Le Rempart

Justice

Au Fauga, un père menace de décapiter une institutrice qui avait puni son fils : le village sous le choc

Par Rudy Levasseur

Vendredi 4 septembre, au Fauga (Haute-Garonne), un père de famille a menacé de décapitation une institutrice du groupe scolaire Clément Ader après une punition infligée à son fils. Placé en garde à vue, il sera présenté au parquet de Toulouse.

Au Fauga, un père menace de décapiter une institutrice qui avait puni son fils : le village sous le choc

« Je vais vous couper la tête. » La phrase a été prononcée vendredi 4 septembre, à la sortie des classes, sur le parking du groupe scolaire Clément Ader du Fauga, une commune de 2 800 habitants au sud de Toulouse. Son auteur est un père de famille, de confession musulmane, venu régler ses comptes avec une institutrice parce que son fils, élève en élémentaire, avait été puni dans la journée pour son comportement insolent. Selon La Dépêche du Midi, qui révèle l'affaire, l'enfant avait d'abord été sanctionné par sa propre maîtresse, puis envoyé dans la classe de la victime, S., où il aurait continué à faire le « caïd », rapportent des témoins.

L'enseignante regagnait sa voiture lorsque l'homme l'a surprise, l'accablant d'injures avant de proférer la menace de décapitation. Très choquée, cette institutrice, décrite comme bien connue et appréciée de longue date dans cet établissement de 325 élèves, a été placée en arrêt de travail pour un mois.

Une séquence qui glace, six ans après Samuel Paty

Il y a des mots qui, dans une école de la République, ne sont jamais anodins. Menacer de décapitation une enseignante, ce n'est pas un débordement de vocabulaire, un coup de colère maladroit de parent excédé. C'est un répertoire précis, chargé d'une histoire que la France connaît trop bien depuis l'assassinat de Samuel Paty en octobre 2020. Là encore, le point de départ tient en une décision pédagogique ordinaire : punir un élève insolent. Là encore, c'est l'autorité même du professeur, son droit élémentaire à faire respecter une règle dans sa classe, qui est visée.

C'est peut-être cela, le cœur du problème, au-delà du cas individuel : qu'un père puisse estimer légitime de venir intimider une maîtresse d'école sur son lieu de travail en dit long sur l'érosion de l'autorité scolaire. Et qu'il choisisse, parmi toutes les menaces possibles, celle de la décapitation, interroge sur la banalisation d'une violence à référent islamiste que l'on voudrait croire réservée aux réseaux terroristes.

Excuses auprès de l'inspectrice, garde à vue à la gendarmerie

La suite des événements a été rapide. Dès le lundi 7 septembre, les enseignants de l'établissement ont exercé leur droit de retrait, une décision qui se comprend : dans une école de village où tout le monde se connaît, le traumatisme ne touche pas qu'une seule victime. L'inspectrice de l'Éducation nationale pour la circonscription de Muret a convoqué le parent d'élève dans la foulée ; l'homme se serait alors excusé pour cette menace.

Des excuses, certes, mais qui ne suffisent évidemment pas. Entendu mardi 8 septembre à la brigade de gendarmerie de Muret, le mis en cause a été placé en garde à vue. Il devait être présenté jeudi 10 septembre au parquet de Toulouse, qui décidera des suites judiciaires. La réponse pénale sera un test : ce que la justice fera de cette affaire dira si, en France, menacer de mort une institutrice est traité avec la gravité que l'acte commande, ou relégué au rang d'incident de voisinage passable d'un rappel à la loi. Le précédent Paty a montré ce que coûtent les signaux de faiblesse.

Un village sous le choc, une sécurité renforcée

Dans la commune, l'émoi est considérable. Selon le reportage publié par La Dépêche le 10 septembre, la sécurité a été renforcée aux abords de l'école Clément Ader et l'émotion reste vive parmi les habitants et les familles. Le Fauga n'est ni une cité sensible ni un territoire perdu : c'est un bourg rural de la première couronne toulousaine, exactement le genre d'endroit où l'on s'installe, précisément, pour que les enfants grandissent loin de ce genre de violences.

C'est peut-être là la donnée la plus inquiétante de cette affaire. Pendant des années, le débat sur l'autorité à l'école et sur le communautarisme a été confiné aux quartiers difficiles des grandes métropoles, ce qui permettait à beaucoup de regarder ailleurs. Qu'une menace de décapitation contre une maîtresse d'école éclate au Fauga, commune de moins de 3 000 âmes, montre que le phénomène n'a plus de frontières géographiques. L'école républicaine est contestée partout où son autorité n'est plus protégée avec constance, et la protection commence par une justice qui ne transige pas sur les menaces de mort.

Reste maintenant à voir ce que le parquet de Toulouse décidera. Les enseignants du groupe Clément Ader, et au-delà eux tous ceux qui exercent ce métier devenu exposé, attendront que la réponse soit à la hauteur de la menace. Pas seulement pour cette institutrice aujourd'hui en arrêt, mais pour le principe : un professeur qui punit un élève insolent fait son travail, et c'est ce travail que l'État a le devoir de rendre possible sans risque.

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