Université de Nantes saccagée après trois jours d'occupation : la présidente Carine Bernault se dit « écœurée »
Par Dimitri Scudo
Le bâtiment Censive de l'université de Nantes a été fortement dégradé après trois jours d'occupation et évacué par les forces de l'ordre samedi matin. La présidente Carine Bernault chiffre les dégâts à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Des tags sur les murs, des restes de nourriture, des déchets : le bâtiment Censive de Nantes Université porte les stigmates de trois jours d'occupation. Évacué par les forces de l'ordre samedi matin, le site devra attendre des semaines avant de retrouver son état normal. Sur LCI, la présidente de l'établissement, Carine Bernault, a livré un témoignage sans détour : « C'est un choc. Je suis vraiment écœurée par cette situation », a-t-elle déclaré, ajoutant : « La fac a été totalement saccagée ».
Des dégâts chiffrés, une étudiante menacée
La facture s'annonce salée. Carine Bernault évalue les dégradations à « plusieurs centaines de milliers d'euros » et prévient : « On va en avoir pour des semaines avant de remettre ce bâtiment en état. » Autant de moyens qui, dans une université publique, seront in fine prélevés sur le budget de l'établissement, c'est-à-dire sur des fonds destinés à l'enseignement et à la recherche. Quand on sait la précarité financière de nombreuses facs françaises, chaque euro consacré à réparer du vandalisme est un euro soustrait aux étudiants.
Plus grave encore que les tags : l'affaire a pris une tournure pénale. « On a appris qu'un étudiant, mobilisé légitimement, avait été menacé de mort avec un couteau », relate la présidente. Voilà qui situe le niveau de ce que l'on présente parfois, dans certains discours, comme une simple « mobilisation estudiantine ».
« Je ne sais pas de qui il s'agissait » : une prudence qui interroge
Qui occupait les lieux ? Des étudiants de l'université, des éléments extérieurs, des groupes structurés ? Carine Bernault botte en touche : « Je ne saurais pas le dire, ils ont refusé le dialogue avec nous ». Elle tient toutefois à souligner que l'évacuation s'est déroulée « dans le calme » : « Il n'y a eu aucune violence, c'est extrêmement important de le dire ».
Cette réponse mérite qu'on s'y arrête. Certes, une présidente d'université n'est pas enquêtrice, et les forces de l'ordre détermineront l'identité des occupants. Mais le refus du dialogue ne suffit pas à expliquer tout : pendant trois jours, l'établissement est resté aux mains de personnes dont la direction affirme ignorer jusqu'à la nature. Pendant ce temps, un bâtiment public était saccagé et un étudiant menacé à l'arme blanche. Il y a là, au minimum, une question de temps de réaction et de fermeté dans la gestion de la crise, que ni l'écœurement ni la précision sur le calme de l'évacuation ne dissipent.
La bienveillance affichée envers des causes « légitimes »
Car l'épilogue du témoignage est instructif. Carine Bernault dit comprendre les revendications du mouvement : « Des jeunes sont sincèrement mobilisés sur des causes qui peuvent apparaître totalement légitimes ». La nuance est classique dans le monde universitaire français : condamner les débordements, mais valider le fond. Le problème est que cette grammaire, répétée occupation après occupation, finit par dessiner une hiérarchie implicite : la violence des moyens serait regrettable, mais l'intention resterait respectable.
Or, un bâtiment saccagé, des centaines de milliers d'euros de dégâts et une menace de mort ne relèvent pas d'un désaccord d'opinion. Ils relèvent du droit commun. Quand une autorité universitaire met autant de soin à saluer la légitimité des causes qu'à nommer les responsabilités, elle envoie un signal : celui d'une institution qui craint davantage de passer pour hostile à la jeunesse mobilisée que pour laxiste face à la dégradation. Ce signal-là, ceux qui bloquent et vandalisent savent parfaitement le lire.
Un mouvement qui s'étend
L'épisode nantais ne tombe pas du ciel : TF1 Info souligne que le mouvement de contestation gagne les lycées et les universités. Dans ce contexte, la manière dont chaque établissement réagit compte au-delà de ses murs. La fermeté n'exclut ni l'écoute ni le débat ; elle les protège même, puisqu'aucune revendication, aussi sincère soit-elle, ne peut s'exprimer durablement dans un campus détruit et sous tension.
L'enquête devra désormais identifier les auteurs des dégradations et de la menace de mort. C'est sur ce point, plus que sur les déclarations d'empathie, que l'on mesurera la suite : des poursuites, des sanctions, une doctrine claire pour les prochaines occupations. L'écœurement de la présidente est sans doute sincère. Reste à le traduire en actes.
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