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Franconville : le maire Xavier Melki refuse de célébrer un mariage après des tirs de mortier dans le cortège

Par Dimitri Scudo

Lundi 5 octobre, le maire de Franconville (Val-d'Oise), Xavier Melki, a refusé de célébrer un mariage après des tirs de mortier et des infractions routières dans le cortège. Une première dans la commune.

Franconville : le maire Xavier Melki refuse de célébrer un mariage après des tirs de mortier dans le cortège

Lundi 5 octobre, un couple s'est présenté à la mairie de Franconville (Val-d'Oise) pour se marier. Il est reparti sans avoir prononcé le fameux « oui » : le maire, Xavier Melki (Les Républicains), a annulé la cérémonie après des tirs de mortier et plusieurs infractions commises par le cortège. Une décision inédite dans la commune, et qui a le mérite de la clarté.

Des tirs de mortier à l'heure où les enfants reprennent l'école

Les futurs époux étaient attendus en début d'après-midi à l'hôtel de ville, rapporte Le Parisien. Quelques minutes avant leur arrivée, plusieurs habitants ont alerté les autorités après avoir entendu des tirs de mortier. Selon le maire, les faits se sont produits au moment où les écoliers reprenaient le chemin de l'école après la pause du déjeuner. Cette circonstance a pesé lourd dans sa décision, et on comprend pourquoi : un feu d'artifice improvisé dans la rue, à proximité d'enfants, n'a rien d'une joyeuseté de potache.

À l'arrivée des policiers, le cortège croisé présentait un tableau peu républicain : des personnes assises sur les portières des véhicules. Xavier Melki évoque de « multiples infractions au Code de la route », des tirs de mortier et « un trouble à l'ordre public manifeste ». Les futurs mariés ont appris en franchissant les portes de la mairie que la cérémonie n'aurait pas lieu. Le maire affirme qu'il s'agit d'une première à Franconville.

Une charte signée avant chaque mariage

La décision de l'élu ne sort pas d'un chapeau. Depuis plusieurs années, les couples qui souhaitent se marier dans la commune signent une charte des cérémonies civiles devant les officiers d'état civil. Son article 5 impose de « respecter les lieux et la sécurité de tous » et interdit expressément pétards, fumigènes et mortiers. Les époux du jour avaient donc apposé leur signature sous un texte qu'ils, ou du moins leur cortège, n'ont pas jugé utile de respecter.

« Avant d'être une fête, c'est d'abord une célébration républicaine », rappelle l'élu, précisant que la municipalité n'avait jamais eu, jusqu'ici, à reporter une cérémonie pour faire respecter ce texte. Le raisonnement tient : le mariage civil n'est pas un show privé qui s'octroierait la rue, c'est un acte de l'État accompli au nom de tous. Qu'un cortège se comporte comme si l'espace public lui appartenait justifie précisément la réponse de celui qui administre cet espace. Xavier Melki lui-même souligne le paradoxe de l'époque : « Ça paraît quand même dingue de devoir signer une charte pour dire qu'on respecte la loi. » Difficile de mieux résumer la situation : quand le respect du droit commun devient un engagement contractuel à faire parapher avant une fête, c'est bien qu'un bout de l'autorité publique s'est déjà effrité.

Un mariage reporté, pas supprimé

Le couple conserve la possibilité de demander une nouvelle date pour se marier à Franconville. La même charte s'appliquera alors, et le maire prévient : « S'ils ne la respectent à nouveau pas, on fera pareil. » Il assume sa fermeté sans sourciller : « S'il faut le refaire, on le refera dix fois. » Quant aux frais éventuels engagés par le couple pour la réception, le traiteur ou les locations, l'élu renvoie les intéressés à leur propre appréciation : « c'est à eux de voir ». Interrogé sur la réaction des mariés et de leurs proches, il s'est contenté de répondre qu'« une partie a compris, une partie n'a pas compris », ajoutant : « Mon sujet, ce n'est pas les états d'âme des uns et des autres. »

Cette proportionnalité mérite d'être notée : le maire ne sanctionne pas le couple en lui refusant le mariage à vie, il reporte une cérémonie dont les conditions de sécurité et de dignité n'étaient pas réunies. C'est exactement l'exercice normal, et non spectaculaire, d'un pouvoir de police municipale.

L'écueil de l'affaire Ménard en toile de fond

La comparaison avec un précédent célèbre s'impose presque : en 2023, Robert Ménard avait refusé de marier un couple à Béziers, dans un contexte très différent. L'affaire avait fait des vagues, et l'épilogue s'est joué loin de France : le couple que le maire de Béziers avait refusé de marier s'est uni cet été en Algérie, comme l'ont rapporté ici.fr et 20 Minutes. Là, c'était la légalité de la décision du maire qui était contestée ; à Franconville, le refus s'adosse à une charte signée et à des infractions constatées par la police, ce qui le place sur un terrain juridique nettement plus solide.

Au fond, l'affaire de Franconville pose une question simple que beaucoup d'élus préfèrent esquiver : qui fait la loi dans la rue le jour d'un mariage ? Les cortèges qui bloquent la circulation, brûlent les feux et arrosent les trottoirs de mortiers sont devenus un marronnier de l'insécurité quotidienne, souvent traité par l'indulgence faute de courage local. En tirant les conséquences d'une règle écrite, signée et connue, Xavier Melki montre qu'un maire décidé peut encore remettre quelques bornes, sans excès ni démagogie. Reste à savoir si d'autres suivront l'exemple, ou si l'on continuera d'attendre que chaque commune invente sa propre charte pour rappeler ce que le Code pénal et le Code de la route disent déjà.

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