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Greta Thunberg aux côtés des lycéens devant le lycée Paul-Eluard à Saint-Denis

Par Dimitri Scudo

Greta Thunberg est venue manifester mardi matin devant le lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, un des épicentres du mouvement lycéen, accompagnée d'une vingtaine d'avocats formant une « chaîne en robe » pour protéger les lycéens.

Greta Thunberg aux côtés des lycéens devant le lycée Paul-Eluard à Saint-Denis

C'est une image qui vaut presque un diagnostic. Ce mardi matin, Greta Thunberg est venue manifester devant le lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, un des épicentres du mouvement lycéen qui secoue l'académie de Créteil depuis plusieurs jours. La militante écologiste suédoise de 23 ans, keffieh sur les épaules, s'est mêlée aux jeunes bloqueurs, tandis qu'une vingtaine d'avocats organisaient une « chaîne en robe pour protéger les lycéens », selon l'AFP, présente sur place.

Que la vedette mondiale du climat juge utile de faire le déplacement jusqu'en Seine-Saint-Denis en dit long sur la nature du mouvement : celui-ci, parti de revendications scolaires, bascule ouvertement dans le registre de la contestation politique globale. Le timing n'est pas anodin non plus. Alors que l'exécutif parie sur une « décélération » du mouvement, l'arrivée d'une icône internationale offre au blocus un souffle médiatique que les organisateurs locaux ne pouvaient plus garantir seuls.

« On nous vole notre avenir »

Devant les journalistes, Greta Thunberg a déroulé un discours où l'écologie cède largement la place à la politique générale. « Les jeunes ne sont pas associés aux discussions. On nous vole notre avenir et, comme on a pu le constater ici, les écoles ne reçoivent pas les investissements dont elles ont besoin », a-t-elle déclaré. Avant d'enchaîner : « Alors, qu'est-ce qu'on est censé faire ? Abandonner ? Bien sûr que non. C'est justement ce que les gens expriment ici : nous n'allons pas abandonner et nous allons nous battre pour cet avenir qu'on nous vole sous nos yeux ». Elle s'est dite « extrêmement fière des étudiants français ».

Le détail du keffieh n'est évidemment pas vestimentaire. En le portant ostensiblement devant un lycée français bloqué pour des questions de moyens et de remplacements, la militante fusionne trois répertoires qui n'ont a priori rien à voir : le climat, la cause palestinienne et la crise scolaire française. Difficile d'y voir autre chose qu'une stratégie d'intersectionnalité assumée, où chaque conflit social devient la déclinaison locale d'un combat unique contre « le système ». Pour les lycéens de Saint-Denis qui réclamaient des professeurs, l'exercice a au moins un mérite : celui de clarifier ce en quoi leur mouvement est en train de se transformer.

Sur le fond de la revendication budgénaire, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a révélé ces derniers jours que 3000 professeurs remplaçants étaient disponibles dès « les prochaines heures » : aveu gênant, qui a montré que ces enseignants figuraient déjà dans les effectifs sans être affectés. Le gouvernement a donc bien des comptes à rendre sur sa gestion des ressources humaines, et ce point précis méritait mieux qu'un happening médiatique.

Avocats en cordon et « État policier »

L'autre fait marquant de la matinée est la présence d'une vingtaine d'avocats venus, selon leurs propres mots, « empêcher l'irréparable ». Me Romain Ruiz, avocat au barreau de Paris et cofondateur du collectif Colère noire, a expliqué à l'AFP : « On en a marre d'être la caution droits de l'Homme des commissariats », ajoutant vouloir « dépasser notre mandat habituel ». Les robes noires prévoient de former un cordon entre la police et les lycéens en cas de tension, tout en dénonçant les confiscations de pancartes. « Les pancartes qui sont interdites sont celles qui critiquent la police », a affirmé Me Prisca Ancion, du barreau de Saint-Denis, membre du collectif d'action judiciaire. « La violence de la police est indéniable », a-t-elle ajouté, peu avant qu'une fanfare n'entonne « À bas l'État policier ».

Saisissons ce que ce tableau signifie : des officiers publics, dont la fonction est de servir le droit, viennent physiquement s'interposer entre les forces de l'ordre et des mineurs qui bloquent illégalement un établissement scolaire, pendant qu'une sono diffuse du rap et qu'une fanfare appelle à abattre « l'État policier ». On est loin de la grève scolaire traditionnelle. Qu'un avocat affirme que la violence policière est « indéniable », sans autre forme de procès ni d'élément précis, relève de la démonstration idéologique plus que du constat juridique. Le collectif d'action judiciaire, auquel appartient Me Ancion, porte d'ailleurs un nom qui annonce la couleur : il s'agit de faire du droit une arme de combat, pas un cadre.

Du côté des lycéens, l'accueil est sans réserve. Lina, 17 ans, en terminale, a dit à l'AFP apprécier ce soutien venu de toute part et remercié les avocats de prendre « des risques » pour eux.

Un mouvement populaire, mais capté ?

Le mouvement lycéen conserve un soutien réel dans l'opinion : selon un sondage, 54 % des Français approuvent le blocus des lycées. La colère sur les moyens de l'Éducation nationale est légitime, et la révélation des 3000 remplaçants en réserve a donné de solides arguments aux protestataires. Mais l'évolution de ces derniers jours, incendies en Seine-Saint-Denis, politisation croissante des cortèges, et désormais bénédiction d'une égérie militante internationale, dessine un glissement que les familles qui soutiennent le mouvement feraient bien de regarder en face.

Car une question simple se pose : que reste-t-il de la revendication initiale lorsque la vedette du jour, les avocats en cordon et les fanfares anti-police occupent tout l'espace ? Le gouvernement, dont la faiblesse de la réponse a contribué à laisser pourrir la situation, n'est pas le seul responsable de cette dérive. Il restera responsable, en revanche, d'avoir laissé des lycéens mineurs servir de vitrine à un combat qui dépasse très largement les murs de Paul-Eluard.

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