La France prépare ses hôpitaux à soigner des blessés de guerre : un guide en préparation entre Armées et Santé
Par la rédaction Le Rempart
Le ministère de la Santé et le ministère des Armées travaillent à un guide destiné aux hôpitaux civils pour prendre en charge d'éventuels blessés de guerre, dans un contexte de tension sur le flanc est de l'Europe.
Des hôpitaux civils mis à contribution
C'est un signal qui ne trompe pas. Les ministères de la Santé et des Armées sont en train de rédiger conjointement un guide à destination des établissements hospitaliers français, afin de les préparer à accueillir et soigner des blessés de guerre en cas de conflit majeur sur le continent européen. L'objectif affiché : organiser la prise en charge, dans les hôpitaux civils, de militaires blessés qui ne pourraient pas tous être traités par le seul Service de santé des armées.
Selon les informations qui ont filtré, ce travail interministériel s'inscrit dans la doctrine de résilience nationale portée depuis plusieurs années par l'état-major, dans le sillage de la guerre en Ukraine ouverte par la Russie en février 2022. Les planificateurs envisagent désormais l'hypothèse d'un afflux massif de victimes : brûlés, traumatisés par blast, blessés par balle ou par éclats, autant de profils que les services d'urgence civils ne connaissent guère en temps de paix. Le guide devra préciser les circuits de triage, la répartition entre hôpitaux de référence et établissements de proximité, ainsi que la formation des soignants.
Un scénario longtemps tabou
L'exercice n'est pas anodin. Jusqu'à une date récente, évoquer publiquement l'hypothèse de milliers de blessés français relevait de l'impensé dans l'administration sanitaire. Les choses ont changé. Le président Emmanuel Macron a lui-même évoqué à plusieurs reprises la possibilité d'un engagement européen accru face à Moscou, et le chef d'état-major des armées n'a pas caché que l'armée française devait se préparer à des affrontements de haute intensité, avec des pertes que le pays n'a plus connues depuis des décennies.
Reste la question que tout contribuable est en droit de poser : nos hôpitaux sont-ils seulement en état d'absorber un tel choc ? Le système public, exsangue, ferme des lits faute de personnel, aligne les grèves des urgentistes et voit ses services saturés chaque hiver par la seule grippe saisonnière. Demander à cette même machine de prendre en charge des vagues de blessés de guerre relève, à ce stade, davantage du vœu pieux que de la planification sérieuse.
Le guide ne remplacera pas les moyens
Un document, aussi bien rédigé soit-il, ne crée ni chirurgiens, ni lits de réanimation, ni banque de sang. Les professionnels de santé militaires eux-mêmes le répètent : le Service de santé des armées a été laminé par des décennies de coupes budgétaires, et le renfort des hôpitaux civils suppose des investissements lourds en formation et en équipement. Le guide interministériel devra donc être suivi de crédits, et de décisions, pour avoir quelque consistance.
À cette heure, aucune date de publication officielle du document n'a été annoncée. Mais le simple fait que Bercy de la santé et l'hôtel de Brienne plancheraient ensemble sur ce scénario en dit long sur l'air du temps : la France se prépare, du moins sur le papier, à une guerre à l'Est qu'elle espère encore ne jamais avoir à livrer.
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