d'une interdiction de contact.
Le tribunal a finalement condamné le retraité à quinze mois de prison avec sursis probatoire, avec obligation de soins et interdiction de contacts avec la victime. La justice a retenu « la surprise » et la vulnérabilité de la victime.
On peut s'interroger sur la portée réelle d'une telle peine. Quinze mois entièrement assortis du sursis, c'est le choix de ne pas incarcérer un homme de 66 ans sans violence constatée, au nom d'une logique de soin et de probation. C'est cohérent avec l'état de notre droit. Mais face à une victime qui ne pourra jamais ni témoigner ni se défendre, la réponse pénale tient surtout dans ses interdictions : c'est l'éloignement effectif, plus que le quantum de la peine, qui protégera concrètement cette femme.
L'inquiétude légitime de la famille
Car le problème demeure géographique : l'agresseur condamné est le voisin de la victime. La famille de la dame malade s'inquiète « à cause de la proximité des habitations », souligne Me Schattel. L'interdiction de contact prononcée par le tribunal répond sur le papier à cette crainte ; reste à la faire respecter au quotidien, dans un quartier où les deux habitations se côtoient.
Cette affaire rappelle enfin une réalité que le débat public peine à regarder en face : les personnes âgées dépendantes, en particulier celles atteintes de troubles cognitifs, figurent parmi les victimes les plus exposées et les moins armées pour alerter. Sans les caméras installées par cette famille vigilante, l'intrusion du 2 octobre serait sans doute restée invisible. La protection des plus faibles ne se décrète pas dans un jugement : elle se construit dans l'attention des proches et la fermeté d'une justice qui, cette fois, a su nommer les faits.
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