Fiasco de l'affaire Lyhanna : la procureure d'Auch Clémence Meyer, au cœur du manquement, est mutée au parquet général de Bordeaux
Par la rédaction Le Rempart
La procureure d'Auch Clémence Meyer, en première ligne dans le fiasco judiciaire de l'affaire Lyhanna, quitte son poste pour rejoindre le parquet général de Bordeaux. Une mutation présentée comme « sollicitée », malgré les dysfonctionnements graves pointés du doigt dans son parquet.

La sortie de scène de Clémence Meyer
On l'apprenait ce lundi 31 août de source proche du dossier : Clémence Meyer, procureure de la République d'Auch, quitte le parquet du Gers pour intégrer le parquet général de Bordeaux. Un départ officiellement présenté comme une mutation demandée par l'intéressée elle-même. Rien de forcé, donc. Tout va bien.
Rappelons les faits, tout de même. La magistrate s'était retrouvée au cœur de la tourmente après la découverte du corps de Lyhanna, jeune collégienne retrouvée morte dans le Gers le 4 juin. Or le principal suspect, Jérôme Barella, n'avait jamais été interpellé ni même convoqué, alors que plusieurs plaintes et signalements pour violences sexuelles sur d'autres mineurs pesaient déjà contre lui. Un « dysfonctionnement », comme on dit poliment dans l'administration judiciaire, qui a laissé un prédateur présumé en liberté avant le drame.
Face au scandale, le ministre de la Justice Gérald Darmanin avait demandé l'ouverture d'une enquête administrative et évoqué de possibles « sanctions » contre des magistrats si des défaillances étaient avérées. Résultat des courses, quelques mois plus tard : selon BFMTV, Clémence Meyer « n'a fait l'objet d'aucune procédure disciplinaire ». Elle part simplement, à sa demande, pour un poste au parquet général de Bordeaux. Voilà pour le compte rendu de l'enquête administrative et de la fermeté ministérielle.
Menaces de mort et protection policière
L'affaire ne s'était pas limitée aux critiques professionnelles. En pleine tempête médiatique, la procureure avait été la cible de menaces de mort et placée sous protection policière, selon une source judiciaire citée par l'AFP. Des menaces inacceptables, qui ne doivent pourtant pas faire oublier la question de fond : comment une plainte a-t-elle pu rester « noyée dans le courrier », comme l'a raconté la chronologie du drame ?
Une autre magistrate du parquet d'Auch, elle, a bien payé un prix : fin juin, le ministère de la Justice lui avait retiré son « habilitation à mener des enquêtes et traiter des dossiers s'agissant des mineurs », en raison des dysfonctionnements dans le suivi de Jérôme Barella. On sanctionne donc en bas, on mute en haut. Chacun sa méthode.
« Une mobilité sollicitée », jure le parquet général
Fallait-il y voir une mutation d'office déguisée ? La question a fusé dès l'annonce. Justine Probst, secrétaire nationale du Syndicat de la Magistrature, s'est empressée de déclarer sur ICI Occitanie : « Je n'ai pas d'éléments sur la raison du départ de cette procureure, mais si c'était une décision du politique, ce serait complètement scandaleux. » Pour la syndicaliste, l'affaire Lyhanna a révélé « un problème systémique et un manque de moyens qui s'impose aux parquets », et la responsabilité serait « en premier lieu politique ».
Réponse sèche du côté de la hiérarchie : Eric Corbaux, procureur général près la cour d'appel de Bordeaux, a assuré à France 3 Occitanie qu'il s'agissait « d'une mobilité sollicitée par Mme Clémence Meyer ». Circulez, il n'y a rien à voir.
Selon La Dépêche du Midi, c'est Claude Derens, actuellement avocat général à la cour d'appel d'Agen, qui assurera l'intérim à Auch à compter du 1er septembre. Le magistrat connaît la maison : il y avait déjà exercé comme substitut du procureur en 2022. Il hérite d'un parquet à la réputation sérieusement écornée et d'un dossier dont le nom restera longtemps synonyme de défaillance judiciaire.
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