Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : Macron refuse l'échec et passe la main à Lecornu pour réécrire la loi
Par la rédaction Le Rempart
Emmanuel Macron n'a pas digéré l'enlisement de son projet d'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Le président a demandé à Sébastien Lecornu de reprendre le texte pour le faire adopter.
Une interdiction qui patine, un président qui insiste
Voilà un projet de société qui refuse de mourir. L'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, promise et repromise par Emmanuel Macron depuis des mois, n'a toujours pas abouti au Parlement. Plutôt que d'activer l'échec, le chef de l'État a choisi la méthode forte : selon les informations de la presse, il aurait appelé directement Sébastien Lecornu pour lui demander de réécrire le texte et de le faire passer.
Le dossier n'est pas neuf. Depuis la publication de préconisations sur l'exposition des mineurs aux écrans, l'Élysée a fait de cette interdiction un marqueur de fin de quinquennat. Sauf que le chemin législatif ressemble à un parcours d'obstacles : le droit européen, notamment le Digital Services Act, encadre strictement ce qu'un État membre peut imposer seul aux plateformes. Bruxelles surveille le dossier de près, et la Commission n'a jamais caché ses réserves sur une initiative nationale unilatérale.
Le casse-tête juridique que Matignon devra résoudre
C'est là que le bât blesse. Pour être applicable, une telle interdiction suppose un contrôle de l'âge fiable, donc un dispositif de vérification d'identité numérique, un sujet explosif tant sur le plan technique que sur celui des libertés. Les députés s'étaient déjà frottés à ces questions lors des débats sur la loi visant à sécuriser l'espace numérique, et la CNIL comme les défenseurs des libertés numériques avaient alerté sur les risques d'un fichage déguisé des internautes, majeurs compris.
Autre écueil : la coordination européenne. Plusieurs pays, de l'Espagne à la Grèce, réfléchissent à des dispositifs comparables, et Paris plaide pour un cadre commun. En attendant, le gouvernement doit bricoler un texte compatible avec le droit de l'Union, sous peine de voir une éventuelle loi française invalidée ou simplement inapplicable face aux géants américains des plateformes.
L'éducation nationale défaillante, mais TikTok en coupable idéal
L'angle Rempart, maintenant. On peut être favorable à la protection des mineurs et trouver le spectacle étrange : un exécutif qui a laissé l'école s'effondrer dans les classements internationaux, qui n'a jamais réussi à faire respecter l'interdiction du portable dans les collèges pourtant votée en 2018, découvre soudain que les réseaux sociaux abîment la jeunesse. Certes. Mais interdire n'a jamais remplacé l'autorité.
Reste que le fait est là : le président a repris le dossier en main et mis son Premier ministre sur le coup. Lecornu hérite d'un texte à réécrire, d'un Parlement sans majorité claire et d'un calendrier européen contraignant. La promesse est belle sur le papier. Son application, elle, reste à démontrer. Les parents, eux, attendent surtout qu'on leur rende un peu d'autorité plutôt qu'une énième loi inappliquée.
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