Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau veut assécher les parrainages de David Lisnard et Éric Zemmour
Par Dimitri Scudo
L'équipe de Bruno Retailleau, président des Républicains, déploie une offensive massive auprès des maires pour siphonner les parrainages de ses concurrents à droite, David Lisnard et Éric Zemmour, en vue de la présidentielle de 2027.
L'équipe de Bruno Retailleau affirme déjà détenir « largement ses parrainages », selon ses proches. Pourtant, la machine ne s'arrête pas là : le président des Républicains veut ratisser large pour bloquer la route à David Lisnard et Éric Zemmour, révèle Le Point ce 7 octobre 2026. Une stratégie qui pose une question simple : faut-il gagner par addition ou par soustraction ?
Une offensive méthodique auprès des maires
Les faits sont limpides. Le camp Retailleau a d'abord adressé 3 000 courriers aux maires LR et à ceux qui avaient parrainé Valérie Pécresse en 2022. Une deuxième salve doit suivre, cette fois auprès de 10 000 à 15 000 maires supplémentaires, « sauf ceux de gauche ». Objectif assumé : siphonner les parrainages des concurrents susceptibles de prendre des parts de marché à droite.
Les cibles sont nommées. David Lisnard, maire de Cannes, toujours candidat, fait l'objet d'un calcul froid : « Il va nous rejoindre, mais son ralliement se fera d'autant plus facilement qu'il n'aura pas ses parrainages », pronostique un cadre de l'équipe Retailleau. Autrement dit, on ne convainc pas l'édile cannois, on l'asphyxie. Difficile d'y voir une méthode de rassemblement : c'est une opération de réduction du champ concurrentiel, assumée comme telle.
Le cas Zemmour, enjeu du second tour
Mais la vraie cible est ailleurs. Éric Zemmour, lui, a « bien l'intention d'être candidat jusqu'au bout ». Et le même cadre lâche le fond du raisonnement : « Il peut nous prendre 1, 2, voire 3 points qui pourraient nous permettre de passer devant Mélenchon pour être au second tour ». L'aveu est précieux : dans l'esprit de l'état-major LR, la qualification se jouerait contre le leader insoumis, à la marge, dans un scrutin où chaque point compterait.
Sur le plan de l'arithmétique électorale, le calcul se tient. Sur le plan politique, il est plus discutable. Priver Zemmour de parrainages, c'est aussi priver une partie de l'électorat de droite d'un choix, au risque de nourrir un ressentiment qui se paiera cash au soir du premier tour, en abstention ou en report défectueux. L'histoire récente de la droite montre assez que les électeurs punissent volontiers ceux qui gagnent par la technique plutôt que par l'adhésion.
Gagner par assèchement, un pari risqué
Il y a, dans cette stratégie, quelque chose de révélateur sur l'état de la droite en 2026. Plutôt qu'un débat de fond tranché devant les électeurs, on choisit la guerre des signatures, invisible, administrative, menée auprès de maires souvent plus soucieux de leurs relations avec les partis que de l'offre idéologique. C'est légal, c'est rodé, c'est même efficace. Mais cela dit aussi une fébrilité : on ne verrouille ainsi que lorsqu'on doute de sa capacité à s'imposer au grand jour.
Un lecteur du Point le résume d'ailleurs en commentaire : plutôt que tirer la couverture, il vaudrait mieux se faire des alliés. La formule n'est pas sotte. À un an et demi du scrutin, Bruno Retailleau fait le pari que la clarification passera par l'élimination préalable de ses rivaux. Le risque est connu : une droite resserrée autour d'un candidat qui n'aurait pas démontré sa force dans la compétition, mais par l'éviction des autres. Le second tour, lui, ne se gagne pas avec des parrainages confisqués.
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