Rima Hassan distribue sur Instagram son « kit du parfait manifestant » pour le 17 octobre : veste noire, masque FFP2 et lunettes fermées
Par Clarence Azolina
Sur Instagram, la députée LFI Rima Hassan a publié ses conseils vestimentaires pour la mobilisation du 17 octobre : veste noire, masque FFP2 pour dissimuler le visage et lunettes fermées contre le gaz lacrymogène.

La mobilisation du samedi 17 octobre n'a pas encore eu lieu qu'elle a déjà son manuel d'équipement. Sur Instagram, Rima Hassan, députée La France insoumise, a publié ce qu'elle présente comme les conseils vestimentaires pour la journée : veste noire, masque FFP2, de préférence pour dissimuler le visage, et lunettes fermées contre le gaz lacrymogène. Une check-list qui, dans sa formulation même, suppose un affrontement avec les forces de l'ordre et une volonté de ne pas être identifié.
Le message circule sur les réseaux où s'organise depuis plusieurs jours l'appel à manifester du 17 octobre, né dans un contexte de hausse des prix, notamment des carburants, et de mobilisation lycéenne. Comme le relève La Croix, les appels à descendre dans la rue se sont multipliés ces derniers jours, portés moins par des organisations structurées que par des comptes Instagram et TikTok, sur le mode des mobilisations dites « Gen Z » qui ont agité plusieurs pays ces derniers mois.
Une tenue qui en dit long sur l'intention
On peut toujours invoquer la simple prudence. Mais le détail du conseil mérite attention : le masque FFP2 n'est pas recommandé pour des raisons sanitaires, il est explicitement présenté comme un moyen de cacher le visage. Le Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende le fait de dissimuler volontairement son visage dans une manifestation pour ne pas être identifié lors de troubles. Qu'une députée de la République, élue au suffrage universel, distribue à des jeunes, souvent mineurs, la panoplie permettant d'y échapper pose une question qui n'est pas de cosmétique.
Il y a là, d'ailleurs, une contradiction que les intéressés n'adressent jamais. La France insoumise exige à juste titre la transparence des forces de l'ordre, le RIO visible, la traçabilité des interventions. La même formation politique, par la voix d'une de ses figures les plus exposées, recommande à ses sympathisants l'anonymat intégral. La transparence serait donc une vertu à sens unique : exigible du policier, dispensable pour le manifestant.
Le contexte d'une semaine sous tension
Cette sortie n'arrive pas dans un climat apaisé. La semaine écoulée a montré à quoi peut ressembler la radicalisation de ce camp. À Lyon, un militant nationaliste a été gravement blessé par des militants antifascistes en marge d'une conférence de Rima Hassan, une affaire qui a fait l'objet d'investigations et suscité l'émoi. Dans le même temps, la députée a dû prendre ses distances avec Raphaël Arnault et la Jeune Garde, le mouvement antifasciste auquel ce député LFI est associé, comme l'a rapporté Valeurs actuelles. Prendre ses distances d'un côté, distribuer de l'autre le kit vestimentaire du manifestant protégé des gaz et des caméras : la cohérence est discutable.
Le ministère de l'Intérieur et les préfectures devront donc composer, samedi, avec une mobilisation dont l'encadrement est flou, alimentée par des consignes qui préparent explicitement les participants au contact avec le maintien de l'ordre. Les lunettes fermées contre le lacrymogène ne sont pas un accessoire de défilé syndical entre place de la République et place de la Nation : elles s'anticipent en prévision de projectiles, de charges, de ces séquences que la police connaît bien et qui, ces dernières semaines de mobilisations lycéennes, ont déjà fait des blessés dans les rangs des forces de l'ordre.
Le rôle d'une élue
Manifester est un droit, protégé et légitime, y compris contre la hausse des prix, sujet sur lequel le gouvernement aurait d'ailleurs tout intérêt à répondre par du concret plutôt que par de la communication. Mais il y a une différence de nature entre appeler à manifester et équiper pour l'émeute, ou tout au moins pour tout ce qui précède l'émeute. Le vocabulaire compte : quand on recommande de se rendre méconnaissable, on ne prépare pas une expression citoyenne, on prépare une impunité.
Rima Hassan sait l'effet de ses stories. Sa très large audience sur les réseaux touche précisément le public visé par les appels du 17 octobre : des jeunes, parfois très jeunes, que la mobilisation lycéenne a déjà mis en mouvement. Une élue qui leur adresse ces conseils n'est pas une observatrice de la journée de samedi, elle en devient co-organisatrice, avec ce que cela implique de responsabilité si la journée dégénère.
Il reviendra aux organisateurs, aux forces de l'ordre et, le cas échéant, à la justice de tirer les conséquences de ce qui se passera le 17 octobre. Mais un point est déjà acquis avant le premier cortège : une députée de la nation a jugé utile de publier, à destination de milliers de jeunes, un guide pratique pour manifester sans être reconnu. Ce n'est ni un droit, ni un service rendu à ceux qu'elle prétend défendre.
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