Violences du 17 octobre : Macron accuse les réseaux sociaux et élude les défaillances de l'État
Par Rudy Levasseur
Neuf jours après les pillages et dégradations qui ont frappé plusieurs grandes villes, Emmanuel Macron a désigné ce lundi matin les plates-formes numériques comme principales responsables des violences, sans un mot sur les failles du maintien de l'ordre.

Emmanuel Macron s'est exprimé ce lundi 26 octobre au matin sur les violences du 17 octobre. Neuf jours après la journée de chaos qui a vu des rues entières pillées à Paris, des mairies attaquées à Marseille et à Bordeaux, et l'hôtel de ville de Limoges partir en fumée, le chef de l'État a choisi sa cible : les réseaux sociaux, désignés comme les principaux responsables des pillages et des dégradations. Sur les défaillances de l'État dans l'anticipation et la protection des villes, pas un mot.
Un bouc émissaire commode
Que le mouvement du 17 octobre soit né et se soit organisé sur les plates-formes numériques, personne ne le conteste. Les appels à manifester contre « la vie chère », relayés par les lycéens mobilisés depuis fin septembre, ont circulé pendant des semaines sur les réseaux avant de rassembler, le samedi 17 octobre, 550 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Cette visibilité publique et prolongée pose d'ailleurs une question que le président s'est gardé d'aborder : comment des violences annoncées de longue date ont-elles pu surprendre à ce point les services de renseignement et les préfectures ?
Car le bilan dressé par le ministère de Laurent Nuñez n'a pas varié : 2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement, près de 1 500 commerces pillés ou saccagés pour un préjudice évalué par les professionnels à plusieurs centaines de millions d'euros. À Paris, le maire Emmanuel Grégoire a décrit « des rues entières méthodiquement ravagées ». À Limoges, l'hôtel de ville du XIXe siècle a été « en grande partie perdu » dans les flammes, selon le préfet. À Lyon, c'est l'office de tourisme qui a été incendié. Des scènes que des reporters de l'AFP ont jugées plus étendues que les émeutes de 2023 ou les journées les plus violentes des gilets jaunes.
Un revirement en huit jours
Le discours de ce lundi matin tranche avec celui tenu par le même Emmanuel Macron le 18 octobre au soir. Depuis l'Élysée, le président attribuait alors les violences à des « factieux issus de groupuscules d'ultragauche, rejoints par de nombreux délinquants », promettait que « ceux qui ont détruit doivent payer » et exigeait que soient tirées « toutes les leçons » en matière de renseignement et d'anticipation. Huit jours plus tard, les leçons semblent s'être résumées à une mise en cause des plates-formes numériques, dont la responsabilité, toute réelle qu'elle soit dans l'amplification des appels au désordre, n'exonère en rien la chaîne de commandement de l'État.
C'est bien là le point sensible. Aucun réseau social n'a empêché les préfets de déployer des effectifs suffisants, ni les services de renseignement d'anticiper l'itinéraire des casseurs. Protéger les villes et les commerçants relevait de l'autorité de l'État, et d'elle seule.
Les oppositions maintiennent la pression
Dès l'allocution du 18 octobre, la classe politique avait fustigé une prise de parole jugée « vide et déconnectée ». Édouard Philippe avait averti : « Il faut des décisions. S'il se borne à du commentaire, ce serait dangereux. » Bruno Retailleau réclamait l'état d'urgence « sans délai » et un couvre-feu. Jordan Bardella demandait purement et simplement la démission du chef de l'État. À gauche, la France insoumise et la CGT déploraient pour leur part l'absence d'annonces concrètes.
Les réactions au discours de ce lundi s'inscrivent dans la continuité. D'Édouard Philippe à Jordan Bardella, les oppositions réclament toujours des décisions : sur la dissolution des groupuscules violents, sur les interdictions de rassemblement évoquées puis restées lettre morte, sur les moyens des forces de l'ordre qui ont payé le prix fort, avec près de mille blessés en une seule journée. Les maires de Paris, Lyon et Marseille, reçus à l'Élysée, attendent quant à eux les aides promises aux commerçants dont les vitrines n'ont toujours pas été remplacées.
À six mois de l'élection présidentielle, l'exécutif semble avoir choisi sa ligne de défense : chercher à l'extérieur les causes d'un désordre dont la gestion lui incombait. Les commerçants de Limoges, de Lyon ou de Paris, qui balaient encore les débris, jugeront sur pièces.
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