Colère lycéenne : Bally Bagayoko réclame des excuses d'Emmanuel Macron aux familles d'élèves blessés
Par Rudy Levasseur
Le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko a appelé ce jeudi Emmanuel Macron à présenter ses excuses aux familles de lycéens blessés depuis le début de la mobilisation, tout en dénonçant le silence du président et le calendrier de Sébastien Lecornu.

Le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko s'est invité ce jeudi 8 octobre dans la manifestation parisienne des lycéens pour adresser une exigence directe au chef de l'État : qu'Emmanuel Macron présente « ses excuses » aux familles des élèves blessés depuis le début du mouvement de colère lycéenne.
La demande de l'élu insoumis
Devant la presse, en marge du cortège parisien, Bally Bagayoko a plaidé pour un geste présidentiel qu'il présente comme sans coût budgétaire : « Nos lycéens ont été blessés, nos enfants ont été blessés, si le président de la République pouvait poser un acte, et cet acte ne nécessite pas des milliards, juste de l'humanisme, s'il pouvait présenter ses excuses aux familles dont les enfants ont été blessés », a-t-il avancé. Et d'enfoncer le clou : « Même ça, visiblement, il est en incapacité de le faire alors vous imaginez quelle va être la difficulté pour lui d'avoir des propositions » pour répondre aux revendications des lycéens, a déploré l'élu.
La formule est habile politiquement. En ramenant l'exigence à une question d'« humanisme », le maire de Saint-Denis place l'exécutif dans une position où toute absence de réponse pourra être présentée comme un défaut de compassion. On peine toutefois à croire que la demande vise d'abord l'apaisement : elle sert surtout à entretenir la mise en cause personnelle d'Emmanuel Macron, cible privilégiée de La France insoumise depuis le début de la crise.
Un bilan humain lourd, des deux côtés des barricades
Les chiffres communiqués par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez donnent la mesure de la tension. Dix-huit enquêtes de l'IGPN, la « police des polices », ont été ouvertes depuis le début du mouvement. Au total, 215 élèves et 85 membres du personnel de l'Éducation ont été blessés. Le ministre a annoncé mercredi la suspension de l'usage des grenades assourdissantes, après qu'un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée lundi à Lens, un drame qui a marqué les esprits et durci la contestation. Une enquête de l'IGPN a également été ouverte après le coup de genou d'un policier au visage d'un manifestant à Paris, selon une information de BFMTV.
Il convient cependant de rappeler l'autre versant de ce bilan, que la sortie de Bally Bagayoko passe soigneusement sous silence : près de 800 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début de la mobilisation. Ce chiffre, considérable, dessine une réalité que l'opposition préfère éluder : les forces de l'ordre sont engagées depuis des jours dans des heurts d'une violence réelle, face à des cortèges où tout n'est pas pacifique. Réclamer des excuses présidentielles pour les seuls blessés d'un camp revient à faire de la compassion un exercice à sens unique.
Le calendrier de Lecornu dans le viseur
L'élu insoumis ne s'est pas contenté de viser l'Élysée. Il a dénoncé l'absence de prise de parole d'Emmanuel Macron depuis le début de la mobilisation et la « gesticulation verbale » de Sébastien Lecornu, qui s'est exprimé mercredi soir dans une allocution sans annonce concrète, renvoyant « les premières décisions » à la « fin octobre ». « Le timing dans lequel il compte produire des propositions, c'est un timing irresponsable », a jugé Bally Bagayoko.
Sur ce point, la critique touche un sujet réel. Face à une jeunesse mobilisée et à des blessés chaque jour, un gouvernement qui se donne plusieurs semaines pour formuler ses premières réponses prend le risque d'alimenter l'escalade. Le report à fin octobre peut se justifier par la volonté de bâtir des mesures solides, mais il laisse un vide que les mouvements les plus radicaux s'empressent d'occuper. Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a d'ailleurs dû accélérer : il a annoncé la venue de « 3.000 professeurs » dans les « prochaines heures » dans les établissements « très problématiques », ainsi qu'un « plan d'urgence » sur les remplacements. Signe que l'exécutif a compris que l'attentisme n'était plus tenable.
Une jeunesse « conscientisée », vraiment ?
Bally Bagayoko affirme se tenir ce jeudi aux côtés des lycéens pour « témoigner de sa solidarité totale et de la légitimité parfaite de leurs revendications ». « Quelle que soit l'issue de cette mobilisation, elle sera victorieuse pour ces lycéens qui ne sont pas instrumentalisés, ils sont parfaitement conscientisés », a-t-il assuré.
La précaution sémantique est en soi révélatrice. À quinze ou seize ans, des adolescents qui bloquent leur établissement et affrontent des CRS ne sont peut-être ni les victimes d'une « instrumentalisation » ni des citoyens « parfaitement conscientisés » : ce sont des mineurs, que les adultes politiques ont la responsabilité de protéger plutôt que d'encourager. Lorsqu'un élu de la République affirme d'avance que la mobilisation « sera victorieuse » quelle qu'en soit l'issue, il valide par avance la poursuite du mouvement, blessures comprises. Difficile d'y voir autre chose qu'une mise en avant de l'agitation sur la sécurité des jeunes.
Une crise qui n'est pas terminée
La majorité des établissements scolaires ont rouvert jeudi, mais des blocages de lycées et d'universités subsistent, avec des manifestations organisées dans plusieurs grandes villes. L'intersyndicale étudiante et professionnelle a déjà appelé à une nouvelle journée de mobilisation et de grève le 13 octobre.
L'exécutif se retrouve donc pris en étau : d'un côté, une opposition qui transforme chaque blessé en argument politique contre le président ; de l'autre, une mobilisation dont la radicalité a déjà coûté la main d'un adolescent et blessé des centaines de policiers. La suspension des grenades assourdissantes et l'ouverture des enquêtes de l'IGPN montrent que l'État assume ses obligations de contrôle. La vraie question est désormais celle du retour au calme : elle ne se jouera ni dans les excuses réclamées par Saint-Denis, ni dans les allocutions sans annonces, mais dans la capacité du gouvernement à répondre vite aux difficultés réelles des lycées tout en refusant de laisser la rue dicter son calendrier.
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