Saint-Ouen : la permanence d'Éric Coquerel entièrement taguée par un collectif lycéen antifasciste
Par Dimitri Scudo
Dans la nuit du 5 au 6 octobre 2026, la permanence du député LFI Éric Coquerel à Saint-Ouen a été recouverte de tags hostiles par un collectif se revendiquant antifasciste, qui accuse le parlementaire de vouloir récupérer la révolte lycéenne.
La scène a de quoi faire sourire, enfin presque. Dans la nuit du 5 au 6 octobre 2026, la permanence du député La France insoumise Éric Coquerel, située à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, a été entièrement recouverte de tags. Non pas par des militants d'extrême droite, cible habituelle des anathèmes du parlementaire, mais par un collectif de lycéens se revendiquant ouvertement « antifasciste », qui a publié un communiqué sur le site Indymedia Nantes pour expliquer son geste.
Des tags et un communiqué assumé
Sur les murs de la permanence, les inscriptions ne laissent guère de place au doute : « Nike les appels au calme », « Fuck LFI », « Soutien aux lycéens ». L'action est revendiquée par un groupe au nom évocateur, le C.A.N.C.R.E, pour « Collectif Anonyme Nyctalope pour la Croissance de la Révolte Écolière ». Dans son communiqué, le collectif accuse Éric Coquerel, et avec lui « tous ses confrères et consœurs représentants des partis de gauche », de tenter de « pacifier et de récupérer la révolte des lycéens ».
Le texte enfonce le clou : les appels au calme, les condamnations des violences et les tentatives de rendre la contestation « respectable » font, selon ses auteurs, des élus de gauche des « ennemis des mouvements de subversion ». Le communiqué se conclut sans détour : « Morts à tous les chefs, tous les pacificateurs, tous les récupérateurs. »
L'arroseur arrosé
Voilà qui est piquant. Éric Coquerel, député de la 1re circonscription de la Seine-Saint-Denis et figure de proue de la gauche radicale, avait publiquement affiché sa solidarité avec le mouvement lycéen, déclarant notamment se tenir « évidemment de leur côté ». Manifestement, le message n'est pas passé. Ou plutôt si : il a été reçu comme ce qu'il était, une tentative de récupération politique d'une contestation qui se veut hors des cadres institutionnels.
Il y a là une leçon que La France insoumise refuse obstinément de tirer. À force de flirter avec la radicalité, de banaliser les slogans les plus violents tant qu'ils visent la police, le gouvernement ou la droite, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a contribué à légitimer un climat où le tag, la dégradation et l'intimidation sont devenus des modes d'expression politiques admis. Sauf que cette violence-là ne connaît pas de frontières partisanes. Ceux qui l'excusent quand elle frappe leurs adversaires la découvrent un matin sur leur propre façade.
Une révolte qui échappe à ses parrains
L'épisode révèle surtout l'impasse stratégique de LFI. Le parti a bâti une grande partie de sa communication sur l'accompagnement des colères sociales : Gilets jaunes, émeutes urbaines, mobilisations lycéennes. Mais les mouvements qu'il prétend incarner lui échappent régulièrement. Les lycéens du C.A.N.C.R.E le disent crûment : ils ne veulent ni de chefs, ni de porte-voix parlementaires, ni de cette gauche qui condamne les violences d'un côté tout en prétendant marcher aux côtés des contestataires de l'autre.
Cette double posture, tenir un discours de soutien aux révoltés tout en appelant au calme et à la « respectabilité », finit par être lisible pour ce qu'elle est : un positionnement électoral. Les lycéens tagueurs de Saint-Ouen ne s'y sont pas trompés. Difficile, dans ces conditions, pour le député de jouer les victimes d'un fascisme imaginaire : ses agresseurs d'une nuit sont les enfants idéologiques de sa propre famille politique.
Un contexte de dégradation générale
L'affaire s'inscrit dans un climat plus large de tension autour de la mobilisation lycéenne, avec blocages, occupations et interpellations, notamment dans la région nantaise où le communiqué a été publié. Dans le même temps, le site officiel des Républicains était piraté par des hackers soutenant la mobilisation, selon le fil d'informations d'Indymedia. La radicalité ne connaît décidément plus de camp : elle frappe à droite comme à gauche, indifféremment.
On serait tenté de plaindre Éric Coquerel si sa formation n'avait passé des années à entretenir la flamme de la contestation tous azimuts. Le député de Saint-Ouen découvre à ses dépens une vérité que l'histoire a maintes fois vérifiée : les révolutions finissent toujours par dévorer ceux qui croient pouvoir les instrumentaliser.
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