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Université : Mathilde Panot veut supprimer Parcoursup et toute sélection, quitte à ne pas répondre à la question d'Assas

Par Clarence Azolina

Invitée dimanche de l'émission Franc-Jeu sur France Inter, la présidente du groupe LFI a réaffirmé sa volonté d'abolir Parcoursup et tout critère de sélection à l'entrée de l'université, promettant 250 000 places supplémentaires financées par le rétablissement de l'ISF.

Université : Mathilde Panot veut supprimer Parcoursup et toute sélection, quitte à ne pas répondre à la question d'Assas

C'est un marqueur idéologique que La France insoumise ne lâchera pas. Invitée dimanche de l'émission Franc-Jeu, sur France Inter, Mathilde Panot a réaffirmé que son mouvement entend supprimer la plateforme Parcoursup et abolir tout critère de sélection à l'entrée de l'université. « Parcoursup est une machine à tri social », a déclaré la présidente du groupe insoumis à l'Assemblée nationale, députée du Val-de-Marne, en affirmant que 125 000 bacheliers s'étaient retrouvés « sans solution » cette année.

À la place du dispositif actuel, LFI promet la création de 250 000 places dans l'enseignement supérieur, un effort qui serait financé notamment par le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune. Ce projet n'est pas une simple formule de plateau : il figure dans une proposition de loi déposée le 11 juillet 2025 par les députés insoumis, dont Marie Mesmeur, Louis Boyard et Mathilde Panot elle-même, visant à « abroger Parcoursup et restaurer un droit d'accès à l'enseignement supérieur pour tous les titulaires d'un baccalauréat ou diplôme équivalent ».

L'objection Assas, et la réponse qui n'en est pas une

Benjamin Duhamel a soumis cette promesse à l'épreuve du réel. Chaque année, environ 20 000 candidats postulent à l'université Paris-Panthéon-Assas, qui ne peut en accueillir qu'une fraction. Comment concilier l'abolition de toute sélection avec des capacités d'accueil nécessairement limitées ? Après avoir évoqué les 250 000 places promises et le financement par l'ISF, la députée a fini par concéder : « tout le monde n'ira pas à Assas ». Une admission qui résume la difficulté : à capacités limitées, supprimer la sélection ne supprime pas le tri, elle le rend seulement invisible, en le déplaçant vers le tirage au sort, la cohue ou l'échec massif en première année.

Un débat sur les chiffres

L'argument des 125 000 bacheliers abandonnés, repris également par la députée Marie Mesmeur à l'Assemblée le 13 octobre, mérite d'être examiné de près. Selon le bilan officiel de la procédure Parcoursup 2026, publié par le ministère de l'Enseignement supérieur, 603 910 lycéens, soit 91,5 % de ceux qui avaient formulé des vœux, ont reçu au moins une proposition d'admission, avec en moyenne 5,6 propositions par candidat retenu. Le ministre Philippe Baptiste, interrogé sur les « 126 000 » candidats sans proposition évoqués par LFI, a rétorqué que seuls 34 bacheliers n'avaient pas obtenu de place après passage devant les commissions d'accès à l'enseignement supérieur à la clôture de la procédure. Comme le soulignait une analyse des Décodeurs du Monde, l'écart tient à la définition retenue : le chiffre avancé par les insoumis agrège notamment les candidats qui n'ont pas saisi la commission d'accès ou se sont désistés en cours de route.

La question du financement

Reste l'addition. Créer 250 000 places, c'est engager des constructions, des recrutements d'enseignants-chercheurs et des charges pérennes que le seul produit d'un ISF rétabli, dont le rendement était de l'ordre de quelques milliards d'euros avant sa suppression, peinerait à couvrir durablement. La députée n'a pas précisé dimanche le montant total de l'investissement envisagé ni son calendrier.

L'expérience des décennies passées invite à la prudence : l'université française, largement non sélective à l'entrée par rapport aux grandes écoles, affiche déjà des taux d'échec élevés en licence, dont la charge pèse d'abord sur les étudiants les moins préparés. Ajouter des centaines de milliers d'inscrits sans exigence de niveau, c'est prendre le risque de transformer le droit d'accès en droit à l'échec, aux frais du contribuable. La proposition insoumise, renvoyée à la commission des affaires culturelles et de l'éducation, n'a pour l'heure pas été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée.

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