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Économie

Carburants au plus haut, cap sur les 3 euros le litre : Bercy refuse toute baisse de taxes

Par Roman Thill

Mercredi 10 septembre, le SP95-E10 atteignait 2,124 euros le litre et le gazole 2,292 euros, des records depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Bercy écarte toute baisse générale de la fiscalité et mise sur une aide ciblée de 1,4 milliard d'euros.

Carburants au plus haut, cap sur les 3 euros le litre : Bercy refuse toute baisse de taxes

Le mercure de la pompe n'en finit plus de grimper, et l'exécutif ne compte pas l'arrêter. Mercredi 10 septembre, le SP95-E10, carburant le plus utilisé en France, s'établissait à 2,124 euros le litre en moyenne, et le gazole à 2,292 euros, selon un calcul réalisé à partir des données gouvernementales. Des niveaux jamais vus depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée après que l'Iran a frappé le Golfe et fait repasser le baril au-dessus de 100 dollars. Par rapport à fin février, la hausse atteint 23,5 % pour l'essence et 33,3 % pour le gazole. Certains analystes estiment désormais que le seuil des 3 euros le litre pourrait être franchi d'ici trois mois si la tension perdure. Face à cette flambée, le ministère de l'Économie a confirmé mercredi qu'aucune baisse générale de la fiscalité sur les carburants n'était envisagée.

Une baisse de taxes écartée, un plafonnement balayé

Plusieurs acteurs réunis à Bercy avaient pourtant plaidé pour des mesures plus larges, à commencer par une réduction temporaire des taxes sur l'essence et le gazole, comme l'ont fait certains pays voisins. La réponse du ministère est sans appel : « la situation des finances publiques ne nous semble pas permettre ce type de mesure ». Quant au plafonnement des prix, réclamé par une partie de l'opposition, il est jugé inadapté : « plafonner, c'est organiser la pénurie », tranche Bercy, tout en concédant que chacun reste libre de le faire s'il le juge opportun.

Sur le plafonnement, l'argument se défend : l'Histoire économique a montré à maintes reprises que les prix administrés débouchent sur des files d'attente et des pénuries. En revanche, le refus de toute baisse fiscale mérite d'être interrogé. Car l'État n'est pas un simple spectateur de la flambée : il en est aussi le bénéficiaire. À fin août, les recettes fiscales sur les carburants dépassaient de 9 millions d'euros leur niveau de fin août 2025, la hausse de 304 millions d'euros de TVA nette compensant une baisse de 295 millions d'euros des accises. Autrement dit, plus le litre est cher, plus la TVA rapporte. Quand la taxe la plus visible du pays s'applique sur un prix qui flambe, l'argument des finances publiques sonne moins comme une contrainte que comme un choix.

1,4 milliard d'aides ciblées plutôt que moins de taxes

Le gouvernement assume une autre ligne : concentrer 1,4 milliard d'euros de soutiens sur les ménages et les entreprises les plus exposés. Pièce maîtresse du dispositif, l'indemnité carburant de 100 euros destinée aux travailleurs « grands rouleurs », dont le guichet reste ouvert jusqu'à fin septembre. Près de 3 millions de personnes sont concernées, soit un équivalent annoncé de 20 centimes par litre sur la consommation moyenne de six mois.

Les conditions d'éligibilité donnent la mesure de la machine administrative à l'œuvre : revenu fiscal de référence par part plafonné à 16 880 euros au titre de 2024, trajet domicile-travail supérieur à 15 kilomètres ou plus de 8 000 kilomètres parcourus par an dans un cadre professionnel. Voilà la philosophie française dans toute sa splendeur : plutôt que de prélever moins, l'État préfère prélever autant, puis redistribuer via un guichet, un formulaire et des justificatifs. Une baisse de taxe aurait bénéficié à tous, instantanément, sans coût de gestion ni risque d'exclusion des artisans, infirmières ou commerciaux qui échoueront à un critère près. On connaît pourtant la fiabilité de ces guichets d'aides d'urgence, entre non-recours massif et délais de traitement. Le milliard promis fait souvent moins de bruit une fois versé qu'une dizaine de centimes rendus à la pompe.

Le dispositif a d'ailleurs un effet mécanique peu glorieux : Bercy relève que la consommation de carburants a déjà reculé de 5,5 % en moyenne. Traduction concrète, les Français renoncent à des déplacements, faute de pouvoir payer. Ce que l'exécutif présente comme un « ajustement » ressemble plutôt, pour des millions d'actifs sans alternative à la voiture, à une amputation de leur liberté de circulation.

La grande distribution prévient, Bercy rassure

La pression monte aussi du côté des distributeurs. La semaine précédente, Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, avait prévenu qu'au-delà d'un certain seuil, les pouvoirs publics pourraient être contraints, si la flambée persistait, de réduire partiellement la taxation. Mercredi matin, Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, estimait sur RMC/BFMTV que les prix resteraient « tendus » tant qu'il n'y aurait pas de « paix » au Moyen-Orient. Deux voix qui disent la même chose : le facteur géopolitique est hors de portée de Paris, mais la part fiscale, elle, est entre les mains de Bercy.

Sur l'approvisionnement, le gouvernement se veut rassurant : il n'existe « pas de risque sur l'approvisionnement des stations au niveau national ». La méthode de comptage mérite toutefois l'attention : une station n'est déclarée en rupture d'essence que lorsque l'ensemble des carburants essence qu'elle distribue, SP95-E10, SP95 et SP98, sont indisponibles simultanément. Un seuil exigeant qui a le mérite de lisser les statistiques.

Reste une question politique de fond. En 2018, la fiscalité des carburants avait mis la France à feu et à sang et durablement marqué le quinquennat d'alors. Refuser aujourd'hui tout geste général, alors que le litre tutoie des sommets et que le cap des 3 euros est ouvertement évoqué, c'est parier que 100 euros versés sous conditions suffiront à éteindre la colère des territoires. Le calcul budgétaire est peut-être sain. Le calcul politique est beaucoup plus incertain.

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