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Octobre Rose : Mathilde Panot refuse le ruban rose et mêle la lutte contre le cancer à Israël, tollé politique

Par Rudy Levasseur

La présidente du groupe LFI à l'Assemblée, Mathilde Panot, a annoncé qu'elle ne porterait pas le ruban rose d'Octobre Rose, dénonçant un « vernis rose » et évoquant la filiale israélienne de Syngenta. La sortie a provoqué de vives réactions, d'Aurore Bergé à Prisca Thevenot.

Octobre Rose : Mathilde Panot refuse le ruban rose et mêle la lutte contre le cancer à Israël, tollé politique

La campagne Octobre Rose, consacrée à la sensibilisation au dépistage du cancer du sein, se déroule chaque année du 1er au 31 octobre. En France, le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez les femmes et leur première cause de mortalité par cancer : 61.214 nouveaux cas et 12.765 décès ont été estimés en 2023. C'est dans ce contexte que la présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a choisi d'annoncer, dans une vidéo publiée vendredi 9 octobre sur X, qu'elle ne porterait pas le ruban rose, symbole de la campagne.

Un refus argumenté à charge

Dans cette vidéo, la députée des Hauts-de-Seine justifie son choix par une dénonciation de ce qu'elle considère comme une hypocrisie de certaines entreprises et personnalités politiques. « La lutte contre le cancer ne doit pas être du vernis rose », affirme-t-elle, avant de cibler le groupe agrochimique Syngenta, spécialisé dans les pesticides. Elle soutient que l'un de ses prédécesseurs, Imperial Chemical Industries, commercialisait à la fois des pesticides et un traitement contre le cancer du sein : « Ils vendent le poison qui vous rend malade, et ils vendent ensuite le traitement pour cette même maladie. Voilà comment les empoisonneurs font double profit », déclare-t-elle.

Mathilde Panot affirme également qu'Imperial Chemical Industries serait à l'origine de la campagne devenue Octobre Rose en France, qu'elle aurait lancée au milieu des années 1980 pour élargir le marché des traitements. Problème : une note de contexte ajoutée par des utilisateurs sous sa publication rappelle que la campagne française Octobre Rose a été lancée en 1994, à l'initiative du groupe Estée Lauder France et du magazine Marie Claire, afin de sensibiliser au dépistage. Pour une élue qui accuse les autres d'hypocrisie, bâtir son argumentaire sur une chronologie contredite par les faits n'est pas le meilleur des départs.

Israël convoqué une fois de plus

Mais c'est un autre passage de la vidéo qui concentre les critiques. Mathilde Panot évoque la filiale israélienne de Syngenta, Adama, qu'elle accuse d'être liée « au projet d'expansion coloniale d'Israël, qui répand massivement des pesticides pour détruire les terres palestiniennes et libanaises ». Elle critique aussi les élus qui arborent le ruban rose tout en soutenant, selon elle, des politiques favorables aux pesticides. « Nous ne voulons pas un Octobre Rose, mais un Octobre colère », conclut-elle.

Voilà donc un ruban destiné à sauver des vies transformé en objet géopolitique. On peut penser ce qu'on veut des multinationales de l'agrochimie, et le débat sur les pesticides est légitime. Mais subordonner un geste de solidarité envers des millions de femmes malades à un réquisitoire contre Israël relève d'un tout autre exercice : celui de la mise en cohérence forcée de toutes les causes avec une obsession. Difficile d'y voir autre chose qu'une opération de communication, au moment même où la visibilité du mouvement insoumis se cherche un souffle nouveau. Or, pour une formation qui se veut le porte-voix des femmes et des victimes, le calcul est hasardeux : il est délicat de demander aux patientes et aux familles touchées de suspendre leur combat le temps d'une diatribe internationale.

Des réactions vives et transpartisanes

Les réponses n'ont pas tardé. « Vous n'avez jamais honte ? », a commenté sous la vidéo Aurore Bergé, ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes. Claire Geronimi, vice-présidente de l'UDR et fondatrice de l'association Eclats de femme, a fustigé l'initiative : « instrumentaliser Octobre Rose et la lutte contre le cancer du sein pour servir son idéologie politique : il fallait oser. LFI n'a décidément aucune limite. Quelle honte », a-t-elle écrit.

L'ancienne ministre Prisca Thevenot est allée plus loin dans une vidéo publiée sur X : « Vous êtes une honte, Mathilde Panot ! Même un ruban rose n'échappe pas à votre obsession d'Israël », avant de renvoyer la députée à ses propres angles morts sur les droits des femmes : « Les droits des femmes vous voulez en parler ? Parlons-en alors : votre maire qui refuse de s'opposer à l'excision, ça vous parle ? »

Cette dernière pique n'est pas anodine. Elle souligne une contradiction que les adversaires de LFI exploitent de plus en plus : un parti prompt à donner des leçons de féminisme à la planète entière, mais singulièrement discret lorsque les droits des femmes se heurtent à certaines réalités communautaires dans les territoires qu'il administre. À force de hiérarchiser les combats selon leur rentabilité idéologique, on finit par vider chacun d'eux de sa substance.

Une stratégie de la controverse aux résultats douteux

Reste une question de fond : à qui profite ce type de sortie ? Octobre Rose mobilise chaque année associations, soignants et bénévoles autour d'un objectif simple, dépister tôt pour sauver des vies. En refusant ce consensus minimal au nom d'un procès en double profit et en colonialisme, Mathilde Panot ne fragilise ni Syngenta ni Adama, dont les intérêts ne dépendent évidemment pas d'un ruban porté ou non au Palais-Bourbon. Elle fragilise surtout la capacité de son propre camp à parler de santé publique sans y greffer un procès en illégitimité de quiconque ne partage pas sa grille de lecture.

La séquence illustre une mécanique désormais rodée chez les insoumis : prendre un moment d'unité nationale, y injecter un clivage maximal, récolter l'indignation comme preuve de pertinence. À ceci près que l'indignation, cette fois, dépasse très largement le cercle des adversaires habituels. Quand la cause des femmes malades devient une variable d'ajustement de la géopolitique, ce n'est plus du courage politique : c'est de la tactique, et elle se voit.

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