À Saint-Denis, Bally Bagayoko défend son arrêté anti-alcool et dénonce ses détracteurs
Par Clarence Azolina
Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a justifié son arrêté interdisant la vente d'alcool à emporter de 19 heures à 6 heures autour de la gare, une mesure qui lui vaut d'être accusé de vouloir appliquer la charia.
C'est dans son bureau, caméra braquée sur lui, que Bally Bagayoko a choisi de répondre à la polémique. Le maire LFI de Saint-Denis a annoncé un arrêté municipal interdisant la vente d'alcool à emporter dans le quartier de la gare, de 19 heures à 6 heures du matin. Objectif affiché : lutter contre les rixes et l'insécurité qui, selon la municipalité, gangrènent ce périmètre. La mesure n'est pas en soi inédite, des arrêtés anti-alcool localisés existent dans d'autres communes de France, mais elle a immédiatement suscité des réactions hostiles, certains internautes y voyant une forme de complaisance communautariste, voire une volonté d'imposer des normes religieuses.
Une défense offensée, et une contre-attaque
Plutôt que de s'en tenir à la pédagogie, l'édile a opté pour la posture de l'accusé qui renvoie la faute. « Si nous ne faisons rien, nous sommes laxistes, si nous agissons, nous sommes accusés de vouloir pratiquer la charia. À quand des sanctions pour les racistes qui passent leur temps à désinformer pour propager la haine ? », a-t-il déclaré, selon le JDD. Le procédé est connu à gauche radicale : toute critique devient suspecte, et le débat sur le fond de la mesure bascule en procès en racisme. Demander des « sanctions » contre des opposants qui s'expriment sur une décision publique est d'ailleurs une pente glissante pour un élu : la critique d'un arrêté municipal, même acerbe ou excessive, relève du débat démocratique, pas du tribunal.
Sur le dispositif lui-même, Bally Bagayoko a détaillé un déploiement en plusieurs étapes. « J'insiste sur le fait qu'il y a eu le temps de l'information, le temps de la communication, le temps de l'explication », a-t-il expliqué, avant d'évoquer l'affichage sur les devantures des commerces, puis les contrôles de la police municipale, et enfin les sanctions. « J'invite vraiment chacun à faire en sorte de pouvoir faire respecter le cadre commun pour éviter que nous ayons à infliger des sanctions », a-t-il ajouté. Reste une question que le maire n'aborde pas : si l'insécurité autour de la gare est telle qu'elle justifie d'encadrer le commerce, c'est d'abord l'ordre public qui est en cause, et un arrêté sur les horaires de vente déplace le problème autant qu'il le traite. Les riverains et les commerçants, eux, font face quotidiennement à une délinquance qui n'attend pas 19 heures pour exister.
Une polémique qui déborde l'arrêté
Les réactions en ligne, relayées par le JDD, ont dépassé la seule question de l'alcool. Certains internautes accusent l'édile de draguer l'électorat musulman, d'autres évoquent « l'art de vivre musulman » ou demandent si la prochaine étape sera « l'organisation de colonies de vacances à Téhéran ». Un commentaire résume la suspicion ambiante : « Toute décision qui ressemble de près ou de loin à de la charia est forcément interprétée comme telle, quelles que soient vos intentions réelles. » Formulation discutable dans sa généralité, mais révélatrice d'un climat : à Saint-Denis, la défiance envers les élites locales sur les questions identitaires n'est pas un fantasme, elle est un fait politique.
Deux éléments nourrissent cette défiance, et Bally Bagayoko aurait tort de les balayer d'un revers de main. D'abord, un internaute a rappelé son abstention sur un vœu contre l'excision, ironisant : « Ah mais du coup les musulmans ne sont pas censés boire de l'alcool, on nous aurait menti ? » S'abstenir sur un texte condamnant une mutilation, puis brandir l'accusation de racisme contre ses critiques, compose une séquence difficile à défendre pour un élu de la République. Ensuite, des utilisateurs ont relevé le drapeau du Soudan accroché au mur derrière lui dans sa vidéo : « C'est volontairement le drapeau du Soudan derrière ? », demande l'un, un autre s'agaçant : « On est en France, le drapeau derrière toi c'est pas le bon. » Détail, dira-t-on. Mais chez un maire, la scénographie n'est jamais neutre, surtout quand on communique sur un sujet aussi sensible.
Le vrai angle mort
La municipalité pourrait retourner l'argument à son avantage : encadrer la vente d'alcool pour contenir des rixes est une mesure d'ordre public, que certaines villes de droite ont elle-même expérimentée. Encore faudrait-il que la méthode inspire confiance. Or l'édile accumule les signaux brouillés : une réponse victimaire là où une explication de fond suffisait, un passif sur l'excision qui fragilise sa posture républicaine, et une communication où chaque détail devient sujet à controverse. À Saint-Denis, ville symbole où LFI entend peser durablement, la gestion de l'insécurité restera jugée sur les résultats, pas sur les contre-attaques verbales. Si l'arrêté réduit effectivement les nuisances autour de la gare, les polémiques retomberont d'elles-mêmes. Sinon, il restera comme un emplâtre réglementaire sur une fracture bien plus profonde.
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