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Visite du pape Léon XIV en France : le parcours modifié pour éviter les points de deal de Bondy

Par Roman Thill

Le pape Léon XIV sera à Paris le 25 septembre. Selon La Croix, son itinéraire a été revu pour éviter deux points de deal à Bondy, en Seine-Saint-Denis, au profit d'un centre d'accueil pour exilés dans le 18e arrondissement.

Visite du pape Léon XIV en France : le parcours modifié pour éviter les points de deal de Bondy

Le pape Léon XIV sera à Paris le vendredi 25 septembre, et l'organisation de son voyage apostolique en France a été, comme toujours pour le Saint-Siège, préparée au cordeau. Jusque dans un détail qui en dit long sur l'état réel de certains territoires français : d'après un article de La Croix dévoilant les coulisses de la visite, le parcours du souverain pontife a été modifié pour éviter... des points de deal, rapporte le JDD.

Bondy écartée au profit du 18e arrondissement

L'intention de départ était pourtant conforme à la tradition de ces voyages : ne pas se limiter à un « triangle doré » et aller à la rencontre des plus précaires. Dans cet esprit, une visite à Bondy, en Seine-Saint-Denis, avait été envisagée. Problème : l'un des lieux que Léon XIV devait visiter abrite deux points de deal, selon La Croix. Les équipes de sécurité, déjà réticentes, ont emporté la décision : le passage par Bondy est abandonné, remplacé par une visite de la Maison Bakhita, un centre d'accueil pour personnes exilées situé dans le 18e arrondissement de Paris.

Il faut mesurer ce que cet arbitrage signifie. Ce n'est pas un caprice protocolaire : c'est l'aveu, venu des services chargés de la sécurité d'un chef d'État, que certains quartiers français ne sont plus maîtrisés au point qu'on ne peut pas y faire passer un visiteur étranger sans risquer de le faire défiler devant des trafiquants. La papamobile aurait littéralement croisé les guetteurs et les vendeurs à la sauvette. La scène aurait eu le mérite de la vérité, mais visiblement plus personne ne veut prendre ce risque-là.

Un symbole de l'impuissance publique

La décision résonne d'autant plus fort qu'elle intervient dans un département emblématique de la faillite sécuritaire. La Seine-Saint-Denis concentre une partie de l'économie souterraine du narcotrafic francilien, et l'épisode rappelle combien le phénomène est devenu structurel. Le Monde consacrait récemment une enquête à la « guerre des points de deal », décrite comme l'épicentre des violences armées en France, avec son vocabulaire propre : paillassonnages, rafalages, jambisations. BFM révélait de son côté que des « points de deal virtuels » étaient carrément répertoriés sur Google Maps. Voilà où en est la carte du territoire : le trafic n'est plus un clandestin, c'est un élément cartographié, presque institutionnalisé, que l'on contourne plutôt qu'on ne l'éradique.

C'est là que la nouvelle cesse d'être anecdotique. On peut débattre de la prudence des organisateurs du voyage, elle est compréhensible. Mais la logique du contournement pose une question plus large : si l'État ne peut garantir un itinéraire sûr au pape, que peut-il garantir aux habitants de Bondy, qui, eux, vivent avec ces points de deal tous les jours ? La réaction d'auditeurs sur RMC, résumée par un « c'est désespérant », dit assez bien ce sentiment d'abandon. Adapter le décor pour une visite plutôt que reprendre le terrain est devenu une habitude des pouvoirs publics, des JO aux déplacements ministériels. Chaque fois, le message envoyé aux habitants de ces quartiers est le même : le problème n'est pas traité, il est dissimulé.

Une journée parisienne minutée

Le programme du 25 septembre, lui, est désormais figé. Le temps fort sera une procession en papamobile d'environ 2,5 kilomètres : le pape rejoindra l'église Notre-Dame-des-Champs depuis la place Saint-Michel, en passant par le boulevard du Montparnasse, Port-Royal puis le boulevard Saint-Michel, entre 16 heures et 17 heures. Il terminera sa journée au Stade de France, auprès de 80 000 jeunes réunis pour une veillée de prière. Selon Actu.fr, la logistique religieuse est à la hauteur de l'événement, avec une messe préparée à Paris prévoyant 400 000 hosties et 3 000 points de communion. Le déplacement français du pape doit aussi passer par Metz, où la municipalité a déjà annoncé des aménagements du 23 au 29 septembre.

Cette visite, première du pontificat de Léon XIV en France, mobilise donc des foules considérables et une organisation d'envergure. Le contraste est saisissant : d'un côté, un État capable d'orchestrer une procession de plusieurs kilomètres et une veillée de 80 000 personnes ; de l'autre, incapable de sécuriser quelques rues de Bondy pour le même visiteur. On dira que la prudence l'a emporté, et ce sera exact. Mais la prudence, dans ce dossier, ressemble fort à un constat d'échec : celui d'une République qui a laissé s'installer, au coeur de son territoire, des zones où même le parcours d'un pape doit être redessiné. Les habitants de Seine-Saint-Denis n'ont pas, eux, la possibilité de modifier leur itinéraire quotidien. C'est peut-être là le vrai sujet que cette anecdote met à nu.

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