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Patrick Cohen, sur France Inter, veut que la loi interdise l'émission de Pascal Praud sur CNews, qu'il juge fasciste

Par Clarence Azolina

Sur France Inter, Patrick Cohen a estimé que l'émission de Pascal Praud sur CNews devrait être interdite par la loi, après l'annonce par l'animateur d'un point quotidien sur les artistes appelant à voter contre le RN.

Patrick Cohen, sur France Inter, veut que la loi interdise l'émission de Pascal Praud sur CNews, qu'il juge fasciste

La guerre des ondes a franchi un nouveau cap. Mercredi matin, dans son édito sur France Inter, Patrick Cohen a violemment répliqué à Pascal Praud, qui avait annoncé la veille sur CNews sa volonté de faire « chaque matin » un point sur les artistes appelant à se mobiliser contre le Rassemblement national. L'éditorialiste de la station publique n'y est pas allé par quatre chemins : selon lui, la dérive de la chaîne d'information est telle que la loi devrait interdire l'existence même d'une émission comme celle de l'animateur de L'heure des pros, qu'il range dans la catégorie des productions fascisantes.

Ce que Cohen a dit, mot pour mot

Le matinalier de France Inter a d'abord rappelé la séquence : « Pascal Praud a franchi encore un cran en annonçant hier, après avoir épinglé l'actrice Adèle Exarchopoulos, l'humoriste Paul Mirabel et le journaliste Jean-Michel Aphatie, qu'il fera désormais le point chaque matin des personnalités publiques mobilisées contre le RN. Pour les dissuader », a-t-il déclaré. Il a ensuite accusé les médias du groupe Bolloré d'être devenus « le bras armé » de l'extrême droite, organisant « l'intimidation de leurs contempteurs », avant de conclure : « Cette dérive alarmante nous rappelle pour quelles raisons la loi interdit -normalement- l'existence de médias d'opinion (sans s à opinion). Et pourquoi elle est censée rendre impossible ce qui est en train de s'installer. »

Passons sur la mécanique de l'accusation, qui est devenue un genre en soi sur le service public. Ce qui retient l'attention, c'est le saut qualitatif : on ne demande plus une mise en garde de l'Arcom, on réclame carrément que la loi rende impossible l'existence d'une émission concurrente. Patrick Cohen l'a d'ailleurs dit lui-même : « Y a-t-il encore une autorité de régulation dans la salle ? » Formulation commode, qui feint d'ignorer que cette autorité existe, qu'elle travaille, et qu'elle a d'ailleurs déjà épinglé CNews à plusieurs reprises.

Des listes, un ennemi commun : la grille de lecture de l'éditorialiste

Patrick Cohen a justifié sa charge par une lecture historique : « Il dresse des listes. Il façonne un ennemi commun en désignant les mauvais citoyens. Les listes ont toujours servi à polariser la société en opposant un 'vrai peuple' à des minorités, des opposants politiques ou des journalistes. Avant de déboucher sur des politiques d'épuration ou de répression », a-t-il asséné, estimant que Pascal Praud « endosse la marotte historique de l'extrême droite ».

L'argument a une force rhétorique certaine. Mais il repose sur un glissement : nommer des personnalités publiques qui ont elles-mêmes choisi de prendre publiquement position dans un débat politique, ce n'est pas « dresser des listes » au sens où l'histoire retient le mot. Adèle Exarchopoulos, Paul Mirabel ou Jean-Michel Aphatie ne sont pas des inconnus dénoncés dans leur vie privée : ce sont des figures qui ont fait le choix, assumé et médiatisé, d'appeler à voter contre un parti qui arrive en tête des intentions de vote. Attendre qu'un média d'opinion adverse se taise sur ce militantisme relèverait, précisément, d'une conception étonnante de la liberté d'expression.

Il y a là une contradiction que l'édito de France Inter n'effleure pas : au nom de la défense de la parole des artistes, on demande d'interdire la parole d'un animateur. La liberté d'expression serait donc un droit à géométrie variable, plein pour ceux qui appellent à barrer le RN, nul pour ceux qui répondent à ces appels. Difficile d'y voir autre chose qu'un rapport de force médiatique déguisé en combat pour la démocratie.

Un contexte qui déborde largement les studios

Cette séquence ne sort pas de nulle part. Elle s'inscrit dans une escalade verbale qui a désormais gagné les plus hauts sommets de l'État. La veille même de l'édito de Cohen, Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, qualifiait sur RTL les chroniqueurs de L'heure des pros de « fachos » et CNews de « chaîne de désinformation continue et d'évangélisation », reprenant à son compte la formule de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, qui avait rangé la chaîne dans le camp de l'extrême droite. Quand un garde des Sceaux traite des journalistes de fascistes la veille, et qu'un éditorialiste du service public réclame le lendemain l'interdiction légale de leur émission, la coordination des calendriers interroge.

Face à ces attaques, le camp Bolloré ne reste pas inerte. Pascal Praud a récemment exigé la démission de Vincent Meslet, directeur de France Inter, après que ce dernier eut désigné CNews comme « nos pires adversaires » : « Ou il démissionne, ou il est viré », avait lancé l'animateur, relevant qu'un dirigeant payé par l'argent public attaquait frontalement un concurrent privé. Le sujet est réel et mérite mieux que l'indignation sélective : un audiovisuel public financé par tous les Français peut-il mener campagne contre un acteur privé du même secteur ?

Sur le fond, l'Arcom n'est pas l'autorité fantôme que suggère Cohen. Elle a mis en garde CNews à plusieurs reprises, y compris récemment pour des « préjugés sexistes » dans L'heure des pros 2. On peut juger son action insuffisante ; prétendre qu'elle n'existe pas, c'est entretenir le récit d'une chaîne hors-la-loi que la réalité administrative ne confirme pas.

Reste le cœur de l'affaire : des artistes qui appellent à voter contre le RN ont parfaitement le droit de le faire, et Teddy Riner, pris à partie par Praud, l'a bien résumé en rappelant que « le droit de s'exprimer appartient à chaque citoyen ». Mais ce droit vaut pour tous les citoyens, y compris pour un animateur qui commente ces prises de position. Réclamer la censure légale de l'adversaire tout en se posant en défenseur des voix menacées, voilà un exercice auquel l'antenne de France Inter semble désormais rompue. Les électeurs, eux, trancheront dans les urnes, sans qu'on ait besoin d'interdire quoi que ce soit pour éclairer leur choix.

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