Aubagne : le collégien de 14 ans explique avoir voulu se venger de camarades et d'enseignants qui le harcelaient
Par Clarence Azolina
Deux jours après les tirs au fusil de chasse qui ont blessé le principal du collège Lakanal d'Aubagne et une professeure, le parquet national antiterroriste a détaillé les déclarations du collégien de 14 ans interpellé.

Deux jours après les tirs qui ont fait basculer le collège Lakanal d'Aubagne dans la chronique judiciaire, le parquet national antiterroriste (Pnat) a levé le voile, ce mercredi 14 octobre, sur ce que le collégien de 14 ans interpellé a raconté aux enquêteurs pendant sa garde à vue. L'adolescent, de nationalité française et domicilié à Aubagne, a reconnu « la matérialité des faits, admettant avoir mûri son projet depuis plusieurs mois », tout en contestant avoir voulu tuer les personnes visées.
Un geste préparé, une arme dissimulée dans un étui à guitare
Les faits remontent au lundi 12 octobre. Le principal de l'établissement et une professeure sont blessés par des tirs de fusil de chasse. L'auteur présumé, un élève de 3e sans aucun antécédent judiciaire, est interpellé dans l'enceinte même du collège. Il aura épuisé les 48 heures de garde à vue maximales autorisées à son âge, dont la moitié passée entre les mains de la sous-direction antiterroriste, à Levallois-Perret.
L'inventaire des saisies en dit long sur le degré de préparation. Un fusil de chasse à canons superposés de marque Integra, calibre 12, dont il a fait usage, quatorze munitions dont quatre percutées, un couteau pliable. Et dans l'étui à guitare qui lui a servi à introduire l'arme dans l'établissement : une écharpe, trois cagoules, trois polaires, un keffieh et un téléphone portable. On n'entre pas dans un collège ainsi équipé sur un coup de tête. Ce constat glace, et il pose une question que l'institution scolaire ne pourra pas éluder : comment un adolescent qui mûrit un tel projet « depuis plusieurs mois » a-t-il pu passer inaperçu de tous, famille comme encadrement ?
La vengeance invoquée, le harcèlement non corroboré
Devant les enquêteurs, le collégien a justifié son passage à l'acte par une « volonté de vengeance en raison d'un harcèlement par ses professeurs et ses camarades, harcèlement dont il ne s'était ouvert à personne ». Précision essentielle du Pnat : à ce stade de l'enquête, ce harcèlement n'a « pas été corroboré ». L'examen psychologique réalisé pendant la garde à vue n'a par ailleurs pas conclu « à l'existence d'une pathologie psychique ».
Autant dire que la piste du drame intime tu et enfoui, qui aurait éclaté en tragédie, reste à démontrer. Ce qui est établi, en revanche, tient à l'écran et au clavier. L'exploitation des supports numériques saisis lors de l'interpellation et de la perquisition au domicile familial a révélé que l'adolescent multipliait les comptes sur Protonmail, Discord, Snapchat ou TikTok.
La True Crime Community, cette fabrique de passages à l'acte
Le Pnat est explicite : « Une première analyse de ceux-ci dans le temps de la garde à vue révélait la probable adhésion à la True Crime Community (TCC), l'un de ses comptes étant exclusivement dédié à la republication de contenus liés à cette communauté, d'une extrême violence et plus particulièrement relatifs aux tueries scolaires ». Les membres de ce réseau virtuel sont « fascinés par des meurtres et leurs auteurs », et « par une glorification de la violence extrême comme vecteur de lutte contre les difficultés personnelles, la TCC promeut le passage à l'acte par imitation ».
Interrogé, le collégien a reconnu « avoir été influencé par celle-ci », tout en contestant avoir inscrit son action au nom de cette communauté. La nuance juridique importe peu au regard du constat d'ensemble : voilà un mineur de 14 ans, scolarisé dans un collège ordinaire d'une ville ordinaire, nourri de contenus d'une violence extrême accessibles en trois clics, qui a franchi le pas. La responsabilité des plateformes, et plus largement la vigilance collective sur ce que consomment les adolescents, n'est pas un débat abstrait. Elle est désormais au dossier d'instruction. Difficile d'y voir autre chose qu'une faille que ni les parents, ni l'école, ni les géants du numérique ne peuvent continuer à traiter comme un sujet secondaire.
Détention provisoire requise, un proviseur toujours hospitalisé
À l'issue de la garde à vue, le Pnat a ouvert une information judiciaire des chefs de « tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste », visant des enseignants ou membres des personnels du collège, d'« association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes contre les personnes » et de port et transport sans motif légitime d'armes et munitions de catégorie C et D. La mise en examen et le placement en détention provisoire du mineur ont été requis, et il devait être présenté à un juge d'instruction dans l'après-midi. La saisine du parquet antiterroriste, pour des faits commis par un enfant de 14 ans au motif d'une idéologie d'imitation née sur internet, montre combien la frontière entre le fait divers scolaire et la menace terroriste s'est déplacée.
Côté victimes, le principal du collège, touché par balles, reste hospitalisé. Son pronostic vital n'est pas engagé, mais son incapacité totale de travail a été fixée à 45 jours. L'enseignante blessée à ses côtés est sortie de l'hôpital, avec dix jours d'incapacité totale de travail. Une association locale d'aide aux victimes a été saisie pour soutenir les personnes situées à proximité immédiate des coups de feu, « particulièrement choquées » selon le Pnat.
Restera, au-delà de l'enquête, la question de fond : un établissement scolaire n'est pas un lieu comme un autre. Qu'un élève puisse y pénétrer avec un fusil dissimulé dans un étui à guitare, des cagoules et des munitions, appelle des réponses concrètes en matière de sécurisation des accès et de repérage des signaux faibles. Le temps des déclarations de principe sur la protection de l'école est largement révolu.
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