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Économie

Recettes fiscales : 275,4 milliards d'euros au premier semestre 2026, en hausse de 3,7% malgré une économie atone

Par Clarence Azolina

Selon la Direction générale des Finances publiques, les recettes fiscales ont progressé de 3,7% au premier semestre 2026, à 275,4 milliards d'euros, alors que le PIB français a reculé de 0,2% au premier trimestre et stagné au deuxième.

Recettes fiscales : 275,4 milliards d'euros au premier semestre 2026, en hausse de 3,7% malgré une économie atone

Une "bonne surprise" pour Bercy, à relativiser sérieusement. Selon les données publiées par la Direction générale des Finances publiques (DGFIP), les recettes fiscales collectées au premier semestre 2026 ont atteint 275,4 milliards d'euros, soit une hausse de 3,7% par rapport à la même période de 2025. Un chiffre d'autant plus saillant que l'économie française est à l'arrêt : le PIB a reculé de 0,2% au premier trimestre puis est resté stable au deuxième.

Des hausses hétérogènes, souvent mécaniques

Dans le détail, la progression est portée par plusieurs postes. Les recettes de TVA s'établissent à 120,5 milliards d'euros, en hausse de 3,2%, soit plus de deux fois la dernière prévision du gouvernement. L'impôt sur le revenu a augmenté de 2,7%, à 44,5 milliards d'euros.

Mais une partie notable de la collecte s'explique par des facteurs techniques plutôt que par un quelconque dynamisme économique. La taxe sur les transactions financières bondit de 53,7%, à 1,5 milliard d'euros : un bond directement lié au relèvement du taux de 0,3% à 0,4% au 1er avril 2025, rappelle la DGFIP. Les taxes spécifiques sur les assurances progressent de 6,2% (+0,5 milliard), ce qui « peut s'expliquer partiellement par une hausse de 4,2% de l'indice moyen des prix des assurances » entre les deux semestres comparés. À l'inverse, les accises sur les tabacs et alcools chutent de 11,8%.

Effets de calendrier côté entreprises

Du côté des entreprises, les impôts de production atteignent 19 milliards d'euros (+5,6%) et les impôts sur les bénéfices 32 milliards (+2,3%). Là encore, la prudence s'impose. Le bond de 28,6% de la CVAE est « pour partie en trompe-l'œil » : le budget 2025 avait instauré une contribution complémentaire attendue au 15 septembre 2025, décalant mécaniquement une partie du recouvrement. « Au global, y compris contribution complémentaire, le taux de CVAE est inchangé entre 2025 et 2026 », précise la DGFIP. Quant à l'impôt sur les sociétés, sa hausse reste « à ce stade de l'année encore essentiellement brute », des restitutions et remboursements de crédits d'impôt devant encore intervenir.

Économiste chez Rexecode, Anthony Morlet-Lavidalie résume la situation auprès de BFM Business : hormis la TVA, où « il y a eu un dynamisme plus important qu'attendu, sur le reste, ce sont plutôt soit des augmentations de taux, soit des effets de base. Donc il ne faut pas trop surinterpréter cette bonne surprise ».

Un déficit toujours hors cible

Surtout, cette embellie ne change rien à la trajectoire des comptes publics. « Le 5% n'est toujours pas un scénario central à date. Il est plutôt probable qu'on finisse autour de 5,2, 5,3%. Peut-être, si on est optimiste, autour de 5,1, mais on sera en deçà de la cible du gouvernement », prévient Anthony Morlet-Lavidalie. Le contexte budgétaire reste tendu : Sébastien Lecornu vient parallèlement d'annoncer une diminution de la "surtaxe" sur les grandes entreprises, signe que l'exécutif tâtonne sur le levier fiscal.

Ce que révèle vraiment ce chiffre

Il y a dans ces 3,7% une leçon que Bercy ferait bien de méditer plutôt que de célébrer. Quand les recettes fiscales battent des records pendant que l'activité stagne, ce n'est pas la croissance qui remplit les caisses, c'est la pression fiscale. Augmentation du taux de la taxe sur les transactions financières, contribution complémentaire de CVAE, fiscalité des assurances : la hausse de la collecte tient d'abord à des décisions politiques et à des effets de base, non à un redressement de l'économie réelle.

Or ce modèle touche ses limites. Malgré une pression fiscale déjà parmi les plus élevées d'Europe et des recettes records, le déficit public s'achemine vers 5,2% à 5,3% du PIB, loin de la cible de 5% affichée par le gouvernement. Autrement dit : l'État prélève toujours plus, sans parvenir à équilibrer ses comptes ni à relancer l'activité. C'est précisément le cercle vicieux que dénoncent les économistes libéraux depuis des années : chaque hausse d'impôt pèse sur la compétitivité et la consommation, freine la croissance, et oblige à chercher de nouvelles recettes l'année suivante.

La vraie question budgétaire n'est donc pas de savoir si les recettes progressent, mais pourquoi les dépenses ne baissent pas. Tant que l'effort portera sur les prélèvements plutôt que sur la dépense publique, ces "bonnes surprises" semestrielles resteront ce qu'elles sont : des artifices comptables au service d'une trajectoire insoutenable. Le recul des accises sur le tabac (-11,8%) illustre d'ailleurs l'autre limite de cette stratégie : à force de taxer, on finit par tarir l'assiette elle-même.

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