BFMTV déprogramme Éric Zemmour après une pétition soutenue par un député Génération.s
Par Dimitri Scudo
Attendu ce samedi soir à 21 heures sur BFMTV au lendemain de l'attentat raciste de Trappes, Éric Zemmour a été décommandé en fin de matinée après le lancement d'une pétition soutenue par le député Benjamin Lucas.
Une interview prévue, puis annulée en fin de matinée
Éric Zemmour ne prendra pas la parole ce samedi soir sur BFMTV. Le président de Reconquête était attendu à 21 heures sur l'antenne de la chaîne d'information en continu, au lendemain de l'attentat raciste de Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, qui a coûté la vie à un homme de 26 ans et fait cinq blessés, dont une fillette de 12 ans. Il a été informé de l'annulation de sa venue en fin de matinée, selon les informations de Puremédias.
C'est la société des journalistes de la chaîne qui a officialisé la décision dans un bref message publié sur les réseaux sociaux : « Éric Zemmour était prévu ce samedi en interview, il ne sera finalement pas sur l'antenne de BFMTV ce soir. » Un cadre de la rédaction a tenu à préciser que l'entretien avait été programmé avant le drame de vendredi : « Nous avons décidé de ne pas faire l'interview après Trappes et l'avons dit à Éric Zemmour en fin de matinée. » Autrement dit, l'invitation, pensée dans un contexte d'actualité politique classique, est devenue indésirable en quelques heures.
Une pétition et un député des Yvelines
Cette annulation survient après le lancement d'une pétition exigeant la déprogrammation du président de Reconquête. Le texte, soutenu par le député Génération.s des Yvelines Benjamin Lucas, dénonçait « la provocation » que représenterait, aux yeux de ses signataires, la venue d'un responsable politique « déjà condamné par la justice pour son racisme ».
Sur le réseau X, l'élu de la gauche radicale n'avait pas caché son objectif : « Éric Zemmour n'a pas sa place à la télévision ce soir, au lendemain de l'attentat raciste à Trappes. Signez la pétition pour exiger sa déprogrammation de BFM TV. » Certains de ses soutiens allaient plus loin, appelant à manifester devant les studios de la chaîne et estimant que BFMTV portait « une grosse responsabilité » dans les événements des Yvelines. Le raisonnement mérite d'être relevé : une chaîne qui reçoit un responsable politique serait comptable des actes d'un homme de 39 ans, connu de la police mais pas des services de renseignement, qui a ouvert le feu vendredi matin sur trois zones distinctes.
Une chaîne qui cède sous la pression
L'épisode interroge sur le fonctionnement des rédactions face aux campagnes orchestrées sur les réseaux sociaux. Il suffira, ce samedi, d'une pétition lancée quelques heures plus tôt et relayée par un parlementaire pour qu'un responsable politique, président d'un parti représenté au Parlement européen et déjà invité à quatre reprises sur la chaîne en un mois selon les détracteurs de ces invitations, soit rayé des programmes. Le 12 octobre encore, Éric Zemmour était reçu en plateau pour évoquer les blocages de lycées, sans que cela soulève pareille exigence d'exclusion.
Emmanuel Macron, qui s'était rendu vendredi soir sur les lieux du drame, a parlé d'un « tournant dans la vie de notre République et de notre nation », appelant à « la concorde » et à « l'unité ». Le chef de l'État a également affirmé que la France n'avait « rien à céder aux idées qui s'installent dans la République ». À BFMTV, on aura choisi une autre forme de cession : celle qui consiste à laisser une pétition décider de ce que les téléspectateurs ont le droit d'entendre, précisément au moment où le débat public en aurait le plus besoin. La justice passera pour l'auteur de la tuerie. Pour la liberté de débattre, le tribunal des réseaux sociaux a déjà rendu son verdict.
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