Espagne : la télévision publique RTVE accusée d'avoir mis en scène les larmes d'un jeune migrant
Par la rédaction Le Rempart
La radiotélévision publique espagnole RTVE est accusée d'avoir demandé à un migrant mineur de rejouer une scène triste devant les caméras, afin de dramatiser un reportage. Une séquence qui relance le débat sur la déontologie des médias publics financés par l'impôt.
Voilà une séquence qui aurait dû rester dans la salle de montage. RTVE, la radiotélévision publique espagnole, est épinglée pour avoir demandé à un migrant mineur de rejouer une scène triste face caméra, histoire d'attendrir le téléspectateur. L'information, relayée par la presse espagnole et les réseaux sociaux, montre ce que beaucoup soupçonnaient depuis longtemps : quand la réalité ne pleure pas assez fort, certains journalistes n'hésitent pas à lui tirer les larmes.
Ce qui s'est passé
Selon les éléments disponibles à cette heure, l'équipe de tournage de la chaîne publique aurait demandé au jeune garçon de refaire une prise, en lui indiquant d'adopter une mine plus affligée pour les besoins du reportage. Autrement dit : la première version n'était pas assez vendeuse. Il a donc fallu une seconde prise, mieux jouée, plus larmoyante. Le mineur, placé dans une situation de dépendance évidente face à des adultes munis de caméras, s'est exécuté.
Le tout pour un sujet censé documenter la réalité de l'immigration clandestine en Espagne. Documenter, ou plutôt mettre en scène. La distinction n'est pas un détail de langue : elle est le cœur du métier de journaliste. Un reportage qui dirige ses protagonistes comme des acteurs n'est plus un reportage, c'est de la fiction présentée comme du vrai.
Le service public, ceinture dorée comprise
Ce qui rend l'affaire plus savoureuse encore, c'est l'identité du fautif. RTVE n'est pas une chaîne commerciale cherchant l'audience à tout prix : c'est le service public audiovisuel espagnol, financé par les contribuables, et réputé proche de la gauche au pouvoir à Madrid. Le même genre d'institution qui, en Espagne comme en France, donne des leçons de déontologie à la presse dite réac et dénonce à longueur d'antenne les fake news et la manipulation des images.
On notera la méthode. Quand il s'agit de promouvoir un récit favorable à l'immigration, la frontière entre information et émotion fabriquée devient étrangement poreuse. Le téléspectateur espagnol, lui, paie deux fois : une fois avec ses impôts, une fois avec sa confiance.
Une leçon qui dépasse les Pyrénées
L'épisode rappelle une règle simple : la compassion mise en scène n'est pas de l'information, c'est de la propagande sentimentale. Utiliser un mineur, par définition vulnérable, comme figurant d'un drame pré-écrit ajoute une couche de cynisme que même les communicants les plus aguerris n'oseraient pas revendiquer.
Reste à savoir si RTVE ouvrira une enquête interne, si des sanctions suivront, et si les gardiens autoproclamés de la bonne information, si prompts à traquer le moindre zoom malheureux chez leurs concurrents, sauront regarder cette fois du bon côté de la Méditerranée. On se permet d'en douter.
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