Le Rempart

Justice

Périscolaire parisien : un animateur suspendu pour violences sexuelles décoré deux mois plus tard par la Ville de Paris

Par Rudy Levasseur

Le chef des animateurs de l'école Saint-Dominique (VIIe arrondissement), suspendu le 6 mai 2025 après une plainte pour violences sexuelles, figure sur la liste des médaillés d'honneur de la Ville de Paris du 14 juillet 2025, révèle Le Canard enchaîné.

Périscolaire parisien : un animateur suspendu pour violences sexuelles décoré deux mois plus tard par la Ville de Paris

Une médaille remise après la suspension

C'est une chronologie qui pose question, et pas seulement sur le plan administratif. Le 6 mai 2025, le chef des animateurs de l'école Saint-Dominique, dans le VIIe arrondissement de Paris, est suspendu de ses fonctions. Motif : le dépôt d'une plainte contre X par les parents d'une petite fille pour des « violences sexuelles », selon les révélations du Canard enchaîné du 13 octobre. Deux mois plus tard, le 14 juillet 2025, le nom de ce même « responsable éducatif ville » (REV) figure sur la liste estivale des médailles d'honneur communales. Suspendu en mai, décoré en juillet : la machine municipale n'a visiblement pas bronché.

Précisons d'emblée le cadre : l'homme est soupçonné, pas condamné, et la présomption d'innocence vaut pour lui comme pour tout justiciable. Mais précisément, c'est bien parce que la justice n'a pas tranché que la décence minimale commandait de geler toute distinction honorifique. Décorer un agent suspendu dans une affaire de cette gravité, ce n'est pas respecter la présomption d'innocence, c'est narguer les familles concernées.

Tout le monde savait, personne n'a bougé

Le plus accablant dans cette affaire tient à la diffusion de l'information. Selon le Canard enchaîné, l'équipe de la mairie du VIIe arrondissement, dirigée par Rachida Dati, avait été informée de la plainte. La mairie centrale d'Anne Hidalgo également, tout comme le service départemental à la jeunesse, qui dépend de l'État. Un signalement avait en outre atterri au parquet de Paris.

Autrement dit, à aucun niveau de la chaîne, l'existence d'une procédure pénale visant cet agent n'a empêché son inscription au palmarès des médaillés. Le journal satirique résume la situation d'une formule : « Tout ce petit monde, qui savait et n'a rien fait, mériterait aussi une médaille… » Difficile de contester le constat. Entre la mairie d'arrondissement, l'Hôtel de Ville et les services de l'État, chacun pouvait se retrancher derrière le voisin. C'est le grand vice de l'administration française : quand tout le monde est responsable, personne ne l'est. Et dans un dossier touchant à la sécurité des enfants, cette dilution des responsabilités devient tout simplement indéfendable.

Des parents tenus à l'écart

L'affaire ne se limite pas à cette médaille. Le Canard enchaîné évoque aussi « des parents à qui l'on ment », « un responsable éducatif tenu dans l'ignorance » et « un avertissement délirant de Rachida Dati complètement dépassée ». L'école Saint-Dominique est décrite comme l'une des écoles « au cœur du scandale » du périscolaire parisien.

Ce dernier point mérite d'être souligné. Le périscolaire, c'est ce moment de la journée où des dizaines de milliers de familles confient leurs enfants à des encadrants employés par la collectivité. Le contrat est simple : en échange de cette confiance, la Ville garantit un encadrement sûr et une transparence totale en cas de problème. Quand les parents découvrent dans la presse ce que les élus et les services savaient depuis des mois, ce contrat est rompu. La tentation de gérer « en interne », de minimiser, de temporiser, est une tentation permanente des bureaucraties, de droite comme de gauche. Elle est ici à l'œuvre à Paris, et elle rappelle tristement les mécanismes d'omertà que l'on a trop longtemps tolérés dans d'autres institutions chargées d'enfants.

Dati, Hidalgo : deux responsabilités distinctes

La situation place deux figures politiques face à leurs responsabilités. Anne Hidalgo, dont la mairie centrale emploie et promeut ces agents, devra expliquer comment un salarié suspendu dans une affaire de violences sexuelles a pu être honoré sans qu'aucun filtre n'intervienne. Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement et ministre de la Culture, est directement mise en cause : son équipe d'arrondissement était informée, et le Canard décrit une réaction pour le moins déroutante de sa part.

Cette affaire tombe mal pour l'ancienne garde des Sceaux, qui a bâti une partie de sa réputation sur la fermeté pénale. On peut plaider la bonne foi, l'erreur de transmission, la lourdeur des circuits internes. Mais à ce niveau de gravité, l'excuse du dysfonctionnement ne suffit plus : c'est précisément le dysfonctionnement qui est la faute politique. Quand une collectivité de la taille de Paris, avec ses moyens, échoue à croiser une suspension et une liste de médaillés, ce n'est pas un bug, c'est un système qui n'a pas fait de la protection de l'enfance une priorité réelle.

Reste l'essentiel : la plainte est entre les mains de la justice, et c'est à elle d'établir les faits. Mais la réponse administrative, elle, relève des élus. Les familles de Saint-Dominique et des autres écoles concernées attendent autre chose que des médailles distribuées les yeux fermés.

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite