Université de Tours : un cours en ligne infiltré par des « e-bloqueurs », appels au viol et menaces à référence Samuel Paty
Par Dimitri Scudo
Jeudi 8 octobre, un cours magistral de droit constitutionnel donné en visioconférence à l'université de Tours a été perturbé pendant deux heures par des intrus proférant des appels au viol, des propos racistes et des références à l'assassinat de Samuel Paty.

Les faits sont graves, et leur scénario mérite qu'on s'y arrête. Jeudi 8 octobre, à la faculté de droit des Deux-Lions à Tours, un cours magistral de droit constitutionnel dispensé en visioconférence a été infiltré par plusieurs individus qui se sont présentés comme des « e-bloqueurs ». Pendant près de deux heures, devant une centaine d'étudiants connectés, ils ont déversé des propos racistes, des appels au viol et des menaces explicitement adossées à la mémoire de Samuel Paty, le professeur décapité en octobre 2020 pour avoir fait son métier. Récit révélé en exclusivité par Valeurs actuelles, qui a pu consulter les vidéos de la séance.
Deux heures de haine en visioconférence
Les cours se tiennent à distance depuis le lundi précédent, la faculté étant fermée dans le cadre de la mobilisation des lycéens. Éléonore, étudiante en première année de droit, s'est donc connectée ce jeudi matin pour suivre son cours. « Je suis complètement sous le choc, et tous les élèves de ma classe sont très choqués », confie-t-elle. « Le professeur a commencé son cours normalement, puis au bout d'un quart d'heure environ, des personnes ont pris la parole pour l'empêcher de continuer, en disant qu'ils faisaient un e-blocus », raconte-t-elle encore, évoquant des « messages de haine, des appels au viol, des choses hyper violentes ».
Le détail des propos, tel que rapporté par Valeurs actuelles, dépasse très largement la simple perturbation de cours. L'un des intrus, caché sous le pseudonyme d'« Ines », caméra éteinte, s'en prend nommément à des étudiantes : « Emilie, Maia, Fabia etc quand vous allez revenir en cours, on va tous vous violer bande de petites ptes »*, avant de proférer des menaces de viol à caractère raciste. Le professeur n'est pas épargné : « Pierre on va te violer », puis l'enseignant est qualifié de « pédophile » devant ses élèves. Les intrus font enfin apparaître sur les écrans des étudiants des phrases racistes et antisémites, et appellent à « faire la même chose qu'à Samuel », en projetant à l'écran une image de Samuel Paty.
Ce que dit cet épisode du « blocage »
Premier constat : ce mode opératoire n'a rien d'un débordement improvisé. Viser nominativement des étudiantes, identifier le professeur par son prénom, brandir la figure de Samuel Paty comme une menace, tout cela relève d'une intimidation construite, pas d'une gauloiserie d'amphithéâtre. Les menaces de mort, les appels au viol et l'apologie d'un assassinat terroriste sont des délits, et ce d'autant plus graves qu'ils s'exercent contre des personnes identifiées.
Deuxième constat, plus politique : le « blocage » étudiant et lycéen, régulièrement présenté comme une forme légitime d'expression militante, trouve ici son aboutissement logique quand il bascule dans le harcèlement de masse. On peut défendre le droit de manifester et contester qu'il inclue le droit d'empêcher cent étudiants de suivre un cours, puis de les menacer de viol quand on a capté leur attention. La fermeture de la faculté, décidée en amont, a d'ailleurs déplacé le problème sans le résoudre : c'est précisément le passage au distanciel qui a ouvert la porte à ces intrusions anonymes.
Un climat qui ne date pas d'hier
Cet épisode s'inscrit dans une séquence où la référence à Samuel Paty est devenue, en soi, un instrument de terreur. Dans le Territoire de Belfort, un professeur de lycée menacé par un élève a récemment porté plainte pour des propos qualifiés par la police de menace de meurtre aggravée ; « On a grandi avec l'affaire Samuel Paty, j'y pense à chaque fois que j'entre dans une salle de classe », témoignait-il auprès de France 3, décrivant une profession où l'on se censure désormais dans ses propres cours. Ailleurs, un père de famille a lâché à un enseignant : « C'est comme ça qu'on fait des Samuel Paty », conduisant le personnel éducatif à exercer son droit de retrait. Et pendant ce temps, à Roubaix, la proposition de baptiser une école du nom de Samuel Paty a été rejetée par le maire LFI David Guiraud.
Difficile de ne pas voir la cohérence de l'ensemble : d'un côté, le nom de Paty sert de menace toute faite, brandie contre des enseignants et désormais contre de simples étudiants ; de l'autre, une partie de la gauche radicale rechigne à honorer publiquement sa mémoire. Cette double attitude, intimidation d'un bord, prudence complaisante de l'autre, dessine un climat où la figure de l'enseignant reste une cible, cinq ans après Conflans-Sainte-Honorine.
Une réponse pénale attendue
Reste la question de la suite. Des vidéos existent, des pseudonymes sont connus, des victimes sont identifiées : les éléments matériels pour une enquête ne manquent pas. Menaces de mort, appels au viol, apologie du terrorisme, injures racistes : le répertoire pénal est bien fourni. On mesurera la solidité de la parole publique sur la protection des enseignants et des étudiants à la rapidité et à la fermeté des poursuites engagées à Tours. Car si de tels agissements peuvent se dérouler deux heures durant, en direct, devant cent témoins, sans conséquence, alors c'est la porte qui reste ouverte, pour la prochaine fois.
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