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Justice

Violences du 17 octobre : le Syndicat des avocats de France dénonce les conditions de détention des mineurs interpellés en Seine-Saint-Denis

Par Rudy Levasseur

Après le saccage d'un magasin de sport à Saint-Denis dimanche soir, une vingtaine de mineurs ont été interpellés en Seine-Saint-Denis. Le Syndicat des avocats de France et le barreau dénoncent des conditions de détention indignes au tribunal de Bobigny.

Violences du 17 octobre : le Syndicat des avocats de France dénonce les conditions de détention des mineurs interpellés en Seine-Saint-Denis

Plus de 200 personnes se sont rassemblées ce mercredi devant le tribunal de Bobigny, aux cris de « Libérez nos élèves », pour protester contre l'interpellation d'une vingtaine de mineurs en Seine-Saint-Denis. Quatorze d'entre eux ont été déférés au parquet après le saccage et le pillage d'un magasin de sport dimanche soir à Saint-Denis, dans le cadre des violences du 17 octobre. Le procureur Alexandre De Bosschère a précisé que « l'enquête a mis en évidence que ces faits résultaient directement d'appels diffusés sur les réseaux à venir piller les magasins du centre-ville ».

Cafards, sol nu et couvertures de survie

C'est sur les conditions de détention de ces mineurs que le Syndicat des avocats de France (SAF) et le barreau de Seine-Saint-Denis ont choisi de se dresser. Selon eux, 17 enfants ont passé la nuit dans les cellules du dépôt du tribunal, dans ce qu'ils qualifient de « conditions de détention indignes » : présence de cafards, absence totale de matelas, simples couvertures de survie, cellules « sales » et bondées, banquettes « trop courtes pour s'allonger ». Sonia Boundaoui, coprésidente de section du SAF, a assuré que « des enfants ont passé la nuit dans des conditions scandaleuses, dormi sur le sol, eu froid ». Le barreau déplore aussi que des mineures aient été placées « dans le couloir des hommes majeurs, faute de cellule dédiée ».

Ces faits, s'ils sont avérés, posent une vraie question de moyens : l'administration pénitentiaire et les locaux de garde à vue sont saturés, et tout afflux massif d'interpellés met les services au défi. C'est un constat que la droite porte depuis des années : la justice manque de places, de personnels et de bâtiments décents, et ce sont les policiers et les magistrats de terrain qui trinquent en premier.

Le procès en inversion des responsabilités

Reste que la séquence mérite d'être remise à l'endroit. Ces mineurs ne sont pas en cellule par hasard : ils sont soupçonnés d'avoir répondu à des appels au pillage lancés sur les réseaux sociaux, d'avoir saccagé un commerce et participé à une nuit de chaos. Le procureur l'a établi noir sur blanc. Or, dans le paysage médiatique et syndical, c'est la nuit passée au dépôt qui fait la une, pas la vitrine brisée du commerçant de Saint-Denis ni la peur des habitants.

Gérald Darmanin, de son côté, a dressé le portrait robot des individus jugés après ces violences, rappelant le profil des auteurs. Un geste politique qui tranche avec la sensibilité du SAF, syndicat historiquement marqué à gauche, dont la mobilisation systématique en faveur des mis en cause finit par dessiner une hiérarchie des victimes pour le moins singulière : les pillards d'abord, les pillés ensuite.

Une justice prise en étau

Personne ne défend des cellules insalubres, et l'Etat de droit vaut aussi pour des délinquants présumés de 15 ans. Mais l'indignation à géométrie variable a un coût : elle nourrit chez une partie des jeunes interpellés le sentiment d'une impunité de fait, où l'on passe plus de temps à plaindre l'auteur qu'à sanctionner l'acte. À Nice, le procureur a ainsi dû dresser le bilan d'un week-end comparable : 83 interpellations dont 38 mineurs, gardes à vue prolongées et détentions provisoires.

Si l'Etat veut à la fois garantir des conditions de détention dignes et une réponse pénale ferme, il devra s'en donner les moyens : des locaux, des magistrats, des places. À défaut, on continuera d'opposer deux exigences qui, dans un pays bien ordonné, devraient aller de pair.

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