Le Rempart

Insolite

Éric Zemmour réclame que les forces de l'ordre « aillent au contact » des pilleurs plutôt que de reculer

Par Clarence Azolina

Après les émeutes du week-end, Éric Zemmour a réclamé sur CNEWS puis sur X que les CRS puissent aller au contact des pilleurs et casseurs, sans pour autant tirer, fustigeant le maintien en place de Laurent Nuñez.

Éric Zemmour réclame que les forces de l'ordre « aillent au contact » des pilleurs plutôt que de reculer

« Il faut aller au contact. Les casseurs et les pilleurs doivent être réprimés sévèrement par la police » : Éric Zemmour l'a martelé ce dimanche sur CNEWS, au lendemain des violences qui ont émaillé les manifestations à travers la France, notamment à Marseille où des images de CRS reculant face aux émeutiers ont marqué les esprits. Le président de Reconquête ! a ensuite prolongé sa charge sur X, mardi 21 octobre, visant nommément Laurent Nuñez et la doctrine de maintien de l'ordre du gouvernement.

Entre tirer et se laisser humilier, une voie que le pouvoir refuse d'explorer

La position d'Éric Zemmour tient en une distinction que ses adversaires feignent de ne pas entendre : « On n'est pas dans le Far West, et il ne faut pas tirer tant que les émeutiers ne tirent pas. Mais les forces de l'ordre ont les moyens de contenir les émeutes. » Sur son compte Facebook, il résume : « La force doit rester à la loi. Entre tirer et se laisser humilier, comme ces CRS qui reculent à Marseille, il y a un moyen... »

C'est précisément cet espace intermédiaire que le pouvoir semble avoir renoncé à occuper. Le chef de Reconquête ! énumère les moyens disponibles et restés inutilisés samedi : « Les blindés Centaure et les canons à eau existent, et on ne s'en est pas servi samedi. Qu'on autorise enfin nos forces de l'ordre à utiliser les moyens qu'elles ont. » Aller au contact, faire reculer physiquement les pilleurs, « leur faire mal » si nécessaire au sens où l'affrontement musclé doit redevenir possible : voilà la doctrine revendiquée. Elle n'appelle ni au tir à balles réelles ni à la loi du talion, mais à rendre aux policiers la capacité d'être autre chose que des spectateurs équipés.

Nuñez reconnaît l'erreur, le pouvoir n'en tire aucune conséquence

Le plus embarrassant pour l'exécutif vient de son propre camp. « Laurent Nuñez a reconnu avoir sous-estimé ce qui allait se passer samedi. Il est pourtant toujours en place : c'est cela, la République macronienne », tance Éric Zemmour sur X. L'aveu d'une erreur d'anticipation, assumé sans conséquence, résume une méthode gouvernementale où la faute reconnue n'entraîne jamais de sanction, ni même de changement de cap. On sous-estime, on le dit, et on reste. Pendant ce temps, ce sont les policiers sur le terrain qui paient le prix de l'erreur d'appréciation, reculant devant des émeutiers que l'État lui-même admet avoir mal évalués.

L'épisode illustre un décalage durable : le gouvernement dispose des matériels, des effectifs et des textes, mais refuse par habitude politique l'usage offensif de la force, comme si l'autorité de l'État s'exerçait mieux en reculant. Le résultat est visible : des images d'humiliation policière qui découragent les troupes et enhardissent les casseurs, année après année.

Une exigence de fermeté qui déborde le seul camp Zemmour

Sur la suite pénale des violences, la demande de fermeté n'est plus l'apanage de Reconquête !. Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville, réclame lui-même que « les sanctions soient rapides, extrêmement fortes et immédiates ». Signe que, dans l'exécutif aussi, on mesure que la parade habituelle (condamnations verbales, promesses de réponse ferme, puis quasi-impunité des interpellés) ne convainc plus personne. À Perpignan, la préfecture a dû instituer un couvre-feu pour les mineurs en prévision de la mobilisation du 24 octobre : mesure défensive, là encore, qui consiste à écarter des rues ceux qu'on n'ose pas y réprimer.

Reste que les mots du ministre devront rencontrer des actes. C'est l'ensemble de la chaîne qui fait défaut : des ordres donnés aux CRS à la réponse des juges, chaque maillon pratique la retenue, et chaque maillon se retranche derrière le suivant. Éric Zemmour, en formulant crûment ce que la politesse républicaine interdit de dire (que la force physique, proportionnée et légale, est parfois la seule langue que les pilleurs comprennent), occupe un terrain que la droite classique hésite encore à fouler. À voir la séquence qui s'ouvre, entre aveux ministériels et couvre-feux improvisés, c'est moins sa radicalité que la timidité du pouvoir qui devient le sujet.

Partenaires

Vous pourriez aussi aimer

Suite

Éric Zemmour réclame que les forces de l'ordre « aillent au contact » des pilleurs plutôt que de reculer — Le Rempart