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Pisa 2025 : les résultats des élèves français au plus bas, Edouard Geffray invoque des réformes pas encore arrivées à maturité

Par Clarence Azolina

L'enquête Pisa 2025, publiée mardi, montre les plus mauvais résultats jamais mesurés pour les élèves français de 15 ans. Le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray juge le constat « préoccupant » mais estime que les réformes engagées n'ont pas encore produit leurs effets.

Pisa 2025 : les résultats des élèves français au plus bas, Edouard Geffray invoque des réformes pas encore arrivées à maturité

Les résultats des élèves français à l'enquête internationale Pisa 2025 sont les plus bas jamais mesurés depuis la création de ce classement en 2000. Publiée mardi par l'OCDE, l'étude évalue les compétences des élèves de 15 ans en mathématiques, compréhension de l'écrit et sciences. La France se maintient dans la moyenne des pays de l'OCDE dans les trois disciplines, mais ses scores poursuivent leur glissement.

Par rapport à l'édition 2022, les résultats ont baissé de 18 points en compréhension de l'écrit et de 16 points en mathématiques, tandis que les sciences sont stables (-4 points). L'OCDE considère que 20 points représentent environ une année de scolarité : autant dire que les élèves français testés en 2025 affichent, en lecture comme en maths, près d'une année de retard sur leurs aînés de 2022. Sur la décennie 2012-2025, les scores sont passés de 499 à 483 points en sciences, de 505 à 456 en lecture et de 484 à 458 en maths. La France se situe désormais dans la moyenne basse de l'OCDE en mathématiques, entre la Hongrie et l'Espagne.

Un constat « préoccupant », une responsabilité rejetée sur le calendrier

« C'est préoccupant mais ce n'est, hélas, pas une surprise », a déclaré le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, au journal Le Monde. La ligne de défense du ministre repose sur un argument temporel : les 6.500 élèves français soumis aux exercices en 2025 sont entrés pour la plupart en CP en 2015 et en sixième en 2020. Leur parcours scolaire s'est donc déroulé sous les réformes précédentes, et les mesures engagées plus récemment n'auraient pas encore eu le temps de produire leurs effets.

L'OCDE elle-même apporte de l'eau à ce moulin, mais avec une nuance de taille : elle estime « difficile de mesurer les effets des réformes à cause de leur nombre et de leur va-et-vient ». Autrement dit, si les réformes ne sont pas responsables de la chute, leur succession désordonnée ne permet pas non plus d'en attendre grand-chose de lisible.

Pour expliquer la baisse, Edouard Geffray pointe également les réseaux sociaux, qualifiés d'« arme de destruction intellectuelle massive », ainsi que « la diminution de l'investissement des parents dans la scolarité ». Chaque famille recevra après les vacances de la Toussaint un document détaillant les apprentissages de l'année. Le ministre fait du collège le « grand chantier du prochain quinquennat » : il souhaite augmenter de 50 % d'ici cinq ans les heures d'autonomie accordées aux établissements, et avance qu'en menant de front pédagogie et autonomie, la France « pourrait en 2033 revenir dans la tête du classement ».

Ce que révèle vraiment l'enquête

Deux données du rapport méritent plus d'attention que les explications ministérielles. D'abord, la baisse touche désormais tous les profils. L'écart de performance entre élèves favorisés et défavorisés s'est réduit depuis 2015, non pas parce que les seconds progressent, mais parce que les premiers reculent. En dix ans, la proportion d'élèves très performants a été divisée par deux en mathématiques et en compréhension de l'écrit. « Notre système éducatif a vraisemblablement des difficultés qui se sont généralisées parmi les élèves favorisés », observe Éric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE. Un tiers des élèves français présente de grandes difficultés en compréhension écrite.

Ensuite, l'organisation écarte deux explications commodes. La chute n'est « pas due à l'immigration », l'écart de performance entre adolescents issus de l'immigration et non-immigrés étant stable depuis 2015. Elle ne s'explique pas davantage par un manque de moyens bruts : « la France a une dépense d'éducation assez forte par rapport aux performances obtenues », note M. Charbonnier, qui recommande « surtout » de « bien investir l'argent ». L'OCDE s'alarme en revanche du soutien parental qui s'affaiblit et d'un phénomène nouveau : la baisse de la compréhension de l'écrit chez les garçons des milieux favorisés.

L'éducation, terrain de campagne

Les candidats déclarés ou pressentis pour la présidentielle n'ont pas tardé à réagir. « Relever le niveau, respecter l'autorité du professeur, avoir des élèves heureux : président de la République, ce sera ma première priorité », a écrit sur X Gabriel Attal (Renaissance), lui-même ancien ministre de l'Education en 2023. Bruno Retailleau (LR) s'interroge : « Combien de classements Pisa désastreux faudra-t-il pour que l'Education nationale ouvre les yeux ? », rappelant sa volonté de supprimer le collège unique « au profit de parcours adaptés ». Edouard Philippe (Horizons) veut quant à lui « remettre l'exigence au cœur du projet éducatif national », avec liberté des établissements, retour des devoirs sur table et « évaluation et transparence totale sur les résultats des écoles ».

Un argument temporel qui a ses limites

L'explication ministérielle n'est pas dénuée de fondement : un système éducatif a une inertie considérable, et juger une réforme sur des élèves qui ne l'ont jamais connue serait injuste. Mais cet argument se retourne facilement. Les élèves testés en 2025 sont entrés en CP en 2015, soit deux ans avant l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée : l'essentiel de leur scolarité s'est déroulé sous les quinquennats actuels, avec ses dédoublements de classes en éducation prioritaire, sa réforme du lycée, ses évaluations nationales. Dire que les réformes n'ont pas encore produit leurs effets revient à reconnaître que dix ans de politique éducative n'ont pas enrayé la courbe, qui plonge de façon continue depuis 2012.

L'horizon 2033 affiché par le ministre pose la même question. Reporter le retour « dans la tête du classement » à un quinquennat qui n'a pas encore commencé, c'est demander aux Français un crédit que la trajectoire mesurée par l'OCDE ne justifie guère. D'autant que le diagnostic le plus solide du rapport ne porte ni sur les moyens ni sur les programmes, mais sur l'affaissement du soutien des familles et la généralisation du décrochage, y compris dans les milieux favorisés. Sur ce terrain, l'envoi d'un document aux parents après la Toussaint risque de faire figure de réponse très en deçà du problème.

Reste un fait politique simple : quand Gabriel Attal promet de faire de l'école sa « première priorité », il critique de fait un bilan auquel il a lui-même contribué rue de Grenelle. Les résultats Pisa 2025 s'imposent comme le dossier que tous les candidats devront assumer, y compris ceux qui portent une part des réformes passées.

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