Immigration

Jérôme Fourquet : 75 % de prénoms arabo-musulmans ou africains chez les prévenus du 17 octobre

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Le directeur du département Opinion de l'Ifop a passé au crible les comparutions immédiates qui ont suivi les pillages du samedi 17 octobre. Il conclut à une « très forte surreprésentation », quand le gouvernement accuse l'ultragauche.

Un supermarché Franprix pris d'assaut à Paris lors des manifestations et des pillages le 17 octobre 2026. Photo : Guillaume Saligot, AFP
Un supermarché Franprix pris d'assaut à Paris lors des manifestations et des pillages le 17 octobre 2026. Photo : Guillaume Saligot, AFP

Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'Ifop, s'est penché sur les personnes jugées en comparution immédiate après les pillages qui ont frappé Paris, Lyon et Marseille le samedi 17 octobre 2026. Dans un entretien à Front populaire, rapporté par Boulevard Voltaire, il indique que 75 % de son échantillon porte des « prénoms arabo-musulmans ou d'origine africaine », et conclut : « Il y a sans conteste une très forte surreprésentation. » Le gouvernement, lui, désigne l'ultragauche.

Jérôme Fourquet a compté les prénoms des prévenus du 17 octobre

La loi française encadre si strictement les statistiques ethniques qu'aucun fichier public ne renseigne l'origine des personnes poursuivies. Le sondeur a donc compilé des dizaines d'articles de presse consacrés aux comparutions immédiates, puis relevé les éléments biographiques des prévenus, à commencer par leur prénom. L'échantillon dépend des audiences couvertes par la presse et ne recense pas tous les prévenus. Dans L'Archipel français, en 2019, il suivait déjà les prénoms pour mesurer les transformations du pays.

Le 17 octobre, 550 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur manifestaient contre la vie chère. En marge des cortèges, une vingtaine d'enseignes de la Presqu'île ont été pillées à Lyon, dont Louis Vuitton, Lancel et Hugo Boss, comme des parfumeries et des magasins de sport à Marseille, et les Galeries Lafayette à Paris. Le ministère de la Justice a compté 2 500 gardes à vue sur le week-end, et Gérald Darmanin annonçait 67 incarcérations dès le mardi 20 octobre.

Sébastien Lecornu accuse l'ultragauche

Le soir même, le Premier ministre a dénoncé sur X « une violence d'une extrême intensité » et affirmé que « des groupes d'ultragauche ont organisé la violence dans plusieurs villes de France ». Des militants de cette mouvance ont bien été interpellés, comme un homme de 34 ans fiché S arrêté à Limoges, selon une source policière. Mais Sébastien Lecornu avait trouvé son coupable avant que le premier prévenu n'arrive au tribunal.

Les premiers dossiers dessinent un autre portrait. À Paris, la procureure Laure Beccuau a décrit des mis en cause « en grande majorité peu connus », et le parquet a recensé 557 gardes à vue, dont un quart de mineurs. À Mulhouse, une source policière estime que « près de 90 % » des auteurs sont des « casseurs d'opportunité » issus de quartiers bien identifiés de la ville. Ces constats viennent des parquets et des commissariats, pas de Matignon.

Nathalie Loiseau : « il faut voir ce que l'on voit »

La phrase la plus nette n'est pas venue du Rassemblement national, mais d'une ancienne ministre des Affaires européennes d'Emmanuel Macron. Interrogée sur franceinfo par la journaliste Perrine Storme, l'eurodéputée Horizons Nathalie Loiseau a lié les pillages à l'immigration. « Eh bien, il faut voir ce que l'on voit », a-t-elle répondu, tout en reconnaissant : « Vous savez comme moi qu'il n'y a pas de statistiques ethniques. »

Le chef de son parti, Édouard Philippe, avait déjà évoqué sur TF1 un « nombre important de jeunes Français » issus de l'immigration dans les images des pillages. La journaliste de franceinfo a objecté que « l'immense majorité » des personnes poursuivies sont de nationalité française. Faute de statistiques ethniques, le débat se tranche à coups d'échantillons de presse et de phrases de plateau.

Sur la nationalité, en revanche, l'État publie ses chiffres. Au 1er avril 2026, la France comptait 88 419 détenus, dont 21 329 de nationalité étrangère, soit 24,2 %, selon la réponse du ministère de la Justice au député Éric Pauget, publiée au Journal officiel le 26 mai. Selon l'Insee, les étrangers représentent 9,1 % de la population.

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