Affaire Cottineau : le père de l'ancien candidat LFI condamné, ainsi qu'une directrice d'école
Par Roman Thill
Le père de Pierre-Alain Cottineau, ancien candidat LFI mis en examen pour viols et tortures sur trois enfants, a été condamné à Nantes, de même qu'une directrice d'école qui l'avait alerté avant son interpellation.
Le tribunal correctionnel de Nantes (Loire-Atlantique) a rendu son verdict ce 12 octobre dans l'un des volets périphériques de l'affaire Cottineau. Le père de Pierre-Alain Cottineau, ancien assistant familial d'Oudon et ancien candidat LFI aux municipales, aujourd'hui mis en examen pour « viols avec actes de torture et barbarie » et « traite d'êtres humains en bande organisée » sur trois enfants âgés de 3 mois à 4 ans au moment des faits, a été condamné à une amende de 1 000 euros avec sursis. À ses côtés sur le banc des prévenus, Céline L., directrice d'école de 50 ans et amie de longue date du suspect, a écopé de quatre mois de prison avec sursis. Tous deux étaient jusque-là inconnus de la justice.
Une chaîne d'alerte qui a fonctionné à l'envers
Le déroulé des faits, tel qu'il ressort de l'audience, dessine une mécanique troublante. Tout commence par une circulaire confidentielle de l'Éducation nationale, adressée aux directeurs et directrices d'écoles maternelles de Loire-Atlantique. Elle demandait d'aider les enquêteurs à identifier une très jeune enfant apparaissant dans une vidéo repérée sur des boucles Telegram, en insistant sur « la plus grande discrétion ». Céline L., destinataire du document, l'a transmis à Pierre-Alain Cottineau, qui se trouvait alors en Tunisie.
Autrement dit, un outil conçu pour remonter jusqu'à une victime s'est transformé en signal d'alarme pour le suspect. La présidente du tribunal l'a souligné : cette fuite aurait pu permettre à Pierre-Alain Cottineau de prendre la fuite, puisqu'il se trouvait à l'étranger. On mesure ce que représente une telle erreur, venant d'une fonctionnaire de l'Éducation nationale dont le métier même consiste à protéger des enfants.
Le père récupère le matériel informatique
Alerté par Céline L. de l'interpellation prochaine de son fils, le père de Pierre-Alain Cottineau, âgé de 55 ans, s'est rendu au domicile de celui-ci en septembre 2024 pour récupérer du matériel informatique : disques durs externes, clés USB, lunettes de réalité virtuelle. La présidente a relevé que plusieurs éléments avaient ainsi pu « disparaître brièvement ». Le matériel a finalement été remis à la police, sans avoir été modifié selon le prévenu.
Dans les échanges qui ont suivi l'alerte, Pierre-Alain Cottineau aurait reconnu auprès de Céline L. être l'auteur de faits « impardonnables », expliquant vouloir « profiter une dernière fois » de sa liberté avant de rentrer en France, où il savait la police présente à sa descente d'avion. « On ne se reverra certainement jamais », lui aurait-il écrit. La suite a montré que ces deux proches, face à des aveux d'une gravité inouïe, ont choisi chacun à leur manière de couvrir l'intéressé plutôt que de s'en détourner.
Un entourage fasciné jusqu'à l'aveuglement
Le portrait que l'audience trace de Céline L. interroge. Elle considérait Pierre-Alain Cottineau comme son « âme sœur », lui avait confié la garde de ses propres enfants lorsqu'ils avaient 1 et 4 ans, avait milité à ses côtés dans plusieurs associations et assisté à la cérémonie de son Pacs. Elle a par ailleurs entretenu des « relations intimes éphémères » avec le père du suspect. Au tribunal, elle a reconnu avoir commis « une énorme erreur ». Son avocat a plaidé une période personnelle difficile, marquée par la maladie de son père et les problèmes de santé de sa fille, décrivant une femme rongée par « la honte » et « la culpabilité ».
Il y a là quelque chose qui dépasse le cas individuel : la facilité avec laquelle un homme parvenait à inspirer une confiance absolue dans son entourage, familial, amical, professionnel et militant, tout en étant soupçonné des pires sévices sur de très jeunes enfants. C'est précisément sur ce terrain que le procès en responsabilité de certains milieux militants mérite d'être mené, sans excès mais sans complaisance non plus.
Des peines qui posent question
Reste l'échelle des sanctions. Quatre mois avec sursis pour la directrice d'école, avec une peine qui ne figurera même pas au bulletin n°2 de son casier judiciaire, celui consultable par certains employeurs. Mille euros d'amende avec sursis pour le père. Le tribunal a manifestement retenu l'absence d'antécédents, la remise du matériel et les reconnaissances de faute. Mais face à une instruction criminelle portant sur des faits de tortures sur des nourrissons, ces peines peuvent légitimement sembler dérisoires à l'opinion.
Le débat sur la proportionnalité n'est pas accessoire. Quand la protection de l'enfance est proclamée priorité nationale, la mansuétude accordée à ceux qui ont, par négligence coupable ou par fidélité, failli compromettre l'interpellation d'un pédocriminel présumé envoie un signal ambigu. La justice des petites complicités compte autant que celle des grands criminels pour éteindre les réseaux.
Pierre-Alain Cottineau, lui, demeure en détention provisoire à la maison d'arrêt de Brest, où il aurait tenté de mettre fin à ses jours le 15 septembre. L'instruction criminelle se poursuit.
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