Attentat de Trappes : le député LFI Thomas Portes exige la fermeture de CNews
Par Clarence Azolina
Au lendemain de la fusillade de Trappes et La Verrière, le député insoumis Thomas Portes a réclamé sur X la fermeture de CNews, accusant la chaîne d'avoir « mis une cible dans le dos des musulmans » et rendu possible l'attentat.

Le deuil n'aura pas duré vingt-quatre heures. Au lendemain de la fusillade qui a endeuillé Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, le député La France insoumise de Seine-Saint-Denis Thomas Portes a publié sur X un message d'une brutalité rare, exigeant ni plus ni moins la disparition d'une chaîne de télévision : « CNEWS DOIT ÊTRE FERMÉE. »
Dans ce texte rédigé en capitales, l'élu insoumis accuse la chaîne d'information du groupe Canal+ d'avoir, « depuis des années », mis « une cible dans le dos des musulmans ». Il lui reproche d'avoir mené en 2021 une « campagne raciste contre la ville de Trappes et ses habitants » et d'avoir donné la parole à Renaud Camus, ainsi qu'à Éric Zemmour, Jordan Bardella et Marine Le Pen, qu'il qualifie de « racistes » qui « passent leur journée à attiser la haine contre les musulmans de notre pays ». Sa conclusion établit un lien direct entre la chaîne et la tuerie : « L'attentat terroriste islamophobe à Trappes ne doit rien au hasard. »
Une fusillade, un mort et cinq blessés
Vendredi 23 octobre au matin, Kévin T., 39 ans, a ouvert le feu à l'arme automatique, une arme de catégorie A dont la détention est interdite, à Trappes puis à La Verrière. Un homme de 26 ans a été tué et cinq personnes blessées, dont une fillette de 12 ans placée en réanimation. Le suspect, connu pour des faits de droit commun mais non fiché S, a été interpellé à Coignières et placé en garde à vue. Son appartement de Plaisir avait été piégé avec trois bouteilles de gaz reliées à un minuteur.
Le Parquet national antiterroriste s'est saisi des faits et a ouvert une enquête notamment pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis en raison de l'appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une religion. Emmanuel Macron, rendu sur place dans la soirée, a dénoncé un « attentat terroriste raciste » et appelé le pays à « la concorde » et à « l'unité », martelant : « Ni la peur, ni la colère. »
Un coupable désigné avant la fin de l'enquête
C'est précisément cet appel à l'unité que le message de Thomas Portes vient balayer. Alors que l'enquête judiciaire ne fait que commencer et que les motivations exactes du tireur restent à établir par les magistrats, l'élu insoumis désigne déjà un responsable : non pas l'auteur des coups de feu, mais une rédaction, des journalistes et des opposants politiques qu'il nomme un à un.
La démarche n'est pas nouvelle. En juin 2026, après la mise en demeure adressée à CNews par l'Arcom sur saisine de Reporters sans frontières pour un « déséquilibre manifeste et durable » dans l'expression des courants de pensée, Thomas Portes réclamait déjà la fermeture de la chaîne. La procédure du régulateur, qui relève du droit et de l'audiovisuel, n'a cependant jamais eu vocation à autoriser un élu de la République à prononcer la mort d'un média.
La liberté de la presse en ligne de mire
En démocratie, la fermeture d'une chaîne de télévision ne se décrète ni sur un réseau social ni au lendemain d'un drame national. Elle suppose des procédures, des contre-pouvoirs et un débat que la logique de Thomas Portes court-circuite délibérément. Que l'on partage ou non la ligne éditoriale de CNews, laquelle rassemble chaque jour des centaines de milliers de téléspectateurs, l'exigence de sa disparition constitue une remise en cause frontale du pluralisme des médias, au nom cette fois d'un pluralisme invoqué à sens unique.
L'élu insoumis n'est pas un novice en matière de polémiques. Exclu quinze jours de l'Assemblée nationale en 2023 pour avoir posé le pied sur un ballon à l'effigie du ministre Olivier Dussopt, rappelé à l'ordre par le Bureau de l'Assemblée pour des menaces envers un autre député, il a fait de la provocation une méthode politique. Mais réclamer la censure d'un média au lendemain d'un attentat qui a coûté la vie à un jeune homme de 26 ans et grièvement blessé une enfant de 12 ans franchit un nouveau seuil : celui où l'indignation d'un jour devient l'instrument d'un vieux combat contre une chaîne que la gauche radicale n'a jamais supportée. Les familles des victimes, elles, attendaient sans doute autre chose qu'une guerre des chaînes.
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