Prix à la pompe en flèche : David Amiel assure que l'État n'a pas gagné un centime, les recettes ont même reculé de 80 millions d'euros
Par Roman Thill
Le ministre des Comptes publics David Amiel a annoncé lundi 6 juillet sur RTL que les recettes fiscales liées aux carburants ont baissé de 80 millions d'euros au premier semestre 2026, malgré l'envolée des prix à la pompe.

La facture à la pompe s'alourdit, mais Bercy n'en tirerait pas un centime. C'est en substance le message délivré lundi 6 juillet sur RTL par le ministre des Comptes publics, David Amiel, à la veille d'un nouveau comité d'alerte sur les finances publiques. Selon lui, les recettes fiscales liées aux carburants ont reculé de 80 millions d'euros sur les six premiers mois de 2026, comparées à la même période de 2025. Loin de profiter de la flambée des prix, l'État y aurait donc perdu.
Une hausse des prix qui assèche les caisses
Le mécanisme est connu mais vaut d'être rappelé. Depuis le 28 février, la guerre au Moyen-Orient a fait bondir les cours du pétrole et, dans leur sillage, les prix de l'essence et du diesel à la pompe. Face à cette envolée, les automobilistes ont adapté leur comportement : moins de déplacements, moins de litres achetés. Or la fiscalité française sur les carburants repose largement sur des taxes au volume, la TICPE en tête. Moins de consommation signifie donc mécaniquement moins de recettes, même quand le prix affiché au litre flambe.
Ce décalage entre perception et réalité comptable est précisément ce que le gouvernement cherche à faire comprendre. L'exercice n'est pas anodin politiquement : dans l'opinion, l'idée que l'État s'enrichit sur le dos des automobilistes à chaque crise pétrolière est tenace. Elle avait d'ailleurs nourri la colère des Gilets jaunes en 2018. En sortant un chiffre précis, 80 millions d'euros de recettes en moins, David Amiel tente de couper court à ce procès avant qu'il ne s'installe. La démarche est habile sur la forme. Reste qu'elle arrive la parole publique sur les finances de l'État a été si souvent contredite par les faits que beaucoup de contribuables l'accueilleront avec scepticisme.
Des aides cinquante fois moindres qu'en 2022
Le ministre en a profité pour dévoiler un autre chiffre : les aides apportées aux entreprises et aux ménages face à la hausse des prix de l'énergie se sont élevées à 1,4 milliard d'euros. Soit, selon lui, « 50 fois moins que ce qui avait été fait » par le gouvernement en 2022-2023, après le déclenchement de la guerre en Ukraine. David Amiel s'est félicité de ce « changement de doctrine ».
Sur le fond, l'inflexion mérite d'être notée, voire saluée. Le « quoi qu'il en coûte » énergétique de 2022-2023 avait coûté des dizaines de milliards aux finances publiques, bouclier tarifaire et ristournes à la pompe compris, contribuant durablement au creusement du déficit. Que l'exécutif revendique désormais la retenue est une évolution dans le bon sens, que la droite appelait de ses vœux depuis longtemps. Mais la lucidité budgétaire affichée aujourd'hui fait aussi la démonstration rétrospective de l'imprévoyance d'hier : on ne distribue pas pendant des années des aides massives et permanentes à des chocs temporaires sans en payer la note ensuite.
Déficit à 5 % : un cap, pas des mesures
C'est d'ailleurs sur ce terrain que l'attente est la plus forte. Mardi se tiendra un comité d'alerte sur les finances publiques, l'occasion pour Bercy de faire le point sur « où en sommes nous sur la croissance, sur les dépenses », selon les termes du ministre. Interrogé sur d'éventuelles économies supplémentaires pour tenir l'objectif d'un déficit public ramené à 5 % du PIB, David Amiel a botté en touche : « Demain, on ne va pas annoncer des mesures, on va annoncer un cap. »
La formule est politiquement commode, mais elle laisse sur sa faim. Après des mois de trajectoires budgétaires révisées, d'objectifs de déficit ajustés et de commissions d'alerte, ce ne sont pas les caps qui manquent, ce sont les décisions chiffrées. Annoncer une direction sans mesures concrètes revient à repousser l'effort, un réflexe dont les gouvernements successifs ont fait leur spécialité. La rigueur en paroles n'a jamais réduit un déficit.
Les députés veulent voir clair dans les marges
L'Assemblée nationale, elle, ne compte pas en rester aux déclarations ministérielles. Les députés ont lancé début juin une mission flash pour évaluer l'impact de la flambée des prix à la pompe sur les finances publiques. La question des marges des entreprises pétrolières cristallise les tensions. « Quand on regarde les rapports, on voit que les marges brutes ont augmenté. S'il y a des profiteurs, ils doivent savoir qu'ils auront des comptes à rendre dans le budget 2027 », estimait dès mai le député LR Antoine Vermorel-Marques, qui souhaite la création d'une commission d'enquête pour disposer de conclusions au moment de l'élaboration du budget.
La vigilance sur les marges est légitime, à condition de ne pas glisser vers une chasse aux « profiteurs » qui servirait d'écran de fumée. Car si l'État n'a rien gagné à cette flambée, comme l'affirme David Amiel, la vraie question reste ailleurs : celle de la pression fiscale structurelle qui pèse sur le carburant en temps normal, et de la trajectoire des dépenses publiques. Les automobilistes français ne paient pas cher l'essence uniquement à cause de la guerre au Moyen-Orient. Ils la paient cher toute l'année, taxes comprises. C'est ce débat-là, moins confortable, que le comité d'alerte de mardi devra aussi ouvrir.
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