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Économie

Patrimoine d'Éric Lombard : une maison déclarée 600.000 euros, estimée jusqu'à 4 millions par les professionnels

Par Dimitri Scudo

Le Canard enchaîné accuse l'ancien ministre de l'Économie Éric Lombard d'avoir sous-évalué son patrimoine dans sa déclaration à la HATVP, notamment une maison du Morbihan. Bercy invoque le mode de calcul officiel et le démembrement de propriété.

Patrimoine d'Éric Lombard : une maison déclarée 600.000 euros, estimée jusqu'à 4 millions par les professionnels

C'est une affaire qui tombe mal pour celui qui fut, jusqu'à cet automne, le gardien des finances publiques de la France. Le Canard enchaîné a révélé, dans son édition du 18 juin 2025, que la déclaration de patrimoine d'Éric Lombard, alors ministre de l'Économie et des Finances, affichait des valeurs singulièrement éloignées des prix du marché. Cas le plus frappant : une maison dans le Morbihan, achetée 1,8 million d'euros en 2004, ayant absorbé plus d'un million d'euros de travaux, et déclarée vingt ans plus tard à... 600.000 euros.

Une « bicoque » à 600.000 euros ?

L'hebdomadaire satirique s'étonne de la décote : « Vingt ans plus tard, étrangement, il assure que la bicoque ne vaut plus que... 600 000 euros », écrit-il, précisant que des agents immobiliers estiment ce type de propriété « entre 3,5 et 4 millions d'euros ». L'écart, de l'ordre de 1 à 6, a de quoi interloquer, surtout dans une région où les prix de l'immobilier n'ont cessé de grimper depuis vingt ans.

Bercy n'a pas tardé à répliquer. Dans un communiqué envoyé dès le mardi soir, précédant même la parution, le ministère a publié les questions du journal et les réponses apportées. Sur la maison du Morbihan, l'explication est technique : « la différence résulte, d'une part, de ce qu'Éric Lombard ne détient que 50 % du bien et, d'autre part, qu'il ne détient que l'usufruit ». Le ministère ajoute qu'il ne s'agit pas « d'une dépréciation » et que le calcul s'est conformé aux règles de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

Le démembrement, vieille recette des patrimoines aisés

Sur le plan juridique, la défense tient. Le démembrement de propriété, qui sépare usufruit et nue-propriété, est un montage classique, parfaitement légal, de gestion et de transmission du patrimoine. L'usufruit détenu par une personne de l'âge d'Éric Lombard vaut mécaniquement moins que la pleine propriété, et la HATVP applique des barèmes qui codifient cette réalité.

Reste la question politique, et elle n'est pas anodine. L'ancien ministre de l'Économie est précisément l'homme qui, pendant des mois, a expliqué aux Français qu'il fallait des efforts, des économies et un sérieux budgétaire retrouvé. Découvrir que sa propre déclaration affiche une résidence bretonne six fois en dessous de sa valeur vénale, fût-ce pour des raisons techniques, entretient ce sentiment de double langage qui nourrit durablement le discrédit des élites. La règle a beau être respectée, c'est l'esprit de la transparence qui en prend un coup : une déclaration de patrimoine est censée éclairer le citoyen, pas l'obliger à sortir une calculette d'optimisation successorale.

Même logique pour l'appartement parisien de 180 mètres carrés acquis en 2020 pour 2,8 millions d'euros, déclaré avec une valeur vénale de 1,4 million. Là encore, Bercy invoque la détention à 50 %. L'explication est recevable, mais l'accumulation de ces décotes finit par dessiner un patrimoine déclaré qui n'a plus grand-chose à voir avec le patrimoine réel.

Halmahera, la société sans clients aux six millions de dividendes

Le Canard enchaîné s'intéresse aussi à Halmahera, société dirigée par l'épouse du ministre : « elle n'emploie qu'une seule personne et n'a aucun client mais dégage six millions de dividendes annuels ». Bercy répond qu'il s'agit d'une société d'investissement « dont l'activité consiste en la détention de participations, lesquelles sont quasi exclusivement détenues via le groupement économique Greenstock », et que ni Halmahera ni ses actionnaires ne peuvent intervenir sur les décisions concernant ces participations.

Personne ne conteste la légalité du dispositif. Mais six millions d'euros de dividendes annuels, sans salariés ni clients visibles, résument assez bien le mode de vie d'une certaine bourgeoisie de la finance publique et privée, celle qui navigue entre la Caisse des dépôts, que Lombard a dirigée, et Bercy. Ce n'est pas un scandale, c'est un monde. Et c'est précisément ce décalage qui rend si difficile, pour un ministre de l'Économie, de prêcher la rigueur collective.

Une défense en règle, un problème de confiance

Il faut être juste : Le Canard enchaîné a reçu les réponses de Bercy avant publication, et le ministère lui reproche de ne les avoir que partiellement « reprises ». La démarche de Lombard, répondre par écrit et publier ses réponses, est plus saine que le silence méprisant qu'opposent d'autres aux révélations de presse.

Mais le fond demeure. Quand la HATVP valide des déclarations qui divisent par six la valeur réelle d'un bien, c'est le dispositif de transparence lui-même qui devrait être interrogé : à quoi sert une déclaration publique si le citoyen qui la lit en retire une image fausse du patrimoine de ses dirigeants ? La droite, attachée à la propriété et hostile aux délires de transparence punitive, ne demande pas l'inventaire à la brosse. Elle constate simplement que le zèle affiché pour taxer les « ultrariches » cohabite mal, dans l'exécutif d'alors, avec des déclarations au barème minimal. Le débat sur la taxe Zucman, rejetée par le Sénat ces mêmes jours, trouve ici une illustration involontaire : ce n'est pas tant l'impôt que l'écart entre les règles des uns et l'optimisation des autres qui révolte les Français.

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